Sunday , 14 July 2024

ANECDOTES D’ICI ET D’AILLEURS : Habib Mosaheb, un ami de longue date

Je connais Habib Mosaheb depuis 1975. En ce temps-là, il habitait à Notre-Dame dans la circonscription de Port-Louis/Montagne-Longue. Il était alors un partisan ferme du MMM qui gagnait du terrain lentement mais sûrement également dans les régions rurales.

En sus des candidats potentiels à la députation, à savoir Suresh Moorba, Sylvio Michel et Shree Krishna Baligadoo, Habib était invité à prendre la parole dans les meetings publics. Eu égard aux thèmes choisis et le sujet de ses interventions, on pourrait dire qu’il nourrissait des convictions idéologiques assez tranchées et souhaitait de tous ses vœux une société meilleure pour tous. Bon orateur, ses arguments faisaient mouche et malgré lui, il recevait des applaudissements de la foule. Cependant, avant d’être invité à prendre la parole lors des meetings publics, Habib Mosaheb avait été un animateur très écouté pendant les réunions de travail des syndicats affiliés à la General Workers Federation (GWF) d’obédience MMM. Par la suite, au début des années 1970, lorsque des dirigeants en vue du MMM étaient en prison, sauf l’avocat Suresh Moorba, il échut à Habib Mosaheb et Jean Claude Augustave de raviver la flamme du parti en organisant des réunions clandestines dans plusieurs régions du pays. Donc, c’est tout naturellement qu’il fut invité par les branches du parti à animer des réunions à caractère politique. Il s’y rendait dans la voiture du Rehankhan Oozeeerkhan (Dr.), en compagnie de son cousin Idriss Mosaheb et de Yousouf Amiran.

Au fil des années, nous nous sommes rencontrés des fois chez moi à St.-François-Xavier. Petite anecdote : une fois, il était venu me proposer de me joindre à l’équipe de Top FM. Il me laissait entendre que le patron de la boîte, un ami à lui, l’avait autorisé à recruter. Il était quelque peu déçu lorsque j’avais décliné l’offre étant pris ailleurs dans la presse écrite. Nous allions aussi nous voir lors des fonctions officielles alors qu’il était attaché de presse chez le ministre Dharmanand Fokeer, un ami commun et mon ancien collègue au collège Eden qui fut Président du MMM pendant de longues années ou encore à Notre-Dame où mon épouse a de la famille dans la région. En ce temps-là, au moins une fois par mois, nous allions rendre visite aux familles Oozeerkhan.

Évidemment, lors de ces occasions, nous n’avions pu éviter de parler politique dans le sens large du terme tant à Maurice qu’à l’étranger.

Journaliste à Radio Seychelles

Tenez, aux Seychelles à Mahé, Habib travaillait comme journaliste à Radio Seychelles alors que moi j’étais enseignant sous contrat dans un établissement secondaire. La capitale de Mahé, Victoria étant un passage obligé pour tous – natifs du territoire, touristes de passage comme ces ressortissants étrangers sous contrat à durée déterminé –, nous allions forcément nous croiser. Des moments empreints d’une amitié sincère qui nous permettaient de passer du temps à parler de la famille à Maurice, prendre des nouvelles de nos compatriotes qui vivaient aux Seychelles en ce temps-là et aussi évoquer l’évolution de la situation politique dans notre pays natal.

Souvent, mon ami me faisait l’honneur de venir chez nous à North East Point pendant la pause café lorsqu’il arrivait à se libérer de ses obligations professionnelles à Radio Seychelles. Il demandait alors à son chauffeur de le déposer à la maison où il allait passer une petite heure. Sur l’insistance de mon épouse, il acceptait de prendre le déjeuner en notre compagnie. Visiblement, il préférait la cuisine mauricienne et n’était guère avare de compliments à cet effet. Inévitablement, pendant le repas et même après, nous parlions toujours de la situation politique à Maurice mais aussi dans le monde dont surtout celle de la France. Eu égard à son travail de journaliste, Habib était plutôt bien renseigné. Ainsi, selon tous les sondages, la France allait connaître un changement de régime. En effet, au début des années 1980, les politologues et analystes politiques français prévoyaient déjà que François Mitterrand était bien placé pour botter la droite hors du pouvoir. Naïfs ou réalistes, nous estimions que cette nouvelle donne allait avoir une incidence favorable sur l’électorat mauricien. Le devoir oblige, lorsque le véhicule de Radio Seychelles refit son apparition, il nous quittait assez rapidement. Nous avions alors le sentiment que notre conversation avait un goût d’inachevé.

Habib était le point de contact pour nos compatriotes qui arrivaient aux Seychelles, soit ceux qui étaient en mission, de passage ou encore en vacances. Ainsi, je me rappelle toujours de Tibye Cheeroo, Rafick Nabeebaccus, Abdoola Ebrahimkhan ou encore le politicien Satteeanand Peerthum – des Mauriciens qui se faisaient toujours un devoir de venir nous saluer et passer des moments agréables en notre compagnie avant leur départ.

Grand lecteur

Autre facette de sa personnalité : Bhai Habib était un grand lecteur, un brin compulsif, et ce, depuis son adolescence. En effet, après le cycle secondaire au Montagne Longue College, il passait le plus clair de son temps libre à dévorer des livres. Il lisait les livres de Jean Paul Sartre, dont ‘Les mains sales’ et ‘Das kapital’ de Karl Marx alors que d’autres lisaient ceux des penseurs de gauche tels que Albert Camus, Simone de Beauvoir et autre Rosa Luxembourg. Cependant, comme tout jeune de sa génération, il aimait le football. Il faisait partie du Notre Dame Youth Club. Sur le terrain, il excellait dans son poste de demi-centre offensif. Il aimait aussi les jeux intérieurs tels que dominos et carrom qui d’ailleurs en ce temps-là, étaient incontournables au sein des clubs de jeunesse. Eu égard à son caractère bien trempé et de sa franchise coutumière, il ne se faisait prier pour exprimer ses points de vue aux dirigeants du club. Cinéphile, tout comme les jeunes de sa génération, il aimait aussi aller au cinéma (Rex, Majestic) au moins deux fois par mois en compagnie de ses amis pour voir des films français et indiens. Ceux qui l’ont connu de près, se rappellent qu’il était également un partisan des soirées culturelles dites ‘gammat ’, lors de la célébration d’un mariage surtout en région rurale. Cette activité-clé avait lieu généralement le samedi soir au cours de laquelle chanteurs et musiciens rivalisaient pour égayer leur audience.

Ces jours-ci, je vois mon ami Habib de moins en moins pour ne pas dire lors des rencontres fortuites d’autant qu’il doit gérer ses soucis de santé comme tant d’autres de notre génération. Nous faisons l’effort de ne pas parler de politique. Nous optons plutôt pour prendre des nouvelles de la famille et de ma fille qu’il avait connue encore bébé autrefois et qu’il avait eu l’occasion de tenir entre ses bras quelque fois. Cependant, notre amitié perdure, et ce, depuis plus de quatre décennies déjà.

Par LouckmAan Lallmahomed

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