lundi , 28 septembre 2020

Non à l’ esclavage moderne

Si la tradition associe souvent le jour de l’Achoura au martyr de l’imam Hussein, petit-fils du Messager de Dieu (paix soit sur lui), c’est la victoire de Moïse face à Pharaon qui est à l’origine du jeûne observé en cette occasion. L’imam Hussein refusa de prêter allégeance à Yazid qui s’était installé comme le tout premier monarque de l’ère islamique. Jadis, Moïse s’était lui aussi levé contre l’oppression que faisait subir à son peuple le Pharaon. Chacun à son époque luttait contre ceux qui voulaient réduire les êtres humains à une forme ou autre d’esclavage. Il serait utile de s’arrêter aux formes modernes d’esclavage qui nous dominent aujourd’hui, jusqu’ici à Maurice.

1. Considérons d’abord le sort des travailleurs étrangers. Sans eux, notre économie serait peut-être à genoux, toute notre société souffrant au quotidien à commencer dès le moment où nous voulons acheter du pain chez le boulanger. La COVID-19 ou le Wakashio nous interpellent, mais ces pauvres travailleurs n’ont aucun moyen pour nous dire toute leur souffrance. S’ils protestent, ils peuvent être expulsés. Certains vivent comme des animaux dans leurs dortoirs. S’il faut s’apitoyer justement sur le sort des coraux ou des dauphins, qu’en est-il de ces sœurs et frères en humanité qui ne sont rien d’autres que des esclaves modernes à notre service ?

Lorsque quelques-unes sont contraintes à se prostituer, d’autres à travailler des heures supplémentaires ou à faire des boulots ailleurs s’ils veulent envoyer de l’argent chez eux et payer des dettes, nous tombons en plein dans un réel trafic humain. Ceci se fait avec la complicité de nous tous, des proxénètes aux clients en passant par les autorités lorsqu’ils n’agissent pas et aussi de la masse silencieuse qui considère ces étrangers-là comme des êtres qui ne méritent pas toute notre considération. Par contre, avec quelques millions de dollars, et même moins maintenant, d’autres peuvent élire résidence à Maurice, avec leurs familles, et s’offrir même le passeport mauricien.

Certes, nous ne devons jamais généraliser mais des esclaves modernes existent, même si nous n’en parlons jamais. Comme quelques-uns qui arrivent à Maurice avec un visa d’étudiant ou de touriste et disparaissent dans la nature. Et dire que moins de deux siècles de cela, nombreux parmi nos ancêtres n’étaient que des travailleurs engagés endurant un sort un peu similaire à ces esclaves modernes…

2.Comment aussi ne pas comparer ceux qui sont pris au piège de l’endettement à des esclaves qui doivent œuvrer, jour et nuit, rien que pour le remboursement ? L’après-COVID et la catastrophe du Wakashio n’ont fait que rendre plus vulnérables ceux qui l’étaient déjà auparavant. Rien n’illustre mieux cet assujettissement moderne que ce reportage à la télévision nationale où des pêcheurs viennent remercier les autorités dans une mise-en-scène mal orchestrée. Ils reprennent tous les mêmes paroles et nous découvrons qu’ils ne savent ni le montant qu’ils recevront en compensation ni encore la différence entre un ‘grant’ suite au désastre du Wakashio et une ‘allowance’ liée au mauvais temps. Cette humiliation que nous faisons vivre à celles et ceux qui dépendent de notre solidarité est digne des sociétés esclavagistes d’antan.

3. Autre esclave qui ne dit pas son nom, ce pauvre enfant qui va à l’école espérant acquérir une bonne éducation. Et souvent aussi ses parents qui investissent tant, croyant que la réussite repose sur des cours particuliers. Ils font comme tous les autres parents qui ont des moyens ou qui doivent s’endetter. L’illusion d’une éducation comme la clé de la réussite, un but que seulement quelques privilégiés pourront atteindre. A défaut d’une vraie éducation, nous enfermons nos enfants dans un formatage des cerveaux, si ce n’est que nous les laissons à eux-mêmes sans aucun avenir. Dépourvus, ils seront à la merci des forces dominantes de leur époque, soumis à un joug car nous ne les avons pas équipés adéquatement.

4.Dernier exemple d’esclavage moderne, celui du système de santé dans le privé où quelques cliniques dominent un ‘marché’ et où les bons médicaments sont trop onéreux. Il existe une machinerie qui exploite le désespoir des gens, alimentée par une culture d’abus de la part de certains professionnels de la santé. Ils jouent sur la peur de ceux qui sont prêts à tout faire pour se soigner, et surtout pour sauver leurs familles. Une couverture d’assurance n’est pas à la portée de tous et le manque de confiance dans la santé publique fait le reste. Avec une population vieillissante et des facteurs aggravants comme la pollution, la prédisposition génétique et l’absence d’hygiène de vie, voire des dangers de pandémie comme la COVID-19, nous risquons de devenir des esclaves de notre système de santé. Malades, stressés, souvent seuls et dépouillés financièrement, nous pouvons craindre le pire d’un service de santé qui agit comme un carcan au lieu de nous servir.

Les chaînes de l’esclavage moderne ne sont pas toujours visibles et ne datent pas d’hier. Pire, contrairement à la traite des noirs ou à la destruction de la nature, que tout le monde condamne automatiquement, les esclaves modernes eux-mêmes ne réalisent pas toujours qu’ils sont des exploités. La sensation de la COVID-19 ou du Wakashio pèse lourd aux yeux des médias et sur les réseaux sociaux, contrairement au quotidien que vivent ces esclaves et de ce nous les faisons subir. C’est là que nous revenons à l’Achoura. Il est un rappel de la résistance de l’imam Hussein, comme fût celle de Moïse, face à l’oppression. N’oublions pas qu’il n’y a pas de spiritualité sans lien avec Dieu, Celui qui ordonne la justice et la bienfaisance.

Conclusion

Au moment où, avec raison, il y a un avertissement de certains afin que nous demeurions loin de toute violence et évitions tout désordre dans notre quête de justice, il faut aussi que cesse l’arrogance de ceux qui sont les dominants de notre monde. Lorsque des instances de décision sont accaparées par quelques-uns et leurs proches, des fois au mépris de toute méritocratie, il ne peut y avoir comme conséquence qu’un exode ou un Karbala si ceux qui contrôlent la politique, les finances et les moyens d’influence comme les médias ne font pas preuve d’ouverture, de partage et d’effort de consensus objectif.

Si ces forces dominantes font acte de modestie et se montrent disposées à encourager une participation plus large, elles ne sortiront que mieux comprises et soutenues, grandies et respectées. En accumulant tant de pouvoirs dans les mains de quelques-uns seulement, ces dominants s’approprient aussi tous les problèmes du pays. Ils arrivent difficilement à profiter des compétences locales et des bonnes volontés qui n’attendent qu’à se mettre au service du pays. Pour preuve, les formes d’esclavage susmentionnées n’ont fait que s’empirer…

À force de vouloir tout garder pour soi-même et les siens, les forces dominantes s’invitent la colère du peuple. Peut-être, celle de Dieu aussi.

Souvenez-vous de Yazid et du Pharaon.

Par DR KHALIL ELAHEE

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