samedi , 20 juillet 2019
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Statistiques du ministère de la santé : 81 filles de moins de 16 ans ont accouché cette année

Cette semaine, les autorités ont fuité dans la presse le cas d’une jeune maman de 16 ans, une musulmane, qui a accouché pour la deuxième fois. Des chefs religieux et des travailleurs sociaux s’indignent de cette campagne alors que c’est le 81ème cas de l’année. Ils se demandent pourquoi les autorités ont fait l’impasse sur les 79 autres cas. « Serait-ce une campagne contre le nikah des mineures », s’interrogent-ils.

Cette semaine, le cas de cette fille de 16 ans, mariée religieusement à l’âge de 14 ans et qui a accouché de son deuxième enfant à l’hôpital Jeetoo, le lundi 1er octobre, semble avoir pris de court une bonne partie de la population. Interrogée par un officier de la CDU, elle a avoué s’être mariée religieusement avec un homme de 20 ans en 2016. En août de l’année dernière, elle a accouché de son premier enfant. Une plainte a été déposée au poste de police de Plaine-Verte par ledit officier. Il y a eu aussi le cas de la jeune Ruwaidah, 13 ans. Enceinte de 4 mois, l’adolescente a été retrouvée morte chez elle à Goodlands, le 20 juin 2018. Cette nouvelle épouvantable a fait le buzz sur les médias sociaux et l’entourage de la fille a été pris pour cible pour avoir donné son consentement au mariage religieux de Ruwaidah à un jeune de 19 ans.

Néanmoins, il est bon de savoir que ce ne sont pas deux cas isolés. Plusieurs cas de grossesses et d’accouchements chez les filles âgées de moins de 18 ans sont recensés chaque année. Si en 2018, seuls quelques cas ont été rapportés par les médias, il convient de souligner que du 1er janvier au 31 août 2018, 81 filles de moins de 16 ans ont mis un enfant au monde. Au total, c’est 333 adolescentes de moins de 18 ans qui ont accouché depuis le début de cette année. 140 sont âgées de 17 ans, 112 d’entre elles ont 16 ans, 55 ont 15 ans, 19 ont 14 ans, 6 ont 12 ans alors qu’une fille âgée de 12 ans seulement est également devenue mère. Par ailleurs, de janvier à décembre 2017, 461 cas de grossesses ont été enregistrés chez les moins de 18 ans. 109 de ces filles étaient alors âgées de 13 à 15 ans. En 2015 et 2016, 416 et 414 accouchements chez les mineures ont été recensés respectivement.

Cas rapportés à la CDU

Si l’on dénombre des centaines de cas de grossesses chez les adolescentes mauriciennes chaque année seule une poignée est néanmoins rapportée à la Child Development Unit (CDU). Un ancien cadre du ministère de la Santé nous explique que chaque médecin doit rapporter les cas de grossesses chez les mineures à la police ou à la CDU. « Au cas contraire, c’est un délit. Il y a des médecins qui rapportent les cas, mais d’autres préfèrent ne pas les rapporter car ne voulant pas bouleverser la jeune maman et ses proches davantage », fait comprendre notre source. Cela dit, il ajoute que depuis le cas de Ruwaidah, il a noté une certaine rigueur de la part des autorités concernées. « Les cas de grossesse précoce sont très communs de nos jours. Il y a un nombre important de collégiennes qui tombent enceintes et certaines veulent même avorter. Mais ces cas ne sont pas rapportés par les hôpitaux », dit-il.

Ainsi, si 333 cas de grossesse chez les mineures ont été enregistrés de janvier à août 2018, seuls 33 cas de grossesse chez les moins de 16 ans ont été rapportés à la CDU de janvier à mai 2018. Les 33 cas ont été répertoriés comme suit : CDU Port-Louis (3 cas), CDU Goodlands (7), CDU Bambous (7), CDU Rose-Belle (5), CDU Vacoas (7) et CDU Flacq (4). Par ailleurs, seule une dizaine de cas de grossesse précoce était rapporté à la CDU par le passé et ce, malgré un nombre important de cas recensés. Mais l’on note une hausse de ces chiffres au cours de ces quatre dernières années. 78 cas ont été rapportés à la CDU en 2017 contre, par exemple, 19 en 2010 ou 16 en 2011. En 2016, 60 cas ont été rapportés, 69 en 2015 et 68 en 2014. « Selon les provisions de la loi, il faut rapporter les cas de grossesse chez les filles de moins de 16 ans. Généralement, ce sont des grossesses à risque et la possibilité d’avoir recours à la césarienne n’est pas écartée », explique une obstétricienne sous le couvert de l’anonymat.

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Absence d’un protocole

Selon un ancien consultant du ministère de la Santé, il n’existait aucun protocole dans nos hôpitaux lorsqu’un médecin était confronté à un cas de grossesse chez une mineure. Il pouvait ainsi rapporter (ou pas) le cas à la police ou à la CDU. Un médecin nous explique qu’aujourd’hui encore, il n’y a pas de réel protocole à suivre lors de ce genre de situation. « Il n’y a pas de protocole. C’est pour cela que nous voyons que seule une dizaine de cas est rapporté à la CDU contre les centaines de cas répertoriés dans les hôpitaux à travers l’île », précise-t-il.

Salim Muthy : «Il ne faut pas communaliser et criminaliser cette affaire»

Le travailleur social, Salim Muthy, est catégorique : le phénomène de grossesse chez les mineures est un problème national. « Cela ne concerne pas uniquement telle ou telle communauté comme certains essaient de le faire croire », dit-il. Selon lui, il est impératif d’avoir une vision plus élargie lorsqu’on évoque les cas de grossesse précoce. « Une mineure qui donne naissance à un enfant c’est comme si une enfant accouche d’un enfant. C’est un problème qu’il faut traiter avec la plus grande délicatesse. Il faut savoir l’environnement dans lequel a grandi l’adolescente, son niveau d’éducation, son entourage et sa vie sociale et économique. Il est malheureux que ces derniers temps, seules les filles d’une communauté sont visées par les médias lorsqu’il s’agit de grossesses chez les ados », déplore-t-il.

Selon Salim Muthy, au lieu de critiquer les jeunes mamans et leurs proches, il faut adopter une approche plus humaine. « Bien souvent, la fille et ses parents sont déjà bouleversés lorsqu’ils sont confrontés à ce genre de situation. Et nous voyons que certaines personnes enveniment les choses. Il ne faut pas communaliser et criminaliser cette affaire car nul n’est à l’abri de ce fléau », poursuit-il. Il ajoute qu’avec la technologie et les réseaux sociaux, les jeunes ont plus de liberté et les échanges à travers les applications de messageries se multiplient davantage. « Je suis d’avis que les cas de grossesses précoces vont augmenter à l’avenir », dit-il.

Maulana Shamim Khodadin : «Que cesse cette hypocrisie»

Le maulana Shamim Khodadin, président par intérim du Sunniy Ulamâ & Aîmmah Council, estime que les attaques contre la Muslim Personal Law sont faites dans le but de la faire disparaître.
Le maulana réagit suite aux articles de presse qui condamnent les jeunes filles de moins de 16 ans qui ont accompli le nikah et qui sont tombées enceintes. « D’après la MPL, le nikah est garanti par la loi. Une fille qui a atteint l’âge de la puberté, d’après la loi du Coran, a le droit d’épouser un homme avec le consentement de ses parents. Et d’autre part rien n’interdit à la fille de tomber enceinte et de mettre un enfant au monde », fait-il ressortir.

Le maulana Khodadin souligne que si une fille épouse un garçon d’après la charia et avec le consentement de son père, le mariage est accepté. Il précise cependant que d’après le Coran, les jeunes filles qui ne contractent pas le nikah et qui vivent en concubinage commettent l’adultère.

Le maulana dresse un parallèle entre un criminel et celui (ou celle) qui pratique l’avortement en cachette. « Pourquoi celui ou celle qui tue un bébé n’est pas considéré comme un criminel et pourquoi sa photo ne figure-t-elle pas sur la couverture des journaux comme celle d’un criminel? Que cesse cette hypocrisie », martèle le chef religieux. Il trouve inacceptable et immoral que celui qui commet l’adultère n’est pas puni alors que la fille qui s’est mariée religieusement d’après le Coran est, elle, punie. « Li pe pratique ene sunnah du Prophète Muhammad (pssl). Couma dire li illégal quand ou pratique ou religion ? » demande-t-il.

Le maulana affirme, qu’en sa capacité de président par intérim du Sunniy ‘Ulamâ & Aîmmah Council, il va soulever la question autour d’une table ronde avec tous ses membres. Pour lui, il est clair qu’il s’agit d’une tentative visant la Muslim Personal Law.

Le maulana Khodadin dénonce avec virulence les attaques d’une partie de la presse qui ne connaissent rien à la charia et pondent des insanités dans les médias. « Alle guette combien cas adultère éna dans banne l’endroits ki nous tout conné et combien relation sexuel avec mineur ena chaque semaine. Ki faire zotte pas faire sa l’enquête là? »  dit-il encore. Le maulana Khodadin compte bientôt faire une sortie contre le nombre d’avortements illégaux pratiqués dans les clinique privées et chez des gynécologues du privé.

Maulana Haroon Assen : «C’est une croisade contre la communauté musulmane»

Le maulana Haroon Assen, avec sa verve habituelle, ne passe pas par quatre chemins pour s’en prendre à ceux qui critiquent les grossesses précoces survenues après un mariage religieux avec consentement des parents. « Ils trouvent normal qu’on commette l’adultère et qu’on vive en concubinage. Les femmes qui ont un enfant sans se marier  sont encouragées et récompensées par des cadeaux tels que berceau, vêtements pour bébé, landau et crèmes de toutes sortes. C’est de la pure hypocrisie ! » lance-t-il.

« Banne ki commettre adultère pe gagne félicitations, par contre banne ki fine marié religieusement dans temple, l’église, mosquée et tombe enceinte, zotte qualifier sa de grossesse précoce », s’indigne l’homme religieux. Le maulana Haroon trouve que tout cela fait partie d’une croisade d’une section de la presse contre l’islam dans le monde. « À Maurice même, la MPL dérange, le système de Best Loser fait tache d’huile, les ministres musulmans sont pointés du doigt et il y a tant d’autres injustices que subissent les musulmans », laisse-t-il entendre. « Kan pe coze MPL, bizin conner ki faire ti mette sa. Pareille couman système Best Loser. Bizin conner pou ki raison ti mette sa. Tout comme découpage banne circonscription zotte l’avantage et désavantage », ajoute-t-il. Le maulana Haroon trouve qu’on marche sur les œufs et qu’il faut faire bien attention pour que la période la plus noire de l’histoire de notre pays ne se répète pas.

Nuur-Uddin Jandanee et Rahim Murtuza

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