mardi , 18 juin 2019
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Sportifs musulmans aux JIOI : une préparation au rythme du Ramadan

Les Jeux des îles de l’océan Indien se tiendront du 19 au 28 juillet 2019. Les athlètes ont déjà entamé leur préparation en vue du grand rendez-vous indianocéanique. Nous avons voulu savoir comment les athlètes musulmans concilient préparation physique et Ramadan.

Zayyan Sheik Hossein, pongiste : «Avec le temps, on s’y habitue»

Zayyan Sheik HosseinZayyan Sheik Hossein est parmi les plus jeunes sportifs qui participeront à la 10e édition des JIOI en juillet prochain. Du haut de ses 14 ans, ce jeune pongiste possède déjà un palmarès flatteur en tennis de table, un sport pour lequel il voue une passion sans borne. En effet, ses parents l’ont initié à cette discipline depuis son plus jeune âge et aujourd’hui, Zayyan se prépare pour se mesurer à l’élite indianocéanique. Selon lui, le Ramadan ne perturbe en aucun cas sa préparation.

Étudiant au collège d’État Sir Abdool Raman Osman, Zayyan Sheik Hossein doit jongler entre ses études, sa passion pour le ping-pong et le jeûne en ce mois sacré du Ramadan. « Comme l’entraînement débute à 17h et se termine à 19h30, cela ne me pose pas trop de problème car l’iftar est à environ 17h45. D’ailleurs, je romps le jeûne durant les séances d’entraînement. Je pense qu’avec le temps, on finit par s’y habituer. Cela dit, on ne peut nier que des fois, on ressent la soif surtout lorsqu’il fait chaud », avance cet habitant de Solferino. Actuellement, Zayyan s’entraîne à raison de cinq fois par semaine au gymnase du collège Dr Régis Chaperon, à Quatre-Bornes.

Zayyan Sheik Hossein participera à son premier grand rendez-vous sportif aux Jeux des Îles et il espère faire honneur au quadricolore. « L’entraînement est dur mais nous nous préparons en équipe. J’espère que nous serons tous à la hauteur sur le sol mauricien », dit-il.


Mohammad Dookhun, spécialiste du demi-fond : «L’entraînement m’épuise mais le Ramadan passe avant tout»

Mohammad DookhunVéritable spécialiste des courses de demi-fond, Mohammad Dookhun vient de participer à un stage de deux semaines à Nancy, en France, pour parfaire sa préparation en vue des Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI), qui débutent dans environ deux mois. Il nous raconte que malgré le changement de saison, il fait encore très froid en France, surtout le matin. « Le sehri est plus tôt qu’à Maurice, soit vers 4h30 et l’iftar est à 21 heures. Le matin, il fait froid et ce n’est pas toujours évident pour l’entraînement », se plaint-il. Néanmoins, l’athlète est déterminé à être au top de sa forme pour les JIOI.

C’est à 3h45 que Mohammad Dookhun se réveille chaque matin depuis le début du Ramadan pour préparer le sehri, composé essentiellement de pâtes et de semoule. « J’essaie aussi de boire un litre d’eau 30 minutes avant la fin du sehri. Lorsque je n’ai aucune séance d’entraînement le matin, je préfère me reposer après le namaz Fajr», précise-t-il. Et les séances de l’après-midi se déroulaient généralement vers 16 heures à Épinal et duraient environ 1h30. « J’avoue que durant le Ramadan, les séances d’entraînement m’épuisent mais le jeûne passe avant tout. D’ailleurs, je me suis déjà conditionné mentalement pour affronter ce genre d’épreuves », avance le spécialiste du 1500m. Après le taraweeh, c’est vers 22h30 qu’il rentrait à la maison et devait se contenter que de quelques heures de sommeil.

Par ailleurs, en ce qui concerne les séances matinales, Mohammad Dookhun avance que c’est vers 10 heures qu’il débutait son « footing » et la pratique des exercices respiratoires. Quand il pleut, c’est dans une salle de gym qu’il s’entraîne. « Je m’entraîne également sur le 3000m Steeple pour essayer d’avoir un bon chrono. En France, j’aidais  un club français à récolter le maximum de points pour un championnat d’athlétisme. La semaine d’avant, j’ai terminé second sur la distance. Par la grâce d’Allah, j’arrive à trouver le courage pour tenir la distance en période de jeûne », ajoute-t-il.

De retour de son stage en France, Mohammad Dookhun va intensifier sa préparation à Maurice où il s’entraîne au stade Maryse Justin à Réduit, et aux Casernes à Curepipe. Si la course de 1500m demeure sa distance de prédilection, Mohammad estime qu’il souhaite également représenter l’île Maurice dans la course du 3000m Steeple, une épreuve dans laquelle il détient un très bon chrono. « À Maurice, les séances d’entraînement sont relativement plus faciles durant le Ramadan car il faut reconnaître que nous ne jeûnons que pour une période de 12 heures. Avec l’aide d’Allah, j’espère réaliser une bonne performance aux JIOI mais les Seychellois ainsi que les Malgaches sont également en stage à l’étranger », conclut-il.


Ruqayyah Kinoo,  pongiste : «Je dois rompre le jeûne durant l’entraînement»

Ruqayyah KinooRuqayyah Kinoo fait partie des meilleures chances de médaille mauricienne aux prochains JIOI. La jeune joueuse de tennis de table en sera à sa deuxième participation après celle de La Réunion en 2015. Elle compte mettre l’expérience acquise lors de la précédente édition à profit afin de grimper sur la plus haute marche du podium. Durant ce mois de Ramadan, elle arrive à jongler entre ses études et ses séances d’entraînement sans pour autant négliger ses obligations envers le Créateur. Actuellement, la pongiste semble vivre à 100 à l’heure. Elle suit actuellement des cours en vue de l’obtention de son B. Ed. en éducation physique au Mauritius Institute of Education et elle est en période d’examens. L’après-midi, elle doit se rendre à Belle-Rose pour s’entraîner pour une durée d’environ 2 heures et 30 minutes. « Certes, c’est un peu le ‘rush’ en ce moment surtout avec les examens mais Allah me donne le courage de surmonter mes difficultés. Durant le Ramadan, cela semble devenir un peu plus difficile mais le jeûne est une obligation », souligne-t-elle.

Ruqayyah nous raconte que le matin pour le sehri, elle privilégie le « oats meal » car elle n’arrive pas à manger autre chose. Après ses heures de classe au MIE, elle se rend au gymnase du collège Dr Régis Chaperon à Belle-Rose, où l’entraînement débute à 17h. « Depuis le début du Ramadan, je dois rompre le jeûne durant l’entraînement. J’apporte avec moi une bouteille d’eau et quelques dattes ainsi que quelques biscuits. Après l’iftar, je continue à m’entraîner et ce n’est que vers 21 heures que je rentre à la maison », nous confie la pongiste. Selon elle, les séances d’entraînement seront encore plus intenses dans les semaines à venir et l’emphase sera mise sur le conditionnement physique, technique et mental des pongistes. Des entraîneurs étrangers ainsi que des « sparring partners » viendront prêter main forte aux sélectionnés. « Heureusement que j’ai l’habitude de m’entraîner durant le Ramadan », dit-elle.  Ruqayyah Kinoo n’a qu’un objectif : ramener l’or et faire flotter haut le quadricolore mauricien lors des JIOI.


Widaad Gokhool, pongiste : «Le plus important c’est de trouver le bon équilibre»

Widaad GokhoolLa championne mauricienne de tennis de table, Widaad Gukhool, fait actuellement des études en Suède en vue de décrocher une maîtrise en génie mécanique de la Blekinge Institute of Technology. À la mi-juin, elle va rejoindre la sélection nationale à Maurice pour des séances d’entraînement en commun. Néanmoins, elle s’entraîne déjà avec un club suédois, le Lyckeby BTK. Et durant ce mois de Ramadan, la pongiste nous dit que certaines de ses habitudes sont chamboulées. « Actuellement, le jeûne dure environ 18 heures en Suède mais le temps est clément », dit-elle.

Selon Widaad, « le plus important c’est de pouvoir trouver le bon équilibre » entre ses études, ses séances d’entraînement et ses prières quotidiennes. Elle avance qu’elle rompt le jeûne à 21h soit après l’entraînement et qu’ensuite, elle part dîner chez elle. « Je n’ai que très peu de temps pour dormir car le sehri est à 2h30 mais j’ai le temps de me reposer avant d’aller à l’université où mes cours débutent à 10h et se terminent à 16h. Par la suite, je vais m’entraîner », avance-t-elle. Widaad soutient que ce n’est pas toujours facile de jongler entre ses différentes activités. « Mais je considère cela comme un défi. À l’université, nous avons un groupe d’amis musulmans et nous essayons de rompre le jeûne ensemble et aussi de faire nos devoirs en groupe », fait-elle ressortir. Auparavant, elle s’entraînait à raison de six fois la semaine mais durant le Ramadan et aussi à cause de ses examens, elle ne s’entraîne que cinq fois par semaine.

Widaad souligne que pour le sehri, elle tient à prendre beaucoup de glucides pour pouvoir tenir le coup durant la journée et pour ses séances d’entraînement. « Je dois aussi boire beaucoup d’eau pour rester hydratée toute une journée. Le plus important, c’est d’avoir au moins 9 heures de sommeil mais durant le Ramadan, cela devient de plus en plus difficile », dit-elle. Pour les JIOI, Widaad ambitionne de ramener le maximum de médailles d’or. « J’essaierai de remporter l’or en simple car c’est la seule médaille qui manque à mon palmarès. Monter sur la plus haute marche du podium devant le public mauricien serait formidable », conclut la pongiste. Soulignons que Widaad Gukhool sera à sa quatrième participation aux JIOI.


Shaheer Ramrakha, badiste : «C’est une habitude»

Shaheer RamrakhaShaheer Ramrakha a été médaillé d’or de badminton en double par équipe avec comme partenaire Christopher Paul aux Jeux des îles de La Réunion en 2015. Il a participé à plusieurs tournois internationaux et a représenté le pays aux championnats d’Afrique en 2010, 2013 et 2014. En 2010, il a participé aux Jeux du Commonwealth. Plusieurs fois champion national, Shaheer prépare les JIOI qui auront lieu au mois de juillet 2019.

Le Ramadan coïncidant cette année avec la préparation en vue des JIOI, concilier le respect de la foi et la pratique d’un sport de haut niveau est extrêmement difficile. Malgré les difficultés, Shaheer parvient à observer le jeûne. Il s’entraîne normalement à raison de 10 sessions par semaine, matin et après-midi.

Le matin, c’est l’entraînement d’endurance et Shaheer ne fait pas les choses à moitié. Il s’entraîne normalement comme tous les autres badistes et il dit ne ressentir aucune fatigue. « C’est une habitude », nous dit-il. Dans l’après-midi à l’heure de l’iftar, il prend quelques minutes de repos pour rompre le jeûne avec 3 dattes et une bouteille d’eau. Après l’entraînement qui se termine à 18h30, Shaheer rentre chez lui pour se préparer pour le namaz taraweeh.

Shaheer, qui  connaît le sport de haut niveau,  affirme que des sportifs internationaux  jeûnent afin de «nettoyer» leur corps et surtout pour éliminer les toxines accumulées. D’anciens  sportifs comme Yannick Noah pratiquent le jeûne pour garder une forme athlétique. Par contre certains sportifs estiment qu’observer le jeûne en période de compétition sportive de haut niveau peut engendrer des risques pour la santé du jeûneur. Shaheer précise que sa performance n’a pas baissé bien  qu’il jeûne et affirme qu’il est prêt pour affronter la compétition.


Shaheer Ramrakha estime être victime d’injustice

Malgré le fait qu’il soit médaillé d’or et qu’il a représenté le pays à plusieurs reprises, Shaheer Ramrakha a été retenu comme réserviste au sein de la sélection. Il est remplacé par le tout jeune Telraj Pultoo dont le père est membre du comité exécutif de l’Association Mauricienne de Badminton (AMB).

Shaheer ne digère pas le fait qu’il été évincé alors qu’il est le partenaire en double dans la sélection et qu’il est un médaillé d’or potentiel. Il a rapporté le cas à l’entraineur étranger  Yogendran Krishan et ce dernier n’a pas de réponse à sa question. Shaheer estime qu’il mérite sa place et qu’il ne restera pas les bras croisés contre cette injustice. Il a écrit une lettre à la fédération de badminton, au ministre de la Jeunesse et des Sports Stephan Toussaint, à l’ombudsperson, au CNOM et à la commission des athlètes. Il attend toujours une réponse. «Je me battrai contre cette injustice car ce sont mes derniers JIOI». Shaheer compte en effet raccrocher après les JIOI pour être auprès de sa famille. «Voilà comment on traite un sportif qui a représenté son pays plusieurs années durant», dit-il avec colère.

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