dimanche , 16 juin 2019
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Travail et ramadan

Travail et ramadan : comment s’organiser ?

Le jeûne du Ramadan n’empêche pas le salarié d’exécuter correctement sa tâche. Un chaffeur d’autobus, une infirmière et un sapeur-pompier témoignent.

Farzana Ramjaun, infirmière à la Chisty Shifa Clinic : «Les médecins sont très coopératifs»

Farzana RamjaunCela fait 18 ans que Farzana Ramjaun exerce comme infirmière à la Chishty Shifa Clinic, à Port-Louis. Très souvent durant le Ramadan, elle est de service la nuit comme ses autres collègues. C’est la clinique qui met à la disposition du personnel l’iftar et le sehri. D’habitude durant la rupture du jeûne ou même pour le repas du matin, les infermières s’occupent des patients à tour de rôle. « Ce ne sont que des cas extrêmes parce que les médecins sont très coopératifs et nous laissent rompre le jeûne alors qu’ils assistent les patients », dit-elle.

Pendant une urgence, Farzana nous confie qu’elle rompt son jeûne dans la salle avec une gorgée d’eau et c’est après son travail qu’elle mange quelques gâteaux avant d’accomplir la swalaat-ul-maghrib.  « J’aime mon travail et je n’ai aucun souci si je dois assister les patients parfois à l’heure de l’iftar. On ne peut fuir notre engagement car c’est aussi notre gagne-pain », explique-t-elle. Ses collègues non-musulmanes sont d’ailleurs très coopératives. « Chisty Shifa Clinic fournit l’iftar à tout son personnel indistinctement de notre foi religieuse et je trouve que c’est une bonne initiative qui permet de créer une atmosphère de partage et de coopération », ajoute-t-elle.


Jaleel Lowtoo, chauffeur  d’autobus : «Je garde avec moi une bouteille d’eau et une datte»

Jaleel LowtooUn dicton dit que « le travail nourrit son homme ». En d’autres mots, il faut travailler pour gagner son pain. Il en est de même pour Jaleel Lowtoo, chauffeur d’autobus de la compagnie UBS à Cassis. Jaleel travaille depuis une trentaine d’années comme chauffeur, souvent sur le trajet Port-Louis-Mahébourg.

Pour le mois de Ramadan, comment fait-il pour faire rompre le jeûne tandis qu’il se trouve au volant de son autobus sur l’autoroute ? Il nous explique : « Je n’ai pas le choix car on n’a pas le droit de stationner sur l’autoroute, alors  je garde toujours avec moi une bouteille d’eau et une datte, je fais l’iftar au volant, en compagnie de mon camarade receveur. Et je fais cela depuis plus d’une vingtaine d’années. Cependant, je ne fais ce trajet que deux ou trois fois par semaine ». Il avoue que ce n’est pas une tâche facile, mais il a une responsabilité familiale. « Après avoir rompu le jeûne dans le bus, je continue ma route, ce n’est que lorsque j’arrive à la gare que je peux faire ma prière. Et quand je suis affecté au trajet normal, j’ai toutes les facilités pour rompre mon jeûne car la compagnie met à la disposition des rozedar, des gâteux pour l’iftar », souligne-t-il.


Ehsan Jawaheer, sapeur-pompier : «Nous pouvons rester sans manger et sans boire des heures durant»

ehsanEhsan Jawaheer, fait partie de la brigade de sapeurs-pompiers de Port-Louis depuis trente-sept ans. Bien qu’il exerce une profession physiquement exigeante, difficile et contraignante, pour lui, le jeûne du Ramadan ne constitue pas un gros problème. «Notre quotidien en tant que sapeurs-pompiers est rempli d’imprévus. Nous sommes souvent appelés à partir en mission au moment du sehri ou de l’iftaar. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas jeûner,  » dit-il.

Selon lui, si un pompier pense qu’il doit s’asseoir à une heure précise pour rompre le jeûne, le métier de pompier n’est pas pour lui. « Par exemple, cette semaine, nous avons reçu un appel à 4 heures du matin nous informant qu’une maison avait pris feu. Nous sommes rapidement sortis en quittant notre sehri sur place, mais heureusement, nous avons réussi à maîtriser le feu à temps et nous sommes retournés à la caserne de pompiers 15 minutes avant l’heure que se termine le sehri, » raconte-t-il.

Cependant, il indique que ce n’est pas toujours que les sapeurs-pompiers musulmans ont la chance de pouvoir rentrer à temps à leur caserne pour faire le sehri ou pour rompre leur jeûne. « Cela dépend de l’intensité du feu. Parfois cela nous prend 2 à 3 heures pour éteindre des incendies  et dans de telles situations, le travail doit se poursuivre sans arrêt. S’il y a des collègues non musulmans, ils prennent la relève et les sapeurs-pompiers musulmans boivent rapidement de l’eau pour rompre leur jeûne », ajoute-t-il. Malgré toutes les épreuves auxquelles il a dû faire face durant sa longue carrière, pour rien au monde Ehsan ne ratera un jour de jeûne car pour lui tout est une question de foi et de conditionnement de l’esprit. « Sauver la vie d’une personne demeure le plus important. Si nous trouvons du temps  pour boire un peu d’eau et rompre notre jeûne, cela nous suffit. Nous pouvons rester sans manger et sans boire des heures durant sans aucun souci,» affirme-t-il. Il souligne toutefois, qu’étant musulman, le Ramadan représente pour lui un mois de bénédictions et nous devons tous en profiter peu importe le métier que nous exerçons.

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