samedi , 18 mai 2019
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Les tribulations des veuves musulmanes : Roobab et Waheeda au bout du désespoir

Les veuves musulmanes qui ont contracté le nikah entre 1987 et 1991 ne sont pas éligibles à la pension de veuve. Elles ne touchent aucune pension ou aide sociale après la mort de leurs époux.

On se souvient qu’en août1997, Razack Peeroo, alors Attorney General, avait indiqué dans une lettre adressée au ministre de la Sécurité sociale, que les «nikah célébrés entre le 13 novembre 1987 et 21 décembre 1990 étaient légaux et que les veuves d’une telle union étaient éligibles à la Basic Widow’s Pension». Or, en août 1998 l’ex -juge Robert Ahnee a statué que les nikahs célébrés au cours de cette période n’étaient pas reconnus légalement et que les veuves mariées  durant cette même période n’avaient droit à aucune pension ou aide sociale.

Nous avons rencontré deux veuves qui avaient contracté le nikah durant cette période et qui ne reçoivent aucune pension et vivent dans des conditions très difficiles.

Roobab Keerpah, mère de 4 enfants, avait contracté le nikah à la mosquée Ittefaq-ul-Muslemine à Quartier Militaire le 22 août 1991. Son époux, Toafic Meetoo, est décédé en 2017. Selon la veuve, le nikah n’avait pas été enregistré parce qu’à cette époque le Muslim Family Council n’existait pas encore. C’est en effet en 1994 que cet organisme a été créé à la suite du deuxième amendement apporté à la Civil Status Act.

Après le décès de son époux, elle s’est rendue à la Sécurité Sociale pour les démarches en vue d’obtenir une pension. Elle se heurte à un mur et les officiers ne veulent rien comprendre. Elle avait en sa possession le certificat de mariage de même qu’une attestation du muttawali (président de la mosquée). « Zotte dire ki zotte réconnaite mo 4 zenfants mais moi zotte pas réconnaite », dit-elle.

Roobab Keerpah, sans ressource, passe par des moments difficiles. Comble de malheur : elle souffre de multiples problèmes de santé. « Mo éna pou tire ration, paye de l’eau la lumière et mo bizin paye transport pou alle l’hôpital souvent », nous confie-t-elle.

Roobab Keerpah dit ne pas pouvoir compter sur l’aide des proches éternellement. Elle reçoit un colis alimentaire d’une société et attend qu’on lui tende  chaque jour une main secourable pour nourrir ses enfants. « Tous les jours bizin trouve dipain gramatin », laisse-t-elle entendre. Sa fille qui est étudiante touche bien Rs 2000 par mois mais c’est largement insuffisant.

« Couma pou vive avec Rs 2000 ? », s’interroge Roobab Keerpah. Elle remercie le député Shakeel Mohamed d’avoir soulevé la question au parlement. Elle attend que le gouvernement fasse diligence pour corriger cette injustice.

Pour sa part, Waheeda Sookhary, veuve depuis une année, ne sait plus qu’elle porte frapper pour que justice soit faite. Elle avait contracté le nikah en 1999 à la mosquée de Grand Baie avec un certain Heidar Mugon. Le nikah n’est  pas enregistré par la mosquée. Mais le muttawali de l’époque reconnaît que le nikah avait été célébré .

Après le décès de son époux ,elle se rend au bureau de la Sécurité sociale de Terre Rouge mais se heurte à un refus catégorique. On lui demande de faire appel.

Avec 2 enfants à élever, elle arrive très péniblement à joindre les deux bouts. Pour ajouter à ses malheurs, elle a été victime d’un accident et souffre d’une dislocation de l’épaule. C’est sa mère, une habitante de Grand Baie, qui vient lui rendre visite et apporte un peu de provisions pour elle.: « Mo la tête fatigué et mo pas conner ki boutte pou trapper », dit-elle.

Au bord des larmes, elle nous prie de soulever les cas des veuves sans pension dans notre journal. « Mo tia voudré ki gouvernement tanne nous la voix parcce qui nous mérite gagne pension et nous droit sa », dit-elle. Elle nous confie qu’elle est désespérée et que la vie est cruelle. « Mo péna narnien pou vive » ajoute-t-elle.

Elle dit avoir rencontré le député Shakeel Mohamed qui lui avait promis de soulever le cas à l’Assemblée. Elle remercie Rashida, une travailleuse sociale, qui milite en  faveur des veuves.

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