mardi , 21 mai 2019
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Vishnu Lutchmeenaraidoo

Vishnu Lutchmeenaraidoo : de super-héros à ministre anonyme

Ceux qui ont connu Vishnu Lutchmeenaraidoo à son apogée avec le miracle économique dans les années 80/90, ne l’ont pas reconnu de 2016 au jeudi 21 mars 2019 comme ministre. Après un bon Budget en 2015, il s’est effacé avec le temps.

 

Chaque chose en son temps. Voilà comment on peut résumer le contraste entre les deux versions de Vishnu Lutchmeenaraidoo. Dans les années 80/90, bénéficiant des cartes blanches du Premier ministre d’alors, sir Anerood Jugnauth, et épaulé par un ténor comme sir Gaëtan Duval et des nouveaux politiciens déterminés comme Kishore Deerpalsingh et Kadress Pillay entre autres, le ministre des Finances Lutchmeenaraidoo a surfé sur le miracle économique. Mais son retour à ce poste en 2014 s’est fait dans des conditions différentes. Primo, on lui a accordé un ministère squelettique privé des services financiers, du secteur bancaire et de l’industrie des jeux. À vrai dire, le ministère des Finances était réduit à un ministère du Budget. Secundo, l’axe Anerood Jugnauth – Roshi Bhadain – Ravi Yerigaddoo et Showkutally Soodhun lui faisait de l’ombre. Tertio, Vishnu Lutchmeenaraidoo ne semblait pas entrer dans l’équation du Premier ministre, Pravind Jugnauth. Il ne faisait pas partie de la délégation du chef du gouvernement lors de ses visites d’État. Il y avait de quoi pour que l’homme très en vue – toujours au-devant de la scène – des années 1980/90 se soit converti en un ministre anonyme qui garde ses distances avec la presse, n’étant plus accessible comme dans le passé. Au ministère des Affaires étrangères, on va plus loin en disant qu’il s’est isolé. Un haut fonctionnaire dira à Star que dès son arrivée à ce ministère en mars 2016, il avait exigé une nouvelle configuration du palier où se trouve son bureau au Newton Tower. Il a fait installer une porte hermétique par laquelle personne, même pas les fonctionnaires, ne pouvait avoir accès à son bureau.

La grande surprise

Jeudi après-midi, une onde de choc a traversé l’échiquier politique quand on a appris la démission de Vishnu Lutchmeenaraidoo. Il a pris tout le monde au dépourvu en soumettant sa démission comme ministre des Affaires étrangères et comme député. Cela intervient après la polémique qu’il a soulevée la semaine dernière par rapport au taux de croissance qui stagnait à 3%. « Trop, c’est trop », a-t-il dit à la presse pour justifier sa démission.

Surprenant qu’il ait choisi de démissionner en l’absence du Premier ministre qui est actuellement en mission en Angleterre. Tout de même, il s’est fait un devoir de rencontrer le Premier ministre par intérim pour lui annoncer sa décision. Celui-ci n’est pas parvenu à le dissuader tout en admettant que Monsieur était trop déterminé.

Surprenant également qu’il ait démissionné à cinq jours de la rentrée parlementaire qui s’annonce intéressante compte tenu de la dernière année du mandat du gouvernement. Qu’on le veuille ou non, cela va embarrasser le Premier ministre et leader du MSM au Parlement. Certes, il sera la risée des partis de l’Opposition qui vont fort probablement lui demander de dissoudre le Parlement.
Si Vishnu Lutchmeenaraidoo décide de plonger dans la méditation, on ne saura pas de sitôt les vraies raisons de sa démission.


La guigne constante

pravindLa démission de Vishnu Lutchmeenaraidoo ne sera pas sans conséquence sur l’échiquier politique. Au sein de l’Alliance Lepep, on persiste à croire que c’est « un non-event » parce qu’il n’était pas une figure de proue du gouvernement et qui plus est, il traîne le boulet de l’Euro Loan. Or, dans le camp de l’Opposition, on insiste que sa décision va plomber la popularité du gouvernement.

Une chose est sûre. La guigne continue à poursuivre l’Alliance gouvernementale. Les grands événements et autres mesures populaires sont toujours suivis par des controverses ou autres scandales impliquant des membres du gouvernement ou des activistes en vue  des partis au pouvoir. Sir Anerood et Pravind Jugnauth n’ont pas eu suffisamment de temps pour profiter du facteur de bien-être déclenché par le jugement du Privy Council dans l’affaire Medpoint et de l’avis consultatif de la Cour international de justice. L’euphorie a été courte durée avec la controverse autour du député Tarolah et pourrait s’estomper avec la démission de Vishnu Lutchmeenaraidoo.

Le plus grand défi à relever par le Premier ministre, c’est de vaincre cette guigne avant la présentation du Budget 2019/2020 et l’inauguration de Metro Express. On s’attend tous à une cascade de mesures positives, voire populaires, pour séduire le plus grand nombre possible d’électeurs. Les personnes âgées s’attendent à ce que la pension universelle soit indexée sur celui du salaire minimum (Rs 9 400). Les fonctionnaires gardent l’espoir de recevoir trois « increments » avant le PRB.


La tenue de l’élection partielle : Info ou intox ?

C’est la question sur pratiquement toutes les lèvres depuis que le Chief Whip, Bobby Hurreeram, a annoncé sur les ondes de Radio Plus, vendredi, que « Pravind Jugnauth a donné des instructions pour enclencher la machinerie pour la partielle au No 7. »  Et cela pour deux raisons. Primo, l’Alliance Lepep n’avait pas présenté de candidat à l’élection partielle dans la circonscription No 18 (Belle-Rose/Quatre-Bornes) qui avait vu la large victoire du candidat du PTr, Arvind Boolell. Secundo, le moment ne semble pas propice pour que l’alliance gouvernementale affronte l’électorat dans la circonscription No 7 (Piton/Rivière-du-Rempart) où la mise en liquidation de Palmar Ltée peut soulever un sentiment anti-gouvernement. Bon nombre de licenciés habitent cette circonscription. Sauf si le Premier ministre et ministre des Finances décide de leur accorder une allocation hors-normes. Tertio, c’est un pari risqué pour un parti au pouvoir de s’engager dans une élection partielle à quelques mois du terme de son mandat. Sauf s’il rallie autour de lui une grande partie de l’électorat. Dans ce cas, gare à Jupiter qui rend fou celui qu’il veut perdre.


L’espoir d’un remaniement ministériel

Les PPS et les députés de la majorité attendent avec impatience que le Premier ministre décide de nommer de nouveaux ministres. Une ultime chance pour au moins trois d’entre eux de jouir du confort exquis du fauteuil ministériel et de nombreux privilèges et avantages qui y sont attachés. Depuis leurs démissions, les maroquins qu’occupaient Raj Dayal et Rubina Jaddoo Jaunboccus n’ont pas été remplis. Un troisième maroquin est vacant, bien entendu celui laissé par Vishnu Lutchmeenaraidoo. Le ministère de l’Environnement est passé sous la responsabilité d’Etienne Sinatambou et le ministère de l’Egalité des genres sous celle de Fazila Jeewa-Dawreeawoo. A coup sûr, ce n’est pas une mince affaire pour le Premier ministre, Pravind Jugnauth, car il faut d’abord et avant tout garder l’équilibre ethnique et caséiste au sein du Cabinet. C’est une réalité que personne ne peut escamoter.

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