lundi , 6 juillet 2020
Ajay Jhurry, Bissoon Mungroo, Sanjay Matadeen et Umarfarooq Omarjee

Fermeture de nos frontières prolongée : la prudence est de mise chez les opérateurs touristiques

Fermées depuis mars dernier pour contrer la prolifération du coronavirus, nos frontières ne seront pas ouvertes avant le mois d’août. Néanmoins, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a aussi annoncé un plan de soutien à hauteur de Rs 500 millions pour le secteur du tourisme. Le prolongement de la fermeture de nos frontières aura, à coup sûr, un impact sur le secteur touristique et aussi sur l’économie dans son ensemble. Les différents opérateurs livrent leur point de vue.

Coup dur pour le tourisme. La reprise n’est pas pour bientôt. Considéré comme l’un des piliers de notre économie, le secteur touristique emploie plus de 100 000 personnes, directement et indirectement, à Maurice. Avec la fermeture de nos frontières, ce secteur va souffrir davantage. Malgré cela, les opérateurs estiment que le gouvernement a pris la bonne décision en prolongeant la période de fermeture. Ajay Jhurry, président de l’Association of Tourism Operators (ATO), confie que la santé de la population est plus importante. « Nous ne pouvons contester les mesures annoncées par le gouvernement. Ce n’est pas plausible d’ouvrir nos frontières à l’heure actuelle. Mais une ouverture par phase est recommandée une fois que la situation retourne à la normale », dit-il.

Umarfarooq Omarjee, Executive Director chez Omarjee Aviation, se dit également en faveur de la décision de prolonger la fermeture de nos frontières. « Il ne faut pas ouvrir les frontières de façon irréfléchie, car les conséquences pourrait être graves et nous pourrions faire face au pire. Le gouvernement devra, cela dit, travailler sur un plan de réouverture. Il ne faut en aucune raison se précipiter  », explique-t-il. Pour sa part, Bissoon Mungroo, président de l’Association des hôtels de charme, est d’avis que les frontières doivent rester fermées pour encore quelque temps, et ce pour une question de sécurité. « Même si nous rouvrirons nos frontières, cela ne va pas attirer les touristes. Les affaires ne reprendront pas de sitôt. Nos marchés touristiques sont encore sous la menace de Covid-19. Il est clair que les personnes de ces pays hésiteront à voyager », avance-t-il.

Arrivées touristiques : Baisse de 12,3% au premier trimestre

Selon Statistics Mauritius, Maurice a connu une baisse de 12,3% dans le nombre des arrivées touristiques de janvier à mars 2020. Les arrivées pour le premier trimestre 2020 se chiffraient à 304 842, soit une baisse de 13,5% par rapport au même trimestre en 2019. Au cours de la même période, 469 483 départs ont été enregistrés, soit une baisse de 9,7% par rapport aux chiffres pour le premier trimestre de 2019.

Performance de nos principaux marchés pour la période de janvier à mars 2020 :

  • France (-8,2%)
  • Allemagne (-3,5 %)
  • Ile de la Réunion (-13,1%)
  • Royaume-Uni (-21,8%)
  • Afrique du Sud (-20,5%)
  • Inde (-23,4%)
  • Italie (-25,6%)
  • Suisse (-17,6%)
  • Autriche (-6,5%)
  • République tchèque (-17,6%)

Retour à la normale en 2022 ?

Ajay Jhurry explique que les opérateurs sont déjà prêts à s’adapter à la crise Covid-19. « Nous savons déjà ce qui nous attend. La probabilité de recevoir des touristes après la réouverture des frontières est très faible. Dans un premier temps, seuls les hommes d’affaires ou des étudiants viendront à Maurice. Avec les mesures de quarantaine, les gens penseront à deux fois avant de voyager. Donc, la reprise n’est pas pour bientôt », dit-il.

Le tourisme local est une autre tendance que se dessine dans l’ère d’après-Covid-19. Toutefois, le président de l’ATO soutient qu’un tel concept est peu envisageable à Maurice. « Nous sommes un petit pays. Les Mauriciens ne vont pas dépenser pour des séjours à l’hôtel. Ils ont d’autres priorités. Avec cette crise, beaucoup ont même perdu leur emploi. Il faut attendre 2022 pour que tout retourne à la normale », fait ressortir Ajay Jhurry.

Bissoon Mungroo estime, lui, qu’une certaine opacité prévaut dans le secteur touristique. « Il faut attendre pour pouvoir se prononcer. Le secteur va souffrir. Heureusement, le GM injectera de l’argent pour aider les entreprises du secteur. Nous ne pouvons pas précipiter la réouverture de nos frontières, car c’est une question de vie ou de mort », lance-t-il.

De son côté, Umarfarooq Omarjee est d’avis que le tourisme peine déjà à respirer. « C’est un phénomène mondial et sans précédent. C’est une chance que c’est la saison hivernale à Maurice actuellement et d’habitude, nous accusons une baisse des arrivées touristiques durant cette période. Si nous étions en été, comme en décembre, la situation aurait été désastreuse », dit-il.

Impact économique

Pour de nombreux observateurs, le secteur touristique connaîtra des heures sombres comme jamais auparavant. L’économiste Sanjay Matadeen estime que la fermeture de nos frontières jusqu’à fin août 2020 est une mesure prudente de la part du gouvernement pour empêcher une deuxième vague de Covid-19 à Maurice. « Il n’y a toujours pas de visibilité au niveau de nos marchés touristiques traditionnels qui sont toujours affectés par la pandémie », dit-il.

Selon lui, une fois les frontières internationales rouvertes, le risque de cas importés de Covid-19 sera bel et bien présent. Aussi des résidents locaux, voyageant vers des pays à risque, peuvent ramener le virus à Maurice. « Il faut donc rester prudent », affirme-t-il. En ce qui concerne l’impact sur le secteur du tourisme, Sanjay Matadeen avance que les observateurs sont unanimes à dire que la situation va se débloquer qu’à partir de l’année prochaine tout en assumant qu’un vaccin soit trouvé entre-temps.

Cependant, Sanjay Matadeen est d’avis que les autorités auraient dû réfléchir à la possibilité d’accueillir des touristes de La Réunion avant août 2020, car aucun nouveau cas de Covid-19 n’a été enregistré dans l’océan Indien. « Evidemment, il faudrait mettre en place les bonnes incitations financières pour attirer les visiteurs. La Réunion est notre deuxième marché le plus important après la France », fait ressortir notre interlocuteur.

L’autre impact néfaste du prolongement de la fermeture des frontières, selon l’économiste, demeure le fait qu’Air Mauritius est cloué au sol et ne peut continuer à accumuler des pertes. « Ces pertes seront tôt ou tard compensées par l’argent des contribuables. Le soutien salarial pour les employés du tourisme et l’argent déboursé par le nouveau MIC de la Banque de Maurice continueront à impacter négativement sur les finances du pays », dit-il.

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