mardi , 20 octobre 2020

Jérusalem est ma demeure

Ces paroles font le tour du monde, les gens chantent et d’autres dansent sur les airs de ‘Jerusalema’. Ils répètent tous ‘ Jerusalema ikhaya lami’, sans souvent saisir le sens de ce qu’ils disent. Ces mots en khelobedu, une des multiples langues sud-africaines, signifient ‘Jérusalem est ma demeure’.

Aujourd’hui, certains qui peuvent revendiquer en toute justice que ‘Jérusalem est ma demeure’ sont privés de leurs droits. La Palestine est abandonnée à elle-même comme elle ne l’a jamais été. Entretemps, le monde chante et danse ‘Jérusalem est ma demeure’.

La chanson ‘Jerusalema’ n’est pas comprise, mais elle touche les cœurs. Est-ce parce que c’est un cri plein d’humilité d’une âme qui se confie à son Créateur ? Comment sinon expliquer ce phénomène mondial, écrit dans une langue qui n’est même pas parmi la douzaine de langues reconnues officiellement et parlées de ce pays ? Avec les médias et les réseaux sociaux, le succès de ce tube a atteint Jérusalem, littéralement ‘la Cité de Paix’. Pour les musulmans, Jérusalem est ‘Bait-ul-Muqaddas’, la ‘Demeure Pure, Sacrée’. Les juifs la considèrent comme l’endroit choisi par Dieu, la plus sacrée qui soit. Elle abrite les lieux saints des trois religions monothéistes. Certaines écritures juives et chrétiennes se réfèrent même à Jérusalem comme la ‘demeure de Dieu’…

Abraham ou Abraha ?

Paradoxalement, Donald Trump annonce un accord de paix qui exclut Jérusalem, et les Palestiniens, en pleine campagne électorale américaine. Quelque temps auparavant, il avait réuni les dirigeants du Kosovo et de la Serbie, qui ne se reconnaissent pas entre eux, pour annoncer que ces derniers installeront des ambassades…à Jérusalem. Désormais, quelques pays arabes qui entretenaient – pas trop secrètement – des liens avec Tel Aviv ont établi des relations diplomatiques avec Israël. L’Egypte et la Jordanie en ont déjà fait l’expérience. Tous ont voulu plaire aux USA et à Israël, sans le support de leurs peuples respectifs, et surtout agissant contre la volonté des Palestiniens qui devraient se demander à quoi se résume pour eux le soi-disant Accord d’Abraham ?

Si cela arrange les affaires de Netanyahu qui est en mauvaise posture dans son pays et permet à Trump de consolider ses assises auprès de l’électorat évangéliste chrétienne, pour les Palestiniens c’est une trahison de plus. Pour ces derniers, c’est plutôt l’Accord d’Abraha du nom de celui qui est notoirement entré dans l’histoire pour avoir tenté de détruire, en vain, le premier lieu saint de l’islam, la Maison de Dieu qu’est la Ka’aba. Des évangélistes chrétiens, d’ailleurs, soutiennent Trump, convaincus que sa politique va dans le sens de la construction du troisième Temple sur le Mont à Jérusalem sur l’esplanade des Mosquées. Cela est pris comme un signe précurseur de la deuxième venue de Jésus sur terre.

Apartheid

Revenons à Jérusalema, une création artistique sud-africaine, pour nous rappeler que ce que subissent les Palestiniens n’est rien qu’une autre forme d’apartheid. Le Président Ramaphosa a vite comparé le plan Trump, le ‘deal of the century’, au système des bantoustans de l’ère apartheid. Auparavant, en 1997, un autre Président sud-africain, et non des moindres, Nelson Mandela, avait prononcé cette phrase historique : « Notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens ».

Qu’est-ce qui peut empêcher maintenant le gouvernement mauricien à rétablir des liens diplomatiques avec Tel Aviv, voire avec Jérusalem, capitale d’un État juif ? Autant le poids politique de la communauté musulmane locale, c’est peut-être aussi l’engagement de la société civile, des intellectuels et des mouvements de gauche et de certains ministres pour la juste cause palestinienne qui pourra éviter à notre République de suivre le pas de certains pays, arabes et autres, et résister à une possible pression de l’administration Trump. Une défaite de ce dernier pourrait aussi donner une chance de paix entre Israéliens et Palestiniens, à la place du cinéma qui se joue avec les ennemis de la Palestine dans le rôle des protagonistes d’un soi-disant accord. Il n’y aura pas de paix sans Jérusalem reconnue par tous et pour tous comme Cité de Paix.

Accepterons-nous un accord entre les USA, la Grande-Bretagne et d’autres dans notre dos sur l’avenir de l’archipel des Chagos ? Surtout si c’est contre notre volonté et l’intérêt des Chagossiens ? C’est un peu ce que certains pays, les USA et Israël ont fait vis-à-vis des Palestiniens.

Jerusalema ikhaya lami…Jérusalem est ma demeure…un jour les Palestiniens diront ces paroles aussi pour de vrai, si Dieu le veut. Et cette fois, ce ne sera pas seulement une chanson.

Par DR KHALIL ELAHEE

Commentaires

A propos de star

Ceci peut vous intéresser

Hazqueel Rezah Choychoo Hafiz-ul-Quraan à 12 ans

Il faut avoir la volonté, le désir, le rêve et l’espoir de faire du Coran …