samedi , 27 mai 2017
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Vera Baboun, mairesse de Bethléem : « Chrétiens ou musulmans, nous sommes avant tout Palestiniens »

En visite à Maurice depuis mardi, la première femme élue mairesse de Bethléem, le Dr Vera Baboun, évoque avec STAR, la parfaite entente qui règne entre les musulmans et les chrétiens palestiniens.

  • Lorsqu’on nous parle de la Palestine, nous avons l’impression que c’est un pays où les habitants sont exclusivement musulmans. Quel pourcentage de non musulmans y a-t-il en Palestine ?

Les musulmans sont certes plus nombreux mais il y a aussi un nombre significatif de chrétiens, estimé à environ 25% uniquement en Cisjordanie. Mais la population des chrétiens en terre sainte, incluant la Palestine et Israël, est passée en dessous de 2%.

  • Comment vivent les musulmans et les chrétiens en Palestine ?

Bethléem est le berceau du christianisme qui est une religion de paix, d’amour et d’espoir. Bien que nous soyons chrétiens ou musulmans, nous sommes avant tout Palestiniens. Nous rencontrons tous les deux les mêmes difficultés au quotidien, nous partageons notre souffrance de même que nos moments de joie. D’ailleurs, juste en face de l’église de la nativité il y a la mosquée Omar Ibn Khattab. Le quotidien des habitants de Bethléem est ponctué du son des cloches et de l’appel à la prière du muezzin, chacun à son heure. Nous nous complétons ainsi dans notre identité en tant que Palestiniens.

  • Est-ce que l’armée israélienne est sélective dans ses attaques contre les Palestiniens ?

Pas du tout. Israël a enclavé les Palestiniens entre des murs et des frontières. L’occupation israélienne est vécue de la même manière à la fois par les musulmans et les chrétiens qui habitent la Cisjordanie et la bande de Gaza. Les deux font face aux mêmes difficultés. C’est une occupation qui ne fait pas la distinction entre musulmans et chrétiens.

  • Le gouvernement israélien justifie l’offensive contre les Palestiniens en vous qualifiant de « terroristes » …

La résistance et le combat pour la liberté sont menés de manière différente par les Palestiniens. Pour certains, la résistance prend la forme d’une Intifada, un soulèvement. Nous considérons que nous avons le droit à notre liberté et notre indépendance. Et la véritable question qu’il faut se poser est : quand est-ce que cette occupation cessera-t-elle ? Car une fois que ce sera fait, il ne sera plus question de « réactions » ou peu importe comment on souhaite l’appeler.

  • Que-ce qui freine le processus de paix ?

Suivant l’accord d’Oslo en 1993 il y a eu d’autres accords spécifiques qui ont été signés par Israël qui devrait respecter un certain délai pour la restitution des terres mais Israël n’a respecté ni les accords et encore moins le délai. De plus, 8 ans après l’accord d’Oslo, soit en 2002, a débuté le 2ème soulèvement par les Palestiniens de même que l’érection des murs par Israël. C’est une nouvelle forme d’occupation. Nous sommes enclavés par les murs et cela empêche grandement le processus de paix. De plus, la Zone C, qui représente 66% en termes de superficie de ce qui devait faire partie de l’Etat palestinien, est aujourd’hui encore sous l’administration et la sécurité d’Israël. Cette zone aurait dû être annexée à celle de la Zone B qui est, elle, sous administration de l’autorité palestinienne. Pire encore, la colonisation dans cette zone ne cesse de s’accroître. Israël prend nos terres. Estimés à environ 100 000 par le passé, les colons israéliens sont aujourd’hui plus de 650 000 dans cette zone. Pour devenir un État, il faut un territoire, ce dont les Israéliens nous privent encore aujourd’hui.

  • Vous avez invité les Mauriciens à se rendre en Palestine, que ce soit comme pèlerins ou touristes. Comment se porte le secteur touristique de la Palestine ?

Le conflit israélo-palestinien a une incidence directe sur notre secteur touristique et cela a une répercussion sur le taux d’occupation des hôtels. De même, lorsque les murs ont été construits à l’entrée de Bethléem, un endroit commercial très animé, environ une centaine de commerçants ont dû fermer boutique, se retrouvant ainsi sans travail.

Mais il y a des périodes de l’année où il y a un nombre conséquent de touristes. À Bethléem par exemple, le nombre de touristes par an est de 2 millions. La ville compte 44 hôtels, des restaurants et des boutiques de souvenirs. Elle est réputée également pour ses produits artisanaux à partir du bois d’olive et pour ses borderies, reconnues à travers le monde. Bethléem est inscrit à l’UNESCO grâce à l’église de la Nativité et la ‘Star Street’. Et depuis peu, nous avons aussi notre propre équipe de foot constituée exclusivement de femmes.

  • Quels sont vos projets pour Bethléem ?

En tant que mairesse, ma priorité est d’assurer que mes concitoyens puissent jouir des services essentiels. Mais en ce moment nous avons un sérieux problème d’eau. Nous devons acheter l’eau à Israël et là encore on ne nous donne pas le volume d’eau nécessaire. Ce qui fait qu’on a l’eau courante qu’une ou deux fois chaque 10 jours. Il faut donc s’équiper de réservoirs d’eau. Mais Bethléem étant considérée comme la porte d’entrée en Palestine par Mahmoud Abbas, le président, toute l’Autorité palestinienne multiplie les efforts auprès de la communauté internationale pour essayer de trouver une solution à ces problèmes auxquels nous devons faire face.

R.K

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