vendredi , 24 mai 2019
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Tahir Wahab

Tahir Wahab, expert en services financiers : «Il faut innover en termes de lois et de réglementations»

Spécialiste du domaine de la finance, expert-comptable et banquier, Tahir Wahab est d’avis qu’il faut innover en termes de lois et de réglementations afin de garantir un système financier transparent et efficace.  Selon lui, les opérateurs du secteur offshore sont toujours en attente d’un Master Plan.

Notre secteur des services financiers a été sous le feu des critiques ces derniers temps. Comment peut-on redorer le blason de ce secteur ?
Notre secteur des services financiers a acquis une certaine réputation sur le plan international au fil des années. Mais il a définitivement été éclaboussé par les récents scandales tels que l’affaire Sobrinho et autres cas. Redorer le blason ne se fera pas du jour au lendemain. Et même après, on en ressentira des séquelles. Certains cas auraient pu être évités si les autorités avaient appliqué le « due diligence » nécessaire. Cela ne se limite pas à un simple « tick the box » mais il faut un exercice plus approfondi pour veiller au grain afin que toute tentative de blanchiment d’argent soit repérée et mise hors de notre système financier. Ainsi, cela rendra le secteur plus crédible. Aussi, pour redorer le blason, j’estime que les autorités doivent réinstaurer la confiance des investisseurs en améliorant le climat des affaires et en garantissant la stabilité du secteur. Le gouvernement doit envoyer un signal fort à travers des actions soutenues pour restaurer l’intégrité de Maurice. Car la confiance et la bonne gouvernance aideront à attirer encore plus d’investisseurs.

Le dernier rapport de l’Eastern and Southern Africa Anti-Money Laundering Group (ESAAMLG) a été également très critique envers Maurice. Avons-nous pris les mesures correctives depuis ?
À Maurice, nous avons des lois, des mécanismes et suffisamment de réglementations qui sont en place pour réguler le secteur financier et aussi permettre de retracer les cas de blanchiment d’argent. Il suffit que ces lois soient appliquées dans leur juste mesure et de façon stricte tout en assurant que les mécanismes fonctionnent correctement. En cas de manquements, des sanctions doivent suivre. Cela serait un signal fort à tous les opérateurs du secteur. Néanmoins, il n’existe pas de système parfait et il nous faut rester vigilants et innover en termes de lois et de réglementations. La communication et l’application de toutes les de mesures sont tout aussi primordiales. Le gouvernement a un rôle clé à jouer à travers le ministère de la Bonne gouvernance pour s’assurer que les instances de notation internationale comprennent nos lois et leur application.

Pourquoi, selon vous, la juridiction mauricienne est-elle considérée comme une plateforme pour le blanchiment d’argent ?
Dans toutes les juridictions dites offshore, il existe toujours cette perception et Maurice n’est pas une exception. Cette perception est souvent alimentée par la presse, surtout internationale, qui parle de blanchiment sans vraiment savoir si tel est le cas ou s’il s’agit simplement du « tax planning ». Il faut comprendre qu’il y a une distinction assez subtile entre la planification fiscale et l’évasion fiscale. Cette dernière est clairement illégale. Cela dit, nos lois n’interdisent pas la planification fiscale et des fois, les sociétés procèdent à cet exercice afin de tirer profit des nombreuses politiques fiscales pour s’implanter à Maurice. Bien souvent, ce sont des cas isolés qui font accroître la mauvaise perception. C’est pour cela qu’il faut impérativement que les procédures de « due diligence » soient appliquées avec rigueur par les autorités et les compagnies offshore en général pour préserver la réputation de Maurice.

En signant la Foreign Account Tax Compliance Act (FATCA) et le Common Reporting Standard (CRS), les autorités espèrent un système plus transparent. C’est faisable selon vous ?
Notre pays a toujours été le bon élève aux yeux des instances de dotation internationale. La dernière en date, c’est l’abolition des licences GBC 2 pour se conformer aux réglementations de l’OCDE et pour être plus transparent. Cela dit, le système en place est déjà très transparent et Maurice dispose déjà de structures aux normes internationales pour retracer ces types de « non-compliant structures ». Pour revenir à la FATCA et le CRS, c’est plutôt une collecte et un échange d’informations entre divers pays pour pouvoir retracer les gens qui ont des entités offshore qui ne sont pas conformes et inconsistantes. En signant la FATCA et le CRS, le signal est déjà envoyé que Maurice « mean buisness » et que le pays mise sur une juridiction transparente et veut éliminer toute perception de juridiction dite « paradis fiscal». C’est faisable mais il y a un coût associé à ces mesures pour bon nombre de Managment Companies.

Nos lois n’interdisent pas la planification fiscale et des fois, les sociétés procèdent à cet exercice afin de tirer profit des nombreuses politiques fiscales pour s’implanter à Maurice.»

L’Offshore mauricien fait aussi face à des incertitudes. Comment faire pour surmonter les obstacles dans ce secteur ?
L’offshore mauricien est à la croisée des chemins et il faut y apporter une nouvelle impulsion. Cela passe principalement par la diversification et aussi un plan directif. On a revisité l’accord Inde-Maurice, on a décidé de finir avec les GBC 2 mais on attend toujours le « Blueprint » pour le secteur qui est toujours en préparation depuis la révision dudit accord qui a quelque peu secoué notre secteur des services financiers. Entre-temps, l’incertitude règne parmi les opérateurs. Ce qu’il faut, c’est un plan à long terme pour donner une vision, une ambition et une certaine direction au secteur. Aussi longtemps qu’on tarde à venir avec un « Master Plan » et des mesures incitatives, le climat d’incertitude va perdurer. Les opérateurs sont en attente et veulent des garanties pour développer leurs stratégies. N’empêche qu’il faut aussi innover en termes de nouvelles opportunités en créant de nouveaux créneaux.

L’Offshore est un secteur qui emploie de nombreux jeunes. Faut-il s’inquiéter pour l’avenir de ces jeunes diplômes ?
L’avenir du secteur est prometteur pour les jeunes. Il y a beaucoup d’opportunités à tous les niveaux si on continue à créer de nouveaux créneaux avec les nouvelles technologies et l’innovation. Les jeunes ont la faculté de s’adapter plus facilement aux nouvelles technologies. Néanmoins, c’est un secteur très « demanding » qui requiert une certaine excellence à tous les niveaux. N’empêche  qu’il y a de la place pour des jeunes qui sont motivés et ont l’ambition de réussir. Cela passe par des sacrifices avec des horaires tardifs très communs dans ce secteur.

Sinon, la technologie s’infiltre dans tous les domaines du monde professionnel. L’avenir du secteur financier repose-t-il réellement sur la blockchain ?
La technologie a permis à bon nombre de pays de se développer dans des secteurs d’activités tels que l’offshore, le développement des logiciels, des centres d’appels, des activités bancaires entre autres. Ce qui aide à créer des opportunités d’emplois pour les jeunes. La blockchain, dernière innovation en date, a un potentiel disruptif et qui va profondément transformer le secteur des services financiers uniquement dans le long terme. Selon certains experts, ce levier technologique de transformation mondiale pourrait avoir un impact équivalent à celui de l’internet. Cependant, par rapport à sa forme actuelle, cette technologie doit encore progresser. La blockchain a encore du chemin à parcourir pour devenir la norme dans les services financiers.

Vous avez également une formation de banquier. Quel est votre avis sur les crypto-monnaies, très en vogue ces temps-ci ?
Aujourd’hui, les crypto-monnaies sont devenues un phénomène mondial connu de la plupart des gens. Les banques, les gouvernements et de nombreuses entreprises sont conscients de son importance. En dépit des divergences existantes, les crypto-monnaies sont là pour durer et nous nous dirigeons de plus en plus vers un monde où les actifs seront symbolisés et où les crypto-économies joueront un rôle plus important. La blockchain, technologie derrière les crypto-monnaies, a la capacité de perturber de nombreux aspects de notre vie quotidienne d’une manière qui jusqu’à présent demeure inconnue.

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