dimanche , 27 septembre 2020

Il faut des lieux de prière ‘COVID-compliant

A quelques jours de la fin du confinement, nous ne savons pas si nos lieux de culte seront ‘COVID-compliant’ ? Devra-t-on y porter un masque ? Y-aura-t-il des gels hydro-alcooliques à l’entrée ? Faudra-t-il y apporter son tapis, par exemple ? Les rangées seront-elles serrées, épaule-contre-épaule ? Si normalement les lieux de prière sont relativement peu encombrés la plupart du temps, qu’en sera-t-il pour les grandes prières en congrégation comme la jummah ? Dans le même sens, nous pouvons nous interroger sur les consignes à respecter lors des funérailles et des mariages dans les lieux de culte. Savons-nous comment faire après le confinement ?

Certains lieux ont accueilli clandestinement des prières en congrégation pendant le lockdown. La distanciation sociale ne se faisait pas toujours dans ces cas. Les autorités auraient-elles fermées les yeux sur de telles pratiques ? Pourquoi ?

C’est possible qu’une telle indulgence serait liée au fait que la pandémie serait sous contrôle et il ne fallait pas jouer avec le feu en bousculant davantage les pratiques religieuses déjà largement affectées. D’ailleurs de tous les pays, c’est en France et aux USA que le droit à la liberté religieuse a été évoqué au plus haut niveau judiciaire et politique, respectivement, tout récemment. Ainsi l’accès aux lieux de culte y a été permis, comme c’était d’ailleurs la situation dès le début du déconfinement en Allemagne. Le président Trump ne finit pas de surprendre en affirmant que les lieux de prières offrent des services essentiels. Et d’ajouter qu’on ne peut les fermer alors que les points de vente de marijuana or d’alcool sont ouverts!

L’ère post-COVID-19

Après le confinement, il n’est pas clair si le nombre de personnes lors d’un rassemblement sera limité à dix, vingt ou deux cents. Sinon, y aura-t-il aucune limitation ? Rien n’a été annoncé. Les gens n’ont pas le temps voulu pour s’y préparer. Ce qui est encore plus incertain c’est notre capacité de mettre en œuvre d’éventuelles mesures de contrôle…

Autant de questions que nous devrions nous poser au moment d’entrer dans l’ère post-COVID-19. Ce n’est pas en évitant ces sujets si délicats que nous surmonterons de possibles difficultés. Jusqu’ici nous ne pouvons que regretter le manque de communication et de dialogue de parts et d’autres.

Dieu merci, un atout majeur qui nous sauve tant de fois est notre tolérance et notre vivre-ensemble. Nous l’avons témoigné à la veille de la Eid quand tout un pays a été tenu en suspens jusqu’à assez tard pour recueillir des témoignages confirmant la visibilité de la lune. Mais notre entente sociale sera mise à rude épreuve si une deuxième vague résulte de la non-coopération de certains, le résultat surtout de la démission des responsables politiques et religieux.

Les pyromanes ne sont jamais très loin comme nous l’avons vu en Inde avec la stigmatisation des musulmans autour du COVID-jihad. Et plus tôt, nous avons déploré un certain racisme lors du début de la pandémie vis-à-vis des chinois, particulièrement sur les réseaux sociaux. En Chine même, plus tard, l’agression d’étrangers africains a fait la une de l’actualité.

Zéro cas = danger aux frontières

Après tant de jours sans de cas de COVID-19 dépisté localement, il est fort probable que le virus n’est pas au sein de la population à cet instant précis. On devrait donner une récompense à toute personne qui viendrait de l’avant pour se soigner au cas il serait porteur du nouveau coronavirus. En laissant les services de santé le prendre en charge, il ferait acte d’amour et de compassion envers sa famille, ses proches et tout le pays. Ainsi nous éviterons toute propagation si nous lançons une telle chasse au coronavirus…

Mais que se passera-t-il si et lorsque nous ouvrirons les frontières ? Notre humanisme et le droit humain nous interdisent d’abandonner nos compatriotes qui font tout pour rentrer au pays, quitte à devoir rester en quarantaine suite à leurs arrivées. Toutefois, si nous permettons le retour de touristes et la libre circulation d’autres voyageurs dans les deux sens nous nous exposerons à une énorme vague de la pandémie. C’est le cas parce qu’un vaccin n’est pas pour demain et il peut y avoir d’autres pandémies.

C’est à partir de ce moment que le non-respect de gestes barrières, dans les lieux de culte comme partout ailleurs, sera absolument inacceptable et impardonnable. Tout écart sera lourd en conséquence et nous ne pourrons éviter la catastrophe, qui sera sanitaire, économique et sociale.

C’est pourquoi il faut rendre nos lieux de culte ‘COVID-compliant’ même si aujourd’hui il n’y a probablement pas de cas actif, dépisté ou non, dans le pays. Ce sera une éducation pratique majeure dans la lutte contre la pandémie, et contre toute autre vague qui peut arriver. Elle dépassera les murs des lieux de prière pour gagner nos demeures comme tous les aspects de notre vie. Ailleurs, nous avons vu la distanciation physique appliquée dans des mosquées, quelques-unes même converties en supermarché gratuite pour des pauvres de toutes les confessions.

Nous donnerons un socle spirituel, moral et éthique à la fondation du monde post-COVID-19. Le fait religieux dans notre République est puissant et il faut s’en servir positivement aussi dans la consolidation, ensemble, de notre nation mauricienne plurielle.

To fail to prepare is to prepare to fail…

Par DR KHALIL ELAHEE

Le ‘Grit’ mauricien

Le déconfinement se profile à l’horizon à Maurice, on parlera bientôt du choc psychologique ou moral que le confinement ait pu provoquer. Mais relativisons tout de suite. Rester chez soi pour son propre bien et celui de sa famille ne peut pas être aussi traumatisant que cela. Bien sûr qu’on connaît le confinement de deux ou trois jours pendant les cyclones et pluies torrentielles qui nous ont liés en tant qu’un peuple faisant face aux forces de la nature et nous nous sommes sortis assez bien de ces situations.

Cette fois-ci, l’agresseur est invisible. Le confinement, plus conséquent et comme dans tous les pays affectés, aura un impact financier. C’est là que le ‘grit’ mauricien doit se manifester. C’est quoi le ‘grit’ ? Dans un premier temps, c’est la capacité de progresser malgré les difficultés. Appliquons ce mot au contexte mauricien. Ce serait notre aptitude à surmonter cette épreuve malgré les difficultés – à ne pas baisser les bras – de se surpasser, tout comme l’année dernière pendant les Jeux des Îles de l’océan Indien.

Bien sûr, ce sera un challenge; mais n’est-ce pas une opportunité pour la nation mauricienne de se mobiliser comme un peuple et de puiser dans l’ADN collective de notre nation ? Cette volonté d’un avenir meilleur que nous ont léguée nos ancêtres venant d’Afrique, de la grande Péninsule, de Chine et d’Europe.

Evidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire, mais croyons en notre capacité, puisons de notre fort intérieur afin de trouver cette force, mais surtout comprenons bien que nous faisons tous partie de la solution. Allez-Maurice !

Tabrez MAUTHOOR
Directeur de « Clean Flag »

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