vendredi , 23 février 2018
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Gul Muhammad Khan

Visite du navire PNS Dacca à Maurice : histoire d’amour d’un marin pakistanais pour une Mauricienne en 1970

Employé au sein de la marine pakistanaise dans les années 60, Gul Muhammad Khan s’est installé à Maurice depuis plusieurs années déjà avec sa famille. Les deux navires du Pakistan qui ont jeté l’ancre dans le port de Port-Louis cette semaine, ont fait revivre bien de souvenirs et insufflé une bonne dose de nostalgie dans le cœur de cet ancien marin…

Dans le cadre du 50e anniversaire de l’Indépendance de l’Île Maurice, deux navires de la marine du Pakistan ont effectué une mission de prospection dans l’océan Indien. Les Mauriciens ont ainsi pu admirer les deux vaisseaux de guerre que sont le Khaibar et le Nasr qui étaient dans le port du 10 au 13 janvier. Monter à bord de ces géants de la mer constitue un véritable privilège pour beaucoup mais pour d’autres, ces navires n’ont plus aucun secret. C’est le cas pour Gul Muhammad Khan, 70 ans, ancien maître électricien à bord du PNS Dacca qui avait jeté l’ancre à Port-Louis en 1970. Ce Pakistanais, qui est venu s’installer avec sa famille à Plaine-Verte après sa retraite, se rappelle encore très bien de ces moments-là.

Issu de Mardan, la deuxième plus grande ville de la province du Nord-Ouest du Pakistan, Gul Muhammad Khan avait rejoint la marine pour l’honneur et le plaisir de servir son pays. « En 1970, c’était la première fois que je venais à Maurice à bord du PNS Dacca. Je me souviens qu’on avait fait plusieurs escales de deux jours aux Maldives, aux Seychelles,à Madagascar et à La Réunion. Mais on avait passé quatre jours à Maurice, soit du 29 mars au 2 avril 1970. C’était en quelque sorte une grande fête pour les Mauriciens, Maurice étant une très belle île », dit-il avec un brin de nostalgie.

Gul Muhammad Khan se souvient avoir alors visité plusieurs endroits du pays tels que Curepipe et des régions du nord, entre autres, et il s’était fait plusieurs amis. C’est également au cours de ces quelques jours qu’il allait rencontrer sa future épouse, une jeune Mauricienne qui avait conquis son cœur et son allure téméraire de marin.  « Quand on est jeune, on ne pense pas vraiment à l’avenir. Mais à un certain moment et avec la maturité, on comprend qu’il est essentiel pour l’homme de fonder une famille, d’être bien entouré et d’avoir une compagne à ses côtés pour la vie. C’est aussi le destin qui a tracé nos chemins. Mais je suis très content de ce que j’ai pu accomplir », nous dit-il encore.

Plusieurs va-et-vient

Avant de rejoindre la marine pakistanaise en 1966, Gul Muhammad Khan aidait son père  comme planteur au Pakistan aux côtés de ses huit autres frères et ses deux sœurs. Il dit qu’il n’avait pas besoin de travailler car la famille avait aussi des appartements qu’elle louait. Mais son ardent désir de réaliser quelque chose de concret le pousse à rejoindre la marine. Cependant, après cinq ans, il décida de rejoindre un navire de commerce pour l’acheminement du sucre vers plusieurs pays européens dont la Grande-Bretagne principalement. « Après des démarches et le soutien de Sir Seewoosagur Ramgoolam, j’ai pu avoir les documents requis pour séjourner et rester à Maurice. Le 28 octobre 1973, j’ai posé mes valises à Maurice », se rappelle notre interlocuteur.

Mais en 1986, ayant déjà fondé sa famille à Maurice, l’ancien marin décide de retourner  dans son pays natal. « On avait bien réfléchi et on était parti au Pakistan où j’ai ouvert une école. Mon épouse y a enseigné et agi aussi comme directrice. En 1999, je suis retourné à Maurice pour voir les possibilités de commerce. Ainsi, de 2000 à 2005 j’ai fait plusieurs va-et-vient entre le Pakistan et Maurice pour les affaires. En 2006, j’ai constaté une saturation du marché et j’ai cessé les activités. Nous avons par la suite décidé de rentrer à Maurice et de nous y installer définitivement », souligne Gul Muhammad Khan. N’empêche qu’il souhaite rendre visite à ses proches au Pakistan prochainement.

Gul Muhammad Khan passe aujourd’hui ses journées à la maison et à la mosquée Shan-E-Rasool. Il avait subi une chirurgie cardiaque en 2014 à l’hôpital du Nord et il nous dit qu’il a des difficultés à marcher de longues distances. « Pour la petite histoire, après mon infarctus, je me suis sauvé à trois reprises de l’hôpital car je ne voulais pas subir cette opération. Mais en 2014, j’ai finalement pris mon courage à deux mains pour me faire opérer », dit-il en rigolant.

Sharifa Muhammad Khan : une vie consacrée à l’éducation

Sharifa Muhammad KhanSharifa, l’épouse de Gul Muhammad Khan, garde de très bons souvenirs de son passage au Pakistan. Aujourd’hui, gérante d’un snack, elle se rappelle de sa rencontre avec le marin qui allait devenir son compagnon pour la vie. « À l’époque, quand les navires pakistanais venaient à Maurice, c’était la grande fête à Plaine-Verte et les régions avoisinantes. Les marins étaient invités chez des familles mauriciennes pour dîner et passer de bons moments. Ils avaient tissé des liens très forts avec nous. Un jour, mon frère avait convié un des marins du Dacca à la maison. Après le repas et quand il était en train de partir, il avait fait une confidence à mon frère lui disant qu’il était tombé amoureux de moi au premier regard », nous dit Sharifa.

Elle raconte que sa mère n’avait pas objecté à la demande en mariage du marin. « J’étais encore très jeune à l’époque. J’étais encore étudiante et Gul avait attendu que je termine mes examens du SC. Il n’y avait pas de téléphones portables et on s’écrivait des lettres. Quand nous sommes partis au Pakistan, il avait ouvert une école pour que je puisse enseigner. J’ai aussi agi comme directrice et on venait en aide à plusieurs enfants des cycles primaire et secondaire. D’ailleurs, mon aîné a appris dans cette école. Après plusieurs années, nous avons décidé de rentrer à Maurice », poursuit notre interlocutrice.  À la maison, la famille Muhammad Khan  parle couramment le créole mais s’exprime également en pashto. Mère de quatre enfants (trois filles et un fils), Sharifa peut compter sur le soutien de ces derniers pour le travail et également pour les corvées ménagères. « Mes enfants sont diplômés mais n’ont malheureusement pas d’emploi encore  », se désole-t-elle.

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