vendredi , 30 septembre 2022
Irfan en compagnie de ses parents et sa sœur lors de la remise de diplômes.

Malgré sa surdité : Irfan Meera Saib réussit son Bac et opte pour la médecine

Sa surdité congénitale n’a jamais été un obstacle pour Irfan Meera Saib, 18 ans. Cet étudiant du Lycée des Mascareignes a brillamment réussi son baccalauréat et va poursuivre des études de médecine.

Irfan Meera Saib est un modèle de persévérance. Atteint de surdité de type sensorielle depuis sa naissance, il est considéré comme un enfant miraculeux, car selon ses parents, à sa naissance, les médecins avaient prédit qu’il avait peu de chance de survie. Dix-huit ans plus tard, le jeune homme a prouvé que son handicap n’a jamais constitué une barrière dans son parcours académique. En effet, avec détermination, il a décroché son Bac avec Mention et a aussi obtenu la note maximale de 20 lors de l’épreuve du Grand oral. Il s’est ensuite inscrit à des universités francophones et reçoit des réponses favorables des universités en France et de l’île de La Réunion. Mais, de par sa proximité avec sa famille, il a privilégié l’université de La Réunion et s’y est inscrit pour entamer ses études en médecine.

Derrière le succès du bachelier, nous retrouvons une mère courage, Zinnat Nawoor-Meera Saib, qui est avouée de profession. Sa vie a basculé à la naissance de son premier enfant mais avec le soutien de son époux, Yasher Meera Saib, elle n’a épargné aucun effort pour que son fils puisse mener une vie normale et confortable malgré son handicap. Pour elle, sa vie auprès de son fils est « un combat ». Aujourd’hui, elle se dit fière du parcours d’Irfan et le qualifie « d’enfant miraculeux qui a affronté tous les préjugés de la société  ». « Notre société est toujours réticente par rapport à l’intégration des enfants différents. Mais mon fils a quand même réussi son Bac grâce à la volonté du Créateur », dit-elle.

Un long combat

13 octobre 2003. Cette date restera à jamais gravée dans la mémoire de Zinnat Nawoor-Meera Saib. À l’hôpital SSR, elle est admise pour un accouchement prématuré et donne naissance à un bébé de 6 mois et demi qui a plusieurs complications. La pédiatre, Dr Faeza Soobadar, constate que celui-ci souffre de plusieurs complications du fait qu’il est né prématuré. « Le médecin disait qu’il avait peu de chance de survie dans ces circonstances. Mon époux a fait l’Adhân en dehors de la salle en direction de notre bébé. Irfan est resté deux mois dans un incubateur pour le protéger contre des infections. Cela a affecté son système auditif », nous raconte la mère. Les parents ne pouvaient avoir aucun contact physique avec le nouveau-né et ne pouvaient voir leur enfant qu’à travers une vitre.

Deux mois après, le petit Irfan obtient le feu vert des médecins pour partir à la maison, mais il est isolé dans une chambre pour éviter toute infection. À l’âge d’un an, ses parents constatent que le bébé est sourd. Rendez-vous est pris à l’hôpital ENT pour l’avis d’un médecin mais ce dernier les rassure et leur dit de ne pas se faire du souci. Un médecin spécialiste décèle chez lui à l’âge de 2 ans un problème et conseille aux parents de lui faire subir un examen. Quand le médecin annonce définitivement à la maman que son enfant souffre de surdité, ce fut un choc. « J’avais comme l’impression que mon cerveau était resté bloqué en apprenant la nouvelle », laisse-t-elle entendre.

Zinnat Nawoor-Meera Saib, très émue, nous raconte que la pilule était dure à avaler. « J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps en silence et je me demandais sans cesse ‘pourquoi moi ?’. J’étais en colère contre tout le monde et il m’a fallu quelques jours pour accepter cette cruelle vérité », dit-elle. Armée de courage, elle prend rendez-vous avec un professionnel pour voir comment aider son enfant dans l’apprentissage de la lecture labiale. Notre interlocutrice dénonce l’attitude de certains directeurs des écoles maternelles qui ont refusé d’y faire admettre Irfan. Elle prend contact avec la direction de l’école maternelle Pomme d’Api qui accepte d’admettre l’enfant, car ayant un encadrement calqué sur le système français.

Soutien des parents

À l’âge de 4 ans, Irfan est admis à l’École du Centre pour ses études primaires et par la suite secondaires. Il est aussi assisté durant ses années d’études secondaires par un encadrement additionnel fourni par l’école contre un paiement des parents. Il avait un gros problème de locution et pour se faire comprendre, un appareil est relié au professeur et quand il parle, celui-ci l’entend directement dans l’appareil auditif. Irfan était aussi suivi pour ses appareils auditifs par Pierre Halbwachs, audiologiste. Ainsi, avec un encadrement approprié, il a pu bénéficier d’une scolarité normale.

Le plus gros défi de son parcours scolaire est intervenu lors du premier confinement en 2020. « C’était catastrophique pour Irfan, car il ne pouvait pas s’adapter aux cours en ligne, car la lecture labiale sur un ordinateur était presque impossible. Lors du deuxième confinement, le Lycée a pris en compte les problèmes dont les enfants à besoins éducatifs particuliers peuvent faire face avec des cours en ligne. Ainsi, des aménagements comme les supports écrits et les sous-titres ont été envisagés pour assister Irfan », fait ressortir Zinnat Nawoor-Meera Saib. Toutefois, comme nous dit la maman, cela n’était pas très efficace, car les sous-titres sur l’ordinateur étaient presque incompréhensibles. Malgré ces difficultés, le jeune étudiant n’a pas baissé les bras et a redoublé d’efforts pour maîtriser les cours.

Selon la mère de famille, le soutien des parents est essentiel à 95% dans l’accompagnement scolaire d’un enfant avec un tel handicap. « J’ai dû apprendre les mathématiques en français, la chimie, la physique et d’autres matières pour accompagner Irfan. Quand il a été admis au Lycée de Mascareignes pour son Bac, nous étions inquiets, car chaque nouvelle étape de sa vie est une épreuve voire un défi pour nous », confie-t-elle. Mais au lycée, Irfan surprend tout son monde et lors de l’épreuve du Grand oral, il a même obtenu 20 sur 20. « Le jour de la remise de diplômes, son père et moi étions en larmes tellement nous étions fiers de lui et même sa sœur, Jihan, était très émue. Mme Montocchio, sa professeure principale, qui avait suivi le parcours d’Irfan au lycée et qui a tout le temps cru en ses compétences, n’a également pu contenir ses larmes », ajoute Zinnat Nawoor-Meera Saib.

Après le Bac, Irfan Meera Saib a choisi de faire une licence en sciences de la santé et en parallèle, il aura la possibilité de faire des études de médecine. « Chaque parent doit être fier de son enfant quel que soit son handicap. Ces enfants portent en eux une force et une volonté inouïes et par la même, ils nous forcent, nous les parents, à nous surpasser, à explorer des limites que nous n’aurions jamais pensé pouvoir dépasser. Avoir un enfant différent, c’est apprendre à grandir pour l’accompagner dans les épreuves et pouvoir le supporter soi-même », conclut Zinnat Nawoor-Meera Saib.

Les parents d’Irfan remercient le Créateur pour Ses faveurs, le Dr Ismat Dawood Ismaël Nawoor, la doctoresse Faeza Soobadar, pédiatre, Pierre Halbwachs audiologiste, M. Gaudron, Mme Montocchio ainsi que l’ensemble du personnel de l’École du Centre et du Lycée des Mascareignes.

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