lundi , 23 octobre 2017
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Tania Diolle

Tania Diolle, candidate du MP au No. 18 : «Un outsider peut remporter cette élection»

Insuffler une nouvelle vague de changement dans la manière de faire de la politique, c’est ce que souhaite Tania Diolle, candidate du Mouvement Patriotique (MP) à l’élection partielle au No. 18. Selon elle, face aux cadors, un outsider peut renverser les pronostics.

Désormais ex-chargée de cours en Science Po, quelle est votre observation de la politique en général à Maurice ?
À Maurice, il existe des problèmes systémiques. Il y a des manquements dans le système électoral et parlementaire. Ces manquements donnent une certaine liberté aux politiciens et ils se permettent ainsi de faire du n’importe quoi. Mais ce n’est pas quelque chose d’irréversible. N’empêche que si cela perdure, nous pourrions faire face à des problèmes plus graves. Nous avons pu voir comment certains pays d’Afrique sont devenus des dictatures. Chez nous, ces manquements permettent aussi de constater les abus sans qu’il y ait malheureusement des sanctions. Bien souvent, nous avons l’impression qu’à Maurice, tout n’est qu’un jeu du pouvoir.

En tant que jeune, ne croyez-vous pas qu’il faut réinventer la politique à Maurice ?
Réinventer n’est pas ce que je souhaite. Quoiqu’il existe des manquements dans le système, nous pouvons y apporter des changements. Nous traversons une phase où nous sommes en quête d’une identité et la démocratie fonctionne plus ou moins bien. Il nous faut tout simplement consolider le système tout en gardant en tête les valeurs et les cultures. Il faut aussi admettre qu’on ne pourra pas tout changer car certaines particularités doivent toujours primer. Les principes et l’éthique ne peuvent être changés.

Ne pensez-vous pas que les jeunes professionnels auraient dû se regrouper et former un mouvement qui fait la politique autrement ?
C’est souhaitable et je pense que ce serait aussi une bonne chose d’avoir plus de professionnels. Mais il faut plus de représentations en termes d’organisation tout en fixant comme objectif d’avoir un idéal et une vision commune. Il faut encourager ces jeunes à venir de l’avant et ils doivent aussi savoir se faire entendre. Le pays d’aujourd’hui, c’est aussi celui pour notre génération de demain.

«Il y a des manquements dans le système électoral et parlementaire.»

Vous avez démissionné comme chargée de cours à l’université de Maurice (UoM) afin de vous présenter à l’élection partielle au No. 18. Le choix a-t-il été difficile ?
Certes, le choix a été très difficile car c’était mon gagne-pain. Mais j’ai la chance d’être entourée de gens formidables qui m’encouragent et me soutiennent à 100%. J’ai fait ce choix car au bout d’un moment, j’étais fatiguée d’entendre les mêmes discours et voir les mêmes visages dans la sphère politique. J’ai décidé qu’il était temps de me lancer et je vais essayer d’apporter quelque chose de nouveau. Il est cependant regrettable de ne pas pouvoir exercer comme chargée de cours et faire de la politique également. Dans les autres pays, il existe de grands politiciens qui dispensent des cours dans des universités.

À entendre le président du parti, Alan Ganoo, les attentes sont nombreuses pour votre participation à cette élection. Est-ce une pression ?
Non, ce n’est nullement de la pression. Alan Ganoo pense sincèrement que c’est faisable. Je suis d’avis que pour cette partielle, on ne peut pas se prononcer à l’avance. Un outsider peut aussi bien remporter cette élection. Je pense qu’un électorat n’est jamais acquis. Il faut toujours travailler dur sur le terrain. J’accepte les décisions et le choix de l’électorat du No. 18. Alan Ganoo me connaît très bien et il sait que je ne fais jamais les choses à moitié. Je pense que j’ai de très bonnes chances.

Plusieurs voix se sont élevées à l’annonce de votre candidature. Votre présence semble gêner quelques uns de vos adversaires, n’est-ce pas ? 
Cela m’a attristé. À un moment de ma vie, j’étais membre d’un parti et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis. Je trouve que c’est dommage et très malhonnête que certains tentent de véhiculer des mensonges à mon égard. Il faut être fair-play. Peut-être que ces adversaires connaissent mes capacités et qu’à leurs yeux, je suis une candidate valable. C’est une stratégie pour essayer de me déstabiliser mais je garde la tête sur les épaules.

Vous avez été conseillère municipale sous la bannière mauve en 2012 et désormais vous êtes candidate du Mouvement Patriotique (MP). Qu’est ce qui vous a poussé à rejoindre ce nouveau parti?
Le MP est maintenant un parti bien établi. Contrairement aux autres partis, au MP, il n’existe pas de hiérarchie complexe. Il existe certes un comité avec le président à la tête mais chacun est égal et a droit à la parole. On est libre de s’exprimer. Aussi, comme c’est un nouveau parti, je trouve que c’est stimulant. On est bien encadré et les jeunes se retrouvent au sein du MP. C’est très encourageant.

«Nous avons l’impression qu’à Maurice, tout n’est qu’un jeu du pouvoir.»

Dans une récente déclaration, vous dites souhaiter «une compétition d’idées» et non «une campagne de dénigrement». Pensez-vous réellement que c’est réalisable dans notre contexte électoral ?
Oui, c’est possible s’il y a un renouvellement de la classe politique. Si les jeunes politiciens commencent à apporter ce changement, nous pouvons rendre le système obsolète. On n’est pas tout le temps obligé de dénigrer un adversaire. Cela ne mène à rien. Je suis d’avis qu’on peut faire de la politique sans avoir besoin de toujours se chamailler. Si les autres ne le font pas, il faut que quelqu’un le fasse. Et si à l’avenir, nous arrivons à adopter ce changement, nous allons faire une grande différente et rendre l’ancien système obsolète et ridicule.

En tant que jeune candidate d’un jeune parti, comment comptez-vous vous différencier de vos adversaires ?
Tout d’abord, laissez-moi faire ressortir que je ne suis pas qu’uniquement candidate au No. 18. Je me suis engagée dans la politique pour au minimum les dix prochaines années. Je suis motivée et je compte travailler très dur pour convaincre l’électorat et aussi accepter les gens comme ils sont. Je débute et j’ai encore beaucoup à apprendre. Je suis convaincue qu’il existe une autre façon de faire de la politique au lieu d’agir par malhonnêteté et dénigrer autrui.

Sinon, comment se déroule votre campagne ?
La campagne a déjà débuté sur Facebook cette semaine. Il y a une page sur le réseau social où j’invite les gens à venir de l’avant pour partager des idées et s’exprimer. La page est accessible à tout le monde et c’est aussi un moyen efficace d’être en communication avec l’électorat. Dans les jours à venir, ce sera une autre paire de manches avec le travail sur le terrain.

Avez-vous déjà une idée de ce que vous allez faire si vous êtes élue ?
J’ai pas mal d’idées dont celle de venir en aide aux femmes et aux jeunes mamans qui vivent dans des conditions modestes et doivent s’occuper de leurs enfants. Bien souvent, ces femmes ne peuvent pas travailler. Avec le soutien des autorités, je compte soutenir ces femmes. À Maurice, il y a beaucoup plus de familles qui vivent sous le seuil de pauvreté que celles qui ont été répertoriées. En deuxième lieu, je compte exposer les projets de loi aux habitants de la circonscription No. 18 pour des échanges d’idées et entendre leurs suggestions.

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