vendredi , 29 octobre 2021

L’esclavage moderne

L’abolition de l’esclavage est célébrée alors que des formes modernes d’esclavage persistent. Quand un employé se suicide sur son lieu de travail, un travailleur dit ‘étranger’ est maltraité, une femme est forcée à la prostitution ou une personne est harcelée et humiliée par son employeur, il ne s’agit pas d’esclavage mais quand de telles pratiques se multiplient, nous sommes loin de simples faits divers.

Officiellement, l’Inde recense plus de 10 000 cas de suicides annuellement parmi les fermiers qui sont affligés par le fardeau de la dette. Evidemment, il y a de nombreux cas qui ne sont pas rapportés ou répertoriés. À travers le monde, on estime entre 20 et 40 millions d’enfants, de femmes et d’hommes qui sont victimes du trafic humain. La plupart sont exploités à des fins sexuelles, d’autres sont soumis au travail forcé. Si ici à Maurice le problème n’est pas reconnu, il n’empêche que selon le Département d’Etat américain, repris par l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés, notre pays est dans le Tiers 2 connu comme la catégorie des pays qui n’ont pas les conditions minimum pour empêcher le trafic humain. Ce rapport reconnaît les efforts des autorités, mais nous ne sommes pas à l’abri de cas qui s’apparenteraient à l’esclavage moderne.

Si nous pouvons espérer qu’avec la COVID-19, le risque de voir arriver ou transiter à Maurice des gens subissant le trafic humain est réduit avec les contrôles aux frontières, il faudra demeurer vigilant. Avec l’impact économique de la pandémie, des Bangladais, Malgaches ou Indiens, déjà dans le pays, se retrouvent en fin de contrat ou sans emploi, comme aussi bon nombre de Mauriciens. Ils peuvent être la proie d’employeurs sans scrupule, travaillant de force au noir contre un salaire de misère. Les conditions de vie de certains travailleurs étrangers, rien qu’à voir leurs dortoirs, sont indignes d’une société qui se respecte. Lorsque cela se conjugue avec un sentiment xénophobe, voire raciste, qui ne dit pas son nom, nous devons avoir honte des formes d’esclavage modernes qui se pratiquent au sein même de notre pays.

Autre conséquence de la pandémie : l’endettement. Alors même que jamais auparavant n’y a-t-il eu autant de liquidités dans les banques. Celles-ci regorgent de roupies. Ceux qui ont de l’argent n’ont pas eu la possibilité d’investir et de dépenser. À Maurice, l’excès de liquidités a doublé en un an à la fin de décembre 2020 pour atteindre Rs 48,6 milliards au sein des banques du pays. La dépréciation de la roupie est aussi sans précédent. Les taux d’intérêts baissent et ceux qui ont emprunté avant la pandémie se trouvent des fois dans l’impossibilité de rembourser.

Paradoxalement, il se peut que les plus riches du pays soient devenus plus riches. Un phénomène observé au niveau mondial où les 1000 fortunes les plus élevées ont déjà rattrapé leur manque à gagner suite à la pandémie. La COVID-19 a vu le fossé entre les plus aisés et les plus vulnérables s’agrandir davantage.

Concluons en rappelant que dès le début de sa mission, le Messager de Dieu (saw) appelle à la libération des esclaves. Dieu affirme « Et qui te dira ce qu’est la voie difficile ? C’est délier un joug (affranchir un esclave)… » (Le Coran 90 :12-13). Quel plus puissant message contre l’esclavage que de donner à un esclave le droit de diriger la prière comme imam alors que son ‘maître’ se met à l’arrière pour le suivre. Un esclave mange et s’habille comme son ‘maître’, ce dernier se trouvant même dans l’obligation de l’aider s’il lui donne trop à faire. Ainsi, l’Islam enclenchait un mécanisme graduel mais définitif qui mènerait à l’abolition finale de l’esclavage. Et cela bien avant la fin de la traite des noirs par les colons occidentaux en Afrique, un processus qui a laissé beaucoup de séquelles. Le mouvement Black Lives Matter est là pour nous le rappeler…

Mais finalement, n’est-ce-pas vrai qu’il n’y a qu’un seul vrai Maître et nous sommes tous Ses esclaves ? Ce statut fait notre honneur et notre libération vis-à-vis de toute la création.

Par Dr Khalil Elahee

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