dimanche , 23 juillet 2017
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Swalay Oozeer, couturier : «Notre métier est en voie de disparition à Maurice»

Mohammad Swalay Oozeer, habitant de la rue Inkerman à Port-Louis, travaille comme couturier depuis 45 ans. Ses deux  fils sont comptables de profession.

Sa carrière a débuté à l’âge de 13 ans. Issu d’une famille pauvre, il a été obligé de quitter l’école pour venir en aide à sa famille, dont il est l’aîné d’une  fratrie de 7 enfants. « à l’époque, mon salaire était de 50 sous par semaine. Mais, avec ce maigre salaire, j’ai soutenu ma mère dans les moments difficiles, » nous raconte-t-il. La vie n’a pas toujours été  rose pour lui. Les obstacles l’ont transformé en un être humain fort et résilient.

Période prospère

À l’âge de 26 ans, il a ouvert sa propre entreprise chez lui. C’était une période prospère pour lui alors que la révolution industrielle avait lieu à cette époque.  Il avait même  recruté 8 personnes pour travailler pour lui car il recevait beaucoup de commandes. « À l’âge de 29 ans, lorsque je me suis marié à Shamimah, elle m’a aidé dans mon travail, » déclare Swalay Oozeer. Ses activités se sont rapidement développées. Il fabriquait en même temps des chemises pour les touristes et les vendait en gros aux revendeurs de Port-Louis.

En l’an 2000,  sa petite entreprise a piqué du nez avec le déclin de l’industrialisation. Du coup, il  a dû s’adresser aux magasins de vente au détail pour rester dans le métier. Il a travaillé pour les magasins durant une quinzaine d’années. « En période de Nouvel An et autres festivités, je ne pouvais  pas trop me reposer. Cela a duré pendant 15 ans jusqu’en 2015. Maintenant, avec les importations croissantes en provenance de Chine, le travail n’est plus le même. La jeune génération opte davantage pour les vêtements de marque. De nos jours, il est vraiment difficile de trouver un adolescent qui s’adresse à un tailleur pour coudre ses vêtements, » soutient-il.

La jeune génération ne veut pas faire ce métier

Avec les exigences de l’ère moderne, il estime qu’il doit être polyvalent et s’adapter aux attentes de ses clients. Les clients apportent les photos de leurs choix, téléchargés de l’internet. Quelquefois, il doit voir des vidéos sur Youtube pour suivre le rythme des demandes.  À présent, il coud pratiquement tout : kurtas, robes, pantalons, vêtements pour enfants et chemises. « La jeune génération ne veut pas faire ce métier. Les jeunes n’y voient pas un avenir assuré. Le métier de couturier est en voie de disparition à Maurice. Les enfants ont accès à l’éducation et trouvent que les métiers manuels sont démodés », dit-il.

Toutefois, pendant les festivités, il y a un refoulement de clients. Des fois, il a moins de temps pour rendre les commandes à temps. Souvent il doit travailler 7 jours sur 7 et prendre même des commandes par appels téléphoniques.

Ses points forts: tenir parole, une couture de qualité et des prix abordables. Contrairement à ce qu’ils peuvent faire dans les magasins, les clients vérifient les coutures et autres détails. Ses nouveaux clients deviennent souvent des abonnés.

« Cette année, j’aurai soixante ans. Mais j’envisage de poursuivre mon métier aussi longtemps qu’Allah le voudra. J’aurais du mal à rester inactif, »  conclut Mohammad Swalay Oozeer.

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