mardi , 20 octobre 2020

À Monsieur S, Monsieur M et tous les professeurs

Si Dieu a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas, vous en êtes parmi Ses moyens. Il vous a choisis pour nous éduquer. Nous vous sommes reconnaissants.

Je dois beaucoup à Monsieur S, prof de physique et Monsieur M, prof de chimie, qui se reconnaîtront. Dans leurs foyers à Beau-Bassin et à Mesnil, respectivement, ils m’avaient accueilli pour m’inculquer le goût de la science, pas seulement pour des cours particuliers dispensés en très petit groupe. Ils n’ont jamais pris un seul sou. Que Dieu, l’Infiniment Généreux, les récompense. Je leur dois beaucoup.

À l’heure de la Contribution Sociale Généralisée et du rapport du PRB, certains pointent du doigt les fonctionnaires, y compris les éducateurs, car le service qu’ils rendent n’est pas directement un produit national brut. Ils sont accusés d’être un poids pour l’économie, particulièrement dans l’ère post-COVID. Seulement compte désormais tout ce qu’on peut comptabiliser en roupies, tout est à vendre. Ainsi, le temps qu’ont pris mes gurus pour me faire apprécier la rigueur, la justesse et la beauté de la méthode scientifique ne compte pas, car uniquement a de l’importance que j’aie la réponse qui se trouve à l’arrière du livre. Même si je ne comprends rien.

Quantité vs Qualité

En conséquence, nous voyons pourquoi les profs se concentrent sur la quantité au lieu de la qualité, espèrent avoir une productivité élevée en évitant les cas d’échecs et maximisant le nombre d’élèves qui réussissent sur papier. Ce n’est pas cela l’éducation. Avec l’indiscipline chez les jeunes, la compétition dans certains milieux et la pression des parents et sur les parents, sans mentionner les ingérences administratives, être professeur d’école est devenu un défi incroyable.

Au primaire comme au secondaire, les leçons privées font rage avec une accusation, souvent gratuite, vis-à-vis des enseignants qu’ils ne travaillent pas à l’école, ont trop de congés et se font plein de sous avec les leçons particulières. C’est vrai pour quelques-uns, pas pour la majorité. Ainsi, avec la situation économique actuelle, l’argument serait qu’il faut qu’ils se sacrifient comme tous les autres travailleurs affligés par la crise de COVID-19 et le MV Wakashio. Peu de sympathie pour eux en ces temps où les dauphins méritent toute notre attention…

« Divide and rule »

Noam Chomsky nous rappelait récemment que dans l’histoire moderne le mouvement des travailleurs a été au cœur de toute réforme ou transformation majeure. Ici comme ailleurs, cela ne peut arriver que si les travailleurs sont unis. De tout temps, il y a eu des tentatives de semer la zizanie afin de monter les travailleurs manuels contre les travailleurs non-manuels, le privé contre le public, les classes les unes contre les autres. Les puissances économiques, politiques, médiatiques et idéologiques, des fois ensemble, ont souvent su ‘divide and rule’ sur le dos des travailleurs.

Dans notre pays, nous devons aussi résister à des insinuations d’ordre communal car les travailleurs, surtout dans l’éducation, sont de toutes les couleurs, religions et tendances politiques. S’attaquer à certains travailleurs, aux professeurs par exemple, en affirmant qu’ils ne méritent pas le PRB, c’est aussi faire l’impasse sur le fait que ce dernier doit aussi, et principalement, valoriser et améliorer les conditions de travail, pas uniquement les salaires. D’ailleurs, c’est un peu à défaut des limites systémiques du PRB que les leçons particulières ont toujours existé.

Fléau des leçons particulières

En seulement deux ans, de 2018 à 2020, le nombre d’enfants admis dans les écoles primaires a baissé de 10%. C’est une tendance qui va continuer avec le taux de natalité en baisse. Pire, cette année il n’y a eu que 3 élèves sur 10 qui sont montés en HSC (ou Grade 12). Faut-il rappeler que nous parlons d’un système d’éducation dit ‘gratuit et obligatoire’ ? A mon l’humble opinion, c’est là que le rapport du PRB devient primordial. Et avec, plus largement, un nouveau plan de transformation de notre système d’éducation qui est un échec et qui le sera davantage si rien n’est fait en urgence.

Concluons avec une note d’espoir. S’il y a une seule décision qui peut immédiatement avoir un impact c’est la baisse du student-teacher ratio, le nombre d’élèves en classe par enseignant. Et ce n’est pas par l’absentéisme mais avec l’évolution démographique. Mais il faudra motiver les professeurs. D’ailleurs, certains enfants vont à l’école aujourd’hui, car on leur y explique ce qu’ils ne comprennent pas en cours particuliers, là où plus de soixante enfants sont entassés pendant deux heures dans un garage.

Le monde post-COVID doit aussi nous libérer du fléau des leçons particulières abusives, car nous sommes à des années-lumière de l’exemple de Monsieur S et Monsieur M, mes profs de physique et de chimie respectivement et respectueusement pour toujours. Et aussi de leurs collègues que j’ai connus à l’école de Phœnix, à la Ste Thérèse RCA et au collège Royal de Curepipe, et plus tard à Cambridge dans un autre registre. Tous m’ont donné quelque-chose d’inestimable. Je ne vous oublie jamais dans mes prières.

Par DR KHALIL ELAHEE

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