Saturday , 24 February 2024

Métier exigeant et Ramadan – Shakeel Bundhoo, laboureur : «Tant ki Allah gard moi en vie, mo pou gard mo roza»

Chaque année durant le mois de Ramadan beaucoup de personnes prennent un mois de congé pour se reposer et pour accomplir le maximum de prières. D’autres ne peuvent se permettre un tel luxe.

En effet, ils sont plusieurs à devoir travailler malgré la chaleur et les grosses averses pour subvenir aux besoins de leurs familles. Nous avons rencontré Shakeel Bundhoo, un laboureur de Triolet âgé de 59 ans, pour nous parler de son métier. Alors que le soleil jette aux champs sa flamme cuisante et que l’humidité empêche de respirer correctement, il s’affaire dans sa plantation, une pioche à la main en train de cultiver des légumes. Il laisse entendre qu’il fait ce métier depuis l’âge de 16 ans et malgré la chaleur intense, cela ne l’empêche pas de jeûner. Vêtu d’un t-shirt, d’une veste et d’un simple pantalon, le visage en sueur, il laboure son champ dès les premières lueurs du jour.

Shakeel Bundhoo admet que durant le mois de Ramadan, le travail est plus contraignant mais il est d’avis qu’Allah lui donne du courage pour accomplir l’un des cinq piliers de l’Islam. « Allah finn ordonn tou musulmans ki ena la sante pou gard roza, Li pa finn dir ki si ou metier trop dir ou bizin pa garder », dit-il. Au contraire, souligne le quinquagénaire, son courage est décuplé durant ce mois sacré et il ressent une force intérieure qui le pousse à travailler plus dur. Au milieu de son champ de légumes, il s’arrête pour prendre une pause pour nous raconter sa vie. « Dan la vie, si ou pa fer sakrifis, zamé ou pa pou fer progre », laisse-t-il entendre avec le sourire.

Conditions difficiles

Après sa scolarisation à l’âge de 16 ans, Shakeel Bundhoo décide de mettre les mains dans la terre pour aider son père dans le champ. « Dépi zenfan mo gard roza ek mo travay dan karo malgré soley for ek mem lapli mo pa res lakaz », affirme-t-il. Il raconte que pendant l’hiver, ce n’est guère une sinécure que de se réveiller très tôt pour être sur pied après la Salât-ul-Fajr. « Mo vinn dan karo mo tousel apré Fajr ek mo pena lerr fini. Malgre fer fré, mo bizin lor mo lipied dan lapli ek dan fraiserr », poursuit-il. Il ajoute qu’en été, les rayons du soleil lui brûle le visage et « lagorz sek  ». « Nou bizin kapav res ferm dan nou imaan  », en est-il convaincu.

Père de trois filles et d’un fils, notre interlocuteur raconte que grâce à son métier, tous ses enfants sont aujourd’hui des professionnels. D’ailleurs, une de ses filles est médecin et une autre a fait carrière au Canada. « Par lord Allah ek par sakrifis ki mo fer, tou mo zenfan finn ena enn bon plas dan zot la vie zordi », confie-t-il humblement. En outre, Shakeel Bundhoo dit être un homme heureux quand il est dans sa plantation : « Mo fier ki sa travay la finn fer moi ariver dan la vie. » Le soleil est désormais haut dans le ciel, le laboureur essuie son visage et la chaleur est de plus en plus pénible à supporter. « Ban zen pa oulé fer sa travay la zordi zour. Pou plante legim, bizin rod dimoun pou travay demi zourne », se désole-t-il.

En outre, il fait part que des gens, qui ne veulent pas travailler, volent ses légumes qui sont prêts à la vente. « Volerr vin kokin legim. Mo finn deza perdi enn arpen legim. Li bien danzere pou vin dan karo asoir pou vin veye », soutient-il. Autre problème que font face les planteurs est la sécheresse et sans un arrosage quotidien, les légumes sont bons pour la poubelle.

La foi

Shakeel Bundhoo, qui est sur pied depuis l’aube, rentre chez lui vers midi pour prendre un bain et se rendre à la mosquée pour accomplir la prière de Zohr. Ensuite, il s’accorde une petite sieste et après une heure, se réveille pour « ale fer ene le tour » dans les environs et aussi pour acheter les fertilisants et autres engrais pour son champ. « Apré iftar, mo fini diner ek tout suite mo ale namaz Esha ek Taraweeh ki zamé mo pa manke malgré la fatig », fait-il ressortir. Le matin, il se réveille avant tout le monde et attend le repas, et après la Salât-ul-Fajr, il est prêt pour se rendre au champ. « Bien ki mo senti la fatig ek ki mo gagn doulerr ena foi, mo bizin kontiy travay pou mo rekolte legim ki finn pret », dit-il encore.

Shakeel Bundhoo demande à Allah de lui donner du courage pour continuer ce rude métier. « Tant ki Allah gard moi en vie, mo pou gard mo roza tou Ramzan ki vini ek mo pou kontiy ale piosse dan mo plantation », conclut-il. Cette rencontre est synonyme d’une belle leçon de courage de la part d’un homme qui croit dans la philosophie qu’il faut travailler dur pour gagner son pain honnêtement…

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