mardi , 21 mai 2019
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Rezina Ahmed

Travailleurs étrangers déportés – Rezina Ahmed, ambassadrice : «L’immigration clandestine ne sera pas tolérée»

Le problème de travailleurs étrangers en situation illégale à Maurice ne laisse pas insensibles les ambassades étrangères.

Rezina Ahmed, ambassadrice du Bangladesh à Maurice, trouve que le gouvernement mauricien agit dans les paramètres de la loi en expulsant ceux qui sont en situation illégale sur son territoire. 45 travailleurs étrangers y compris des Bangladais et des Indiens ont, en effet, été arrêtés par les officiers du Passport and Immigration Office (PIO), la semaine dernière. Ils  travaillaient au noir et étaient exploités par des personnes qui n’ont pas de permis de recrutement.

Rezina Ahmed fait ressortir qu’elle ne va pas tolérer l’immigration illégale et encore moins encourager la clandestinité. Elle ajoute que les travailleurs bangladais  (Ndlr : au nombre de 23 000) doivent suivre les procédures et se conformer entièrement aux lois du pays.

« Il est vrai que les travailleurs bangladais contribuent à l’économie de l’île Maurice qui manque de main d’œuvre. Mais cela ne les autorise pas à vivre dans la clandestinité », dit-elle. À chaque fois qu’elle a l’occasion de rencontrer les travailleurs, elle se fait un devoir de faire passer un message pour leur dire de se conformer et de respecter les lois du pays.

Dans la foulée, elle lance aussi un appel aux Mauriciens pour ne pas encourager l’immigration illégale en proposant des emplois aux Bangladais qui sont dans l’illégalité.

Rezina Ahmed indique que seulement une petite poignée de Bangladais est concernée mais estime tout de même que par leur faute, l’image des travailleurs en situation légale est ternie.


Faizal Ally Beegun dénonce le traitement inhumain : «C’est une insulte à la dignité humaine»

Faizal Ally Beegun, syndicaliste de proximité qui vit la souffrance des travailleurs étrangers au quotidien, n’est pas d’accord avec la façon dont les 45 Bangladais et Indiens ont été traités par les officiers du PIO dans la nuit de jeudi à vendredi dernier. Tout en respectant la décision des autorités de sévir contre ceux qui vivent dans la clandestinité, Faizal Ally Beegun réprouve les raids policiers au milieu de la nuit. « On brutalise les travailleurs étrangers, on leur passe des menottes et on les conduit en cellule. Et humiliation suprême : toute l’opération est filmée par le cameraman de la MBC. Ils ont été arrêtés et traités comme des terroristes. C’est une insulte à la dignité humaine », lance-t-il.

Au nombre d’une quarantaine ces travailleurs arrêtés par la police seront rapatriés dans leurs pays respectifs dans les semaines à venir. En attendant, ils ont été traduits devant un magistrat. Faizal Ally Beegun demande pour quelle raison ils n’ont pas droit aux services d’un avocat et ceux d’un interprète pour plaider leur cause. « Pourquoi ne pas les héberger dans une maison d’accueil en attendant leur départ », se demande-t-il encore.

Le syndicaliste est d’avis  que ces travailleurs ont été bernés par des agents recruteurs qui leur ont promis des salaires mirobolants et un logement gratuit. « Or, à leur arrivée, ils ont constaté qu’ils ont droit à la moitié de leurs salaires et doivent payer pour leur logement et nourriture. Quand ils ont refusé de travailler pour la compagnie qui les a fait venir, ils ont été mis à la porte. Ainsi, ils travaillent le soir dans les boulangeries et restaurants et chez des particuliers durant les weekends afin d’envoyer un peu d’argent à leurs familles », nous dit-il.

Le syndicaliste soutient qu’au Bangladesh, ces travailleurs ont contracté  des dettes, vendu leurs terres, mis en gage les bijoux de leurs épouses pour trouver Rs 250 000 pour payer l’agent recruteur. « Maintenant qu’ils seront déportés, ils risquent d’être agressés et tués par l’usurier  qui leur a prêté la somme car ils n’ont pas été en mesure de la rembourser. J’ai peur que ces travailleurs mettent fin à leurs jours avant d’arriver dans leurs villages », ajoute-t-il.

Deux poids, deux mesures

Pour Faizal Ally Beegun, ceux qui les ont hébergés et leur ont fait travailler au noir doivent aussi être arrêtés. « C’est un délit d’héberger un travailleur en situation illégale », fait-il ressortir. « Je me demande si les Européens qui séjournent à Maurice dans la clandestinité sont traités de la même façon. Pourquoi cette politique de deux poids, deux mesures. Alle Rivière-Noire ou guetter combien étrangers éna », tempête-t-il.

Le syndicaliste est d’avis qu’il est grand temps que le ministère du Travail négocie directement avec les autorités du Bangladesh eu égard au recrutement afin de mettre hors circuit la mafia des agents recruteurs « qui exploitent les pauvres gens.» Ally Beegun nous fait part de sa grande déception que le ministre du Travail, Sudesh Caullechurn, n’ait pas tenu sa promesse faite en 2018 quand il avait dit qu’une hotline sera disponible pour recueillir les doléances des travailleurs étrangers afin qu’ils n’aient pas à se déranger pour venir au ministère du Travail. « Les travailleurs bangladais ont une dignité. Rien n’a été fait pour améliorer leur sort et ils sont traités comme des bêtes dans certains dortoirs. Avec la forte chaleur, beaucoup d’entre eux préfèrent passer la nuit sur le toit de leur dortoir », laisse-t-il entendre.

Faizal Ally Beegun demande que la loi soit amendée afin de permettre aux syndicalistes, journalistes et travailleurs sociaux d’avoir accès aux dortoirs des travailleurs étrangers pour les aider.

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