samedi , 5 décembre 2020
La foule historique à Port-Louis.

L’effervescence écologiste

Une foule historique dans les rues de Port-Louis suite à la catastrophe du MV Wakashio mais nous révoltons-nous vraiment suite aux trois morts du naufrage du Sir Gaëtan quelques jours après?

Plus de sept mille volontaires se mobilisent spontanément contre la marée noire, mais combien se bougent-ils pour rechercher le capitaine porté-disparu du remorqueur ou exiger plus d’efforts dans ce sens ? Un reportage au journal de la MBC est révélateur : un officiel commence par parler d’initiatives pour retrouver le capitaine et le montage le fait dire, immédiatement, qu’on n’a retrouvé aucune fuite de diesel ou de lubrifiant !

Certains auraient même repéré des nappes de carburant sur des plages, insinuant qu’elles proviendraient des vingt-cinq tonnes du réservoir de fioul du remorqueur Sir Gaëtan. La rumeur circule vite dans les médias, y compris au niveau international et sur les réseaux sociaux. Finalement, nous apprenons qu’une enquête de police s’oriente désormais vers un déversement intentionnel de fioul ou d’huiles usées, une pratique assez courante un peu partout dans le pays depuis très longtemps.

Catastrophes banales

En fait, chaque mois nous produisons plus d’un million de litres de ‘waste oil’, la plupart finissant dans la nature faute de recyclage. Contre les 800 tonnes d’huile lourde du MV Washashio, les 1 200 000 tonnes de produits pétroliers que nous importons annuellement ne font pas le poids aux yeux des médias de sensation ou encore de certains écologistes. Et pourtant, comme les 700 000 tonnes de charbon que nous utilisons chaque année sans mentionner d’autres matières produisant des déchets toxiques, leurs dégâts sur la santé et la nature ne sont pas moins significatifs.

Il n’y a qu’à voir les fumées noires des autobus sur nos routes, les cas de cancer qui augmentent comparés aux dernières décennies, dépassant les deux mille nouveaux cas annuellement aujourd’hui, ou encore l’état de nos coraux, avant même la catastrophe du MV Wakashio… C’est comme pour les accidents de toute: un mort chaque deux jours, on s’y est habitué… mais s’il y a un seul accident dans un mois avec cinq victimes, c’est le choc. En attendant, qu’on en fasse un fait-divers banal ou une chose normale surtout si les médias n’en parlent pas ou n’en parle plus…

Notre conscience écologique est-elle vraiment nouvelle et réelle ? N’y a-t-il pas un élément de ‘manufactured dissent’, une réaction effervescente résultant d’une sur-médiatisation de l’indignation qui existe? Si nous voyons le respect de la nature de nos aînés qui consommaient peu, gaspillaient point et vivaient en harmonie avec la nature, ils n’étaient pas moins verts que nous. Simplicité, solidarité et …spiritualité. Notre soi-disant modernisme nous a enlevé, ou nous a fait oublier, le fait que la nature est création aussi, comme nous-aussi, signes d’un même Créateur. Et la création est soumise à des limites, voire un équilibre à ne pas transgresser.

Ce n’est pas seulement lorsqu’il y avait une calamité que les gens d’alors se rappelaient de la préservation de la faune et la flore. Sans aussi négliger la dignité humaine, même lorsqu’il s’agissait d’un seul être disparu ou vulnérable, ils savaient qu’ils devaient rendre des comptes à propos de comment ils traitaient autrui, y compris la nature. Aujourd’hui, cette humilité a fait place à notre amour du mondain, jusqu’à s’agiter dans la poursuite de résultats matériels lorsque nous nous réveillons face à des drames. La frugalité n’est pas bien vu aujourd’hui, nous ne nous contentons rarement de ce que nous avons. La mort est conçue comme un point final, seulement la vie d’ici-bas compte. Nous avons même oublié les générations futures et leurs besoins.

Verdissement

La société consumériste sous l’impulsion du système économique dominant fait que même l’environnement est devenu une marchandise. On a fini par mettre un coût ‘approprié’ non seulement sur un bien commun comme la terre, mais aussi sur l’eau ou l’air. Notre santé s’achète et se vend au prix des assurances de vie et de ‘santé’. La finance est verte même lorsque les intérêts de quelques multinationales ou richissimes demeurent au centre des politiques. Certaines entreprises, et même des gouvernements comme aujourd’hui en France, font du ‘greening’, ou verdissement, un vrai atout du marketing moderne.

Verdir des industries comme le pétrole et le charbon, l’automobile, l’armement, le tourisme et le luxe relèvent largement d’une illusion. La société de consommation actuelle et sa culture globale est, par essence, non-durable. Ici on parle de ‘smart-cities’ alors que l’électricité qui les alimente n’est pas verte. Pire, ce seront les 500 000 contribuables du CEB qui payeront pour les nouvelles infrastructures de raccordement au réseau. L’eau des rivières, lorsqu’on en a, est polluée et va vers les récifs coralliens alors que la fourniture 24/7 reste un slogan. Le tri des déchets est annoncé, mais aussi un projet de Waste-to-Energy qui est très controversable. Les autorités parlent dans un même souffle d’une économie circulaire et d’un ‘Petroleum hub’, malgré le MV Wakashio et le Sir Gaëtan. Autant de contradictions auxquelles s’ajoute une pression à rouvrir nos frontières pour reprendre les activités touristiques …comme avant, dans le fond, même si la COVID-19 sévit dans le monde!

Sans aucune modestie, nous croyons ainsi pouvoir sauver la planète que d’autres, nous pensons, ont la capacité de détruire !

Par DR KHALIL ELAHEE

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