jeudi , 2 juillet 2020

Affaire BWSC-Centrale St Louis : que la lumière soit !

1. Selon les rapports annuels du CEB, le ‘redevelopment’ de la centrale de St Louis est abordé par les consultants Mott MacDonald dès 2011. Il est précisé que c’est le retard de CT-Power qui fait déclencher ce ‘contingency plan’. L’espace disponible à St Louis, le besoin de remplacer les vieux moteurs et, singulièrement, l’impact environnemental sont les raisons de ce choix. Déjà, en 2003, les mêmes trois motifs étaient évoqués pour demander une ‘extension’ de la centrale thermique. Plus tard, le terme ‘redevelopment’ justifiera l’argument qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle centrale en plein milieu résidentiel.

2. Le rapport du CEB de 2011 annonce qu’une l’étude de faisabilité sera complétée en 2012. Aussitôt dit, aussitôt fait…par le même Mott MacDonald qui dépose son rapport en mai 2012. La proposition est désormais d’installer deux moteurs de 30 MW chacun de type ‘medium speed’, soit 2×30 = 60 MW. Le rapport de l’EIA est commandité auprès de… Mott MacDonald. En 2013, ce dernier relève de nombreuses contraintes, mais cela n’empêche pas au projet d’aller de l’avant au grand dam des habitants de la région. Pour ne pas déroger à la tradition, Mott MacDonald est aussi désigné pour préparer les documents de l’appel d’offre, et pour superviser la construction sur le site.

3. L’année 2013 est à retenir, car c’est à partir de là que le CEB annonce que la décision d’installer à St Louis, ‘on a fast-track basis’, quatre moteurs ‘medium speed’ de 15 MW, soit 4×15 = 60 MW, selon le rapport annuel de l’organisme.

4. Fait notable, lors des travaux de la National Energy Commission (NEC), la nécessité d’inclure entre 40 et 60 MW est retenue dans la version de son compte-rendu technique rédigé le 26 août 2013. La NEC ne fait aucune allusion à la centrale de St Louis, mais évoque ces 40 à 60 MW comme back-up pour les intermittences liées à l’introduction des énergies renouvelables qu’elle préconise. D’ailleurs, la NEC les qualifie comme ‘anticipated investment’ pour l’augmentation de la demande peak et semi-peak mais aussi en remplacement des vieux moteurs. D’ailleurs, la possibilité de décentraliser leurs emplacements est stipulée.

5. Dans la version du rapport intérimaire de la NEC du 7 septembre 2013, apparaît à la place des 40 à 60 MW, une proposition de 4x15MW, s’alignant ainsi avec le plan existant du CEB. Ce sera une des recommandations fortes de la NEC, spécifiant même l’introduction essentielle de 2×15 MW en 2015 et de 2x 15 MW en 2016 roulant avec du fioul à faible contenue de soufre, passant plus tard au gaz naturel ou au biodiesel. Et de rappeler le rôle de backup aux énergies renouvelables d’une telle mesure tout en agissant comme un investissement anticipé.

6. Il est utile de souligner que l’Integrated Electricity Plan du CEB 2013-2022 ne dit rien sur les 4×15 MW, ou même sur le ‘Redevelopment’ de la centrale de St Louis. Pourquoi ? Parce que, sans doute, au moment de sa rédaction, CT Power faisait bel et bien partie des plans du CEB. Nous voyons donc que c’est la NEC qui donne sa raison d’être aux 4×15 MW, mais pas avec la même intention et la même vision que le CEB.

2014 et/ou 2015 ?

7. La suite est connue avec un premier appel d’offre en 2014. Mais ce qu’il faudra retenir c’est qu’à la veille des élections il y a un barrage contre l’octroi du contrat à la BWSC, y compris venant du CEB, donc des autorités d’alors. Après les élections, un deuxième exercice est lancé par le nouveau régime avec l’accord de la Banque Africaine de Développement (BAD) et, semble-t-il, également de la Banque Mondiale.

8. Les spécifications sont élargies mais l’essentiel est qu’il s’agit toujours de 4×15 MW medium-speed, même si l’appel d’offre s’ouvre à des unités de plus de 15 MW mais avec un total entre 54 et 66 MW. Le résultat est le même, la BWSC. Avec en passant un certificat d’urgence que le Gouvernement affirmait n’était pas indispensable au début. Et un gain de cause auprès d’un nouveau l’Independent Review Panel pour la BWSC. La firme Hyundai objectera, en vain, quant à la présence d’une proche du pouvoir sur cette dernière instance. Accessoirement, le projet initialement prévu pour un montant de Rs 3 milliards coûtera désormais Rs 4,3 milliards.

9. Y-a-t-il eu un appel d’offre taillé sur mesure ? Que signifie exactement un ‘tailor-made tender’ dans ce cas précis sachant l’historique derrière les moteurs 4×15 MW ? Etait-ce le cas en 2014 avec un exercice annulé ? Ou en 2015 ? Sinon dans les deux cas ? Y-a-t-il eu corruption ? Existe-t-il des corrompus au niveau du CEB, des technocrates, des politiciens et/ou des intermédiaires ? Ceux qui se renvoient le ‘pa moi sa, li sa’ sont-ils tous coupables, sinon l’un des deux partis l’est ou…sont-ils tous innocents ?

10. L’euphorie du moment ne nous permet pas d’avoir une lecture dépassionnée de la situation. Le lynchage médiatique et les accusations fusent de toutes parts, les réseaux sociaux ajoutant beaucoup au sentiment de dégout généralisé. L’indignation gagne du terrain. Les amalgames ne sont jamais loin. Le public ne sait pas trop quoi croire, beaucoup prennent des rumeurs pour des faits.

11. Mais il demeure que la firme BWSC, qui traine pas mal de casseroles un peu partout au monde, fait tout pour redorer son image et cherche à clore toutes les affaires l’impliquant. Elle se vante de ‘self-report’ que ce soit à la BAD ou aux autres parties concernées les cas suspects. Mais l’essentiel est que ses enquêtes sont limitées, de son propre aveu. La BWSC déclare vouloir protéger la réputation de son client, le CEB, et confirme que le cas allégué concerne leur dernier projet à Maurice, soit en 2015, dit ‘St Louis II’. Le lanceur d’alerte qui a fait surface en avril 2018 est resté anonyme, n’est peut-être pas Mauricien et a ciblé, probablement, de multiples pratiques douteuses de la BWSC à travers le monde.

12. Le communiqué de la BAD fait référence aux ‘tenders’, au pluriel, mentionnant 2014 et 2015. Est-ce pour autant établi qu’il y a eu corruption ? En toute objectivité, la BAD fait référence à une balance de probabilité, ‘more likely than not’ concernant l’éventualité de corruption. Cela ne disculpe personne, n’enlève pas la présomption d’innocence et ne nous avance pas plus que le ‘pa moisa, li sa’. Il n’empêche que ce qui est établi est le fait que la BWSC n’avait pas respecté les règles, comme le devoir de déclarer ses arrangements avec les parties-tiers.

Ténèbres

13. Parmi les questions qui demeurent est la nature des spécifications dont la connaissance et l’inclusion au préalable peuvent donner un avantage plus que certain à un soumissionnaire. Il est tout aussi troublant qu’en 2014, et plus récemment jusqu’en juin 2020, la communication sur une corruption alléguée impliquant la BWSC a lamentablement échoué entre le Directeur Général (ou son intérim), le Board, et le Gouvernement. Comment est-ce-possible? Finalement, qui est habilité à faire la lumière sur toute cette affaire en interrogeant impartialement dans un souci de justice ceux qui sont potentiellement impliqués?

14. L’ICAC, mais aussi la nouvelle équipe dirigeante du CEB, se trouvent devant une double obligation immédiate. Elles doivent démontrer qu’elles sont dignes de confiance et elles doivent apporter des réponses claires sans tarder.

Lumière

Cette affaire n’est que la conséquence d’une gouvernance énergétique qui va mal politiquement, institutionnellement mais aussi éthiquement. Et cela dure depuis des décennies avec d’autres scandales que le secteur a connus. Il y a un manque de transparence, de confiance et de coopération entre les différents acteurs.

En favorisant une compétition sauvage et des retours maximaux d’investissement sur le court terme à travers de mécanismes douteux, ce modèle ne promeut pas une juste transition énergétique. Le système de développement économique dominant est dévastateur tant pour les hommes et tout ce qu’ils érigent que pour l’environnement. L’énergie propre et la sobriété de la demande ont peu de chance dans un tel enfer consumériste et ultra-matérialiste où domine l’argent du plus offrant, qui n’est d’ailleurs pas toujours propre.

J’accuse, donc, ceux parmi nous qui veulent prolonger ce statuquo qui profite à certains au détriment du bien commun.

J’accuse ceux qui agissent contre la gestion de l’énergie, gonflant la demande artificiellement avec leurs projections exagérées et aussi réellement avec des gaspillages comme le refus de toute efficacité.

J’accuse ceux qui ont intérêt à justifier ainsi l’achat et la vente, souvent en urgence, de technologies qui pérennisent notre dépendance énergétique. Sans aucun transfert de savoir-faire ni de valeur ajoutée à l’économie locale.

J’accuse ceux qui n’ont aucune conscience des défis qui nous attendent et que nous devons relever, ensemble, au-delà des divisions bassement politiciennes ou communales.

J’accuse ceux qui ne pensent qu’à eux-mêmes, et non à leurs enfants, aux générations futures et à la nature dont nous dépendons pour notre survie.

J’accuse ceux qui refusent de changer pour construire un nouveau monde post-COVID-19, pour faire face à l’urgence climatique, à la nécessité d’une résilience solide face aux enjeux de demain.

J’accuse ceux qui n’œuvrent pas pour notre vivre-ensemble, pour apaiser notre population qui a peur et qui a besoin de sérénité.

J’accuse ceux qui rendent impossible le discernement, le débat, le dialogue et la divergence dans le respect mutuel.

J’accuse ceux qui refusent que la Lumière soit !

Par DR KHALIL ELAHEE

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