dimanche , 23 juillet 2017
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Xavier Luc Duval: « L’Iftaar m’a permis de faire le tour du pays »

Le Premier ministre adjoint, Xavier Luc Duval, dit partager l’Iftaar avec ses compatriotes musulmans dans le cadre de l’amitié inter­communautaire et du respect envers la religion d’autrui.

  • Pourquoi tenez-vous à assister presque quotidiennement à l’iftaar ?

– À travers le monde les hommes d’Etat musulmans comme non-musulmans sont invités à partager la rupture du jeûne avec leurs citoyens musulmans. C’est une marque d’amitié intercommunautaire et de respect envers la religion d’autrui. Après une première invitation puis une seconde, c’est l’effet boule de neige et je me suis retrouvé à faire pratiquement le tour du pays. Cela m’a permis de faire de belles rencontres, surtout des gens qui ne gravitent pas autour de la classe politique. C’est pour moi un moment de partage solennel que je ne peux pas refuser et qui est très riche en apprentissage.

  • N’est-ce pas un moyen pour vous d’attirer l’électorat musulman que le PMSD a tant besoin s’il souhaite détrôner le MMM sur le plan politique ?

– Pas du tout, j’assiste aux Iftaar en tant que Premier ministre adjoint et non pas en tant que leader du PMSD. Je suis le numéro 2 du gouvernement et j’estime qu’il est important de ma part de répondre à ces invitations. Et pas pé tire pavillon là-bas (sourire) ! Vous n’êtes pas sans savoir que je tiens à assister aux cérémonies religieuses des autres communautés également.

« Je suis en faveur d’examens Pour les recrutements dans la fonction publique »
  • À votre retour de la Palestine, vous avez organisé des conférences. Certains ont l’impression que vous avez voulu toucher le coeur des musulmans.

– J’ai toujours voulu me rendre dans ce pays, très symbolique pour les musulmans et les catholiques qui y vont pour le pèlerinage. D’ailleurs, ma grand-mère, avant moi, s’était rendue en Palestine et elle n’était pas politicienne. L’invitation d’assister à une conférence internationale sur le tourisme à Bethléem, qui est très rare – ses frontières étant contrôlées par Israël – m’a motivé d’y aller. Il y avait donc une envie personnelle de ma part pour visiter la Palestine et en même temps un moyen pour les gouvernements étrangers, qui ont à coeur la cause palestinienne, d’aider au désenclavement de ce pays. A mon retour, j’ai voulu partager des témoignages. L’invitation à ces conférences n’était pas destinée qu’à une seule communauté. C’est pour cette raison qu’il y avait eu des gens de toutes les communautés dans nos conférences.

  • On a l’impression que le tourisme arabe peine à décoller. Partagez-vous cet avis ?

– Emirates et Turkish Airlines, qui desservent Maurice, sont tous les deux très connectés au marché arabe. Ces deux lignes aériennes ainsi que la MTPA font régulièrement la promotion de notre destination dans les pays arabes. Le nombre de touristes arabes augmente de manière raisonnable. Certains viennent à bord de leur jet privé et en famille. Ils sont très discrets. On peut attirer plus de touristes arabes en adaptant notre destination à leurs besoins très spécifiques.

  • Les arrivées touristiques sont en hausse. Est-ce que vous vous êtes fixé un objectif à atteindre ?

Je pense qu’il ne faut pas confondre quantité et qualité. La presse a souvent tendance à se focaliser sur la quantité. Or, depuis que j’ai repris les rênes de ce ministère, j’ai placé un momentum sur les nouveaux hôtels. Ce n’est pas le nombre qui est important mais le revenu par tête. Et là encore, le tourisme arabe a toute son importance. L’objectif est de continuer à attirer le tourisme de qualité par lequel notre réputation s’est construite. Le danger c’est de brader la destination.

« On peut attirer plus de touristes arabes en adaptant notre destination à leurs besoins très spécifiques »
  • Certains craignent la braderie de notre destination avec l’arrivée des ‘Low-Cost’ comme Air Asia ?

– Pas vraiment. Il y a eu beaucoup de réactions sur les prix pratiqués par Air Asia. Mais toute compagnie d’aviation lorsqu’elle démarre ses opérations sur une nouvelle destination, va proposer un certain nombre de billets à des prix très bas. C’est un ‘gimmick’ pratiqué pour de la publicité. Mais ses dirigeants sont loin d’être fous! Ce n’est pas logique qu’une société pratique le tiers du prix pratiqué par ses concurrents. Ces prix seront éventuellement plus ou moins les mêmes que ceux d’Air Mauritius car les frais d’opération sont les mêmes. Air Asia va nous offrir une ouverture additionnelle sur l’Afrique. Avec les incertitudes dans le monde d’aujourd’hui, comme le Brexit, des problèmes économiques en France et les attentats à l’aéroport d’Istanbul, Air Asia nous offre d’autres possibilités. Plus on se diversifie, moins on est prisonnier de certains marchés et subséquemment on est moins vulnérable à ces imprévus.

  • Comment se porte l’Air Corridor que vous avez-vous même inauguré cette année ?

Plus nous aurons des connectivités sur l’Afrique, mieux l’Air Corridor se portera. C’est un concept très important qui encourage les Africains à se connecter sur Maurice. Certains gouvernements africains ont même exprimé le souhait que leur compagnie nationale desserve Maurice afin de profiter d’Air Corridor.

  • La présentation du Budget est imminente. Est-ce qu’une lourde responsabilité repose sur les épaules du ministre des Finances, Pravind Jugnauth, pour recréer un « feel good factor » ?

– C’est un travail qui demande du courage, du temps et qui dans le contexte économique actuel s’annonce difficile. Il faut pouvoir créer un « Feel good factor » basé sur la réalité de la situation et qui ne soit pas éphémère. Malgré les problèmes à l’international, Maurice est située dans une région économique importante entre l’Asie et l’Afrique. Nous jouissons d’une grande réputation au niveau international. Nous avons tous les atouts en termes de ressources humaines et de la beauté de l’île. Il faut maintenant qu’on puisse conjuguer tous ses facteurs afin que les entreprises mauriciennes voient l’avenir avec confiance et que cette confiance soit partagée par les étrangers qui veulent investir à Maurice.

« Dans une coalition je trouve normal qu’il y ait par moments des frictions entre les partis »
  • Le 1er Mai, plus d’un a eu l’impression que vous êtes mal à l’aise au sein du gouvernement sur des sujets comme l’égalité des chances, surtout dans le domaine de recrutement. Qu’en est-il au juste ?

– Ce gouvernement a mis beaucoup plus d’emphase sur la méritocratie et l’égalité des chances. Dans la pratique il y a eu une grande amélioration mais il y a encore du chemin à faire. Pour les recrutements dans le service civil, en sus de leurs qualifications, personnellement, je suis en faveur d’examens appropriés et corrigés de manière indépendante. Cela apportera de la transparence et effacera la perception de l’intervention politique dans la PSC. La méritocratie doit toujours et toujours primé…

  • Après Showkutally Soodhun, l’année dernière, c’est au tour de Raj Dayal d’égratigner un membre du PMSD. L’entente n’est pas au beau fixe, n’est-ce pas ?

– Ahh.. il [Raj Dayal] s’est expliqué. J’avais d’ailleurs moi-même présidé le comité parlementaire ce jour-là. J’ai vu qu’il était très embarrassé. Il a expliqué que c’était une confusion. C’est maintenant chose du passé. Mais si cela se répète, là c’est une autre chose. Le ministre Soodhun s’était lui aussi expliqué. En fait, dans une coalition je trouve normal qu’il y ait par moments des frictions entre les partis. Là encore ce n’est pas parfait.

R.K

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