vendredi , 26 mai 2017
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Vinod Appadoo : « En 3 ans, Rs 25 millions ont pénétré la prison »

Le commissaire des prisons, Vinod Appadoo, ex-responsable de l’Adsu (Anti Drug Supporting Unit), ne compte pas baisser les bras dans le combat contre le trafic de drogue et d’autres activités illicites dans l’univers carcéral.

  • De l’Adsu à la tête des prisons. Est-ce le même combat?

– Non, c’est un combat tout à fait différent. Ma mission à l’Adsu était le combat contre les trafiquants de drogue qui inondaient le marché et contre ceux qui consommaient de la drogue. J’avais aussi une autre mission qui était la prévention. Par contre, à la prison, ma mission est la réhabilitation et la réinsertion des détenus dans la société.

  • La prison est considérée comme un monde sordide où les interdits ont beaucoup plus de force …

– C’est faux de dire que la prison est un monde sordide. J’ai eu l’opportunité de visiter des grandes prisons de haute sécurité en Roumanie et en France. Je dois dire que les prisons à Maurice sont meilleures et il y a moins de problèmes et c’est plus humain. À Maurice, les détenus sont mieux traités. Par exemple, deux détenus viennent de décrocher leur diplôme de l’Open University. Ils ont bénéficié de toutes les facilités pour réussir.

  • On n’arrive pas à comprendre comment portables, argent et drogues pénètrent dans un lieu clos tel que la prison. En avez-vous une idée?

– J’ai appris qu’en l’espace de 3 ans une somme de Rs 25 millions en cash est entrée à la prison par le système de “Postal Order”. La plupart de ceux qui ont reçu cette somme sont des gens pauvres. C’est du blanchiment d’argent bien évidemment.

En ce qui concerne les téléphones portables, le problème est très minime. Chaque officier qui entre à l’intérieur de la prison est fouillé. J’ai donné moi-même le bon exemple et j’ai demandé à être fouillé. Vous savez , l’argent est une grande tentation et des brebis galeuses se laissent tenter par l’argent sale. La semaine dernière mes hommes ont arrêté un frère et une soeur qui tentaient de jeter un colis de l’autre côté du mur à la prison de Beau Bassin. J’ai demandé une enquête serrée de la police pour connaître l’identité du destinataire de ce colis et comment ils savaient où lancer le colis sans attirer l’attention des gardes-chiourmes.

  • On l’impression que quelques gardes-chiourmes véreux agissent comme passeurs. N’y-a-t-il aucun moyen de contrôle plus efficace ?

– Vous avez raison de dire qu’il y a des officiers de prisons véreux. Seulement ils ne constituent qu’une infime minorité. La plupart de mes officiers sont des gens honnêtes qui font un travail difficile et remarquable. Je suis au courant des faits et gestes des brebis galeuses et je leur accorde une dernière chance pour changer. Si les gens trouvent qu’ils ne peuvent pas travailler avec certains détenus, qu’ils viennent me le dire. “Si l’autorité pas réussi gagne zotte, zotte pou payé lors la terre pou zotte crime”, dit-il. Nous sommes payés pour faire ce travail et nous devons le faire avec sincérité et honnêteté. C’est dégueulasse que des gardes-chiourmes transportent des portables et de la drogue dans leurs parties privées. “Couma zotte capave prend sa l’argent là pou nourri zotte famille ? En ce qui concerne les contrôles, il existe des équipements de détection et des brouilleurs de téléphones portables. En Roumanie j’ai vu une nouvelle technologie aux rayons X qui permet de détecter les métaux et qui est sans danger pour la santé”, dit-il encore.

  • On entend souvent dire que des caïds font la pluie et le beau temps dans le milieu carcéral. Est-ce vrai?

– C’est vrai que des caïds même en prison continuent leurs opérations à travers des mules. Je connais leurs méthodes de travail. J’ai ma façon d’opérer et je connais le monde de la drogue. Je ne leur permettrai pas de faire leur sale besogne en prison.

  • Pensez-vous pouvoir réformer la prison?

– J’ai un contrat de 2 ans qui se termine en 2018. Quand j’ai mis les pieds à la prison, j’ai constaté que j’ai à faire 3 fois plus de travail que je faisais avant. Je mets les bouchées doubles et avec la coopération des hauts gradés, je pense pouvoir réformer la prison. J’en ai déjà parlé avec le bureau du Premier ministre. Pour que la société change sa conception sur la prison, il faut encourager l’autosuffisance. Il faut que la prison soit autosuffisante en oeufs, poulets, légumes et pains. Les détenus font un travail remarquable et j’ai eu l’occasion de les rencontrer pour les féliciter. Je compte les encourager à faire un métier pour faciliter leur réinsertion dans la société. Je suis contre les courtes peines d’emprisonnement. Le gouvernement dépense trop d’argent sur un détenu. “Ene dimoune pas capave paye ene contravention, li doit l’État. Zotte avoye li dans prison pou l’État dépense avec li. Je suis pour les travaux communautaires et il faut trouver un moyen pour leur faire payer leur dette”, suggère-t-il.

  • On entend souvent la Human Rights Commission se plaindre du bafouement des droits des détenus. Qu’en est-il au juste ?

– Je n’aime pas que la Human Rights Commission mette son nez dans l’administration de la prison. C’est comme s’ils nous dictent ce que nous avons à faire. La prison n’est pas à blâmer si un détenu se suicide. Nos officiers les surveillent jour et nuit mais parfois ils commettent l’irréparable hors de notre contrôle. En tant que Commissaire des prisons ,je suis aussi un père de famille. Je suis conscient qu’il y’a des victimes à la prison. Je fais tout ce qui est dans mes capacités pour les traiter comme de vrais humains. Mais il faut protéger la société.

  • Quel héritage aimeriez-vous laisser à votre départ à la fin de votre contrat?

– Je voudrais laisser un visage plus humain de la prison. J’aurais aimé que les probation officers fassent un suivi des détenus à leur sortie pour protéger notre société. J’ai un plan d’accompagnement pour tous les détenus et je voudrais qu’ils se sentent concernés par ce que nous faisons pour eux. Bientôt, avant 2017 une campagne de désintoxication va débuter et elle permettra aux accrocs de la drogue de sortir de cet enfer et à leur sortie ils auront une autre chance dans la société. J’aurais aimé réduire le budget de l’État sur chaque prisonnier et ma première priorité c’est de réduire la récidive par l’accompagnement et la sensibilisation.

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