jeudi , 14 novembre 2019
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Soondress Sawmynaden

Soondress Sawmynaden, recteur : «Les parents ne sont plus des ‘role models’»

Soondress Sawmynaden, président de l’Union des recteurs et vice-recteurs des établissements secondaires publics, est d’avis que les jeunes ne sont pas totalement à blâmer pour leur mauvais comportement. Selon lui, les parents ont un rôle central à jouer dans le développement sain de leur progéniture.

Vous avez animé cette semaine un atelier de travail axé sur la violence et l’indiscipline dans les collèges. La situation est-elle aussi alarmante ?
L’indiscipline dans les écoles a toujours existé mais c’est la gravité des cas enregistrés qui nous a choqués. La façon de faire de certains jeunes, surtout lorsqu’ils sont en groupe dans des lieux publics, n’est pas plaisante à voir. Cela gâche l’image des établissements qu’ils fréquentent. Ce qui nous a aussi le plus interpellé ces derniers temps, c’est l’implication des collégiennes dans les actes de violence. Certaines d’entre elles ont même agressé des policiers. C’est un manque total de respect envers les autorités. Néanmoins, je suis certain que nous pouvons régler ce problème si tous les acteurs travaillent en étroite collaboration. À Maurice, la population est vieillissante et il faut nous assurer que demain ces jeunes deviennent des citoyens responsables qui puissent prendre le pays en main.

À quoi devrons-nous nous attendre de concret après un tel atelier ?
Nous avons essayé de réunir tous les stakesholders car l’éducation ne concerne pas uniquement les enseignants mais aussi un grand nombre d’acteurs tels que des travailleurs sociaux, des officiers de la Brigade des mineurs et des représentants des parents ainsi que des étudiants. Après cet atelier, nous allons préparer et soumettre une série de recommandations au ministère de l’Éducation. Parmi, accorder plus d’autonomie aux chefs d’établissements scolaires car chaque collège a ses propres contraintes et ses propres spécificités. Mais chaque école doit pouvoir dégager sa propre stratégie. C’est pourquoi on estime qu’il faut nous donner la liberté d’agir pour y parvenir. Aussi, cet atelier permettra désormais de créer un networking entre les chefs d’établissements pour partager nos expériences – bonnes ou mauvaises.

Quelle est la tranche d’âge des collégiens dont le comportement est souvent pointé du doigt ?
À bien y regarder, aujourd’hui la violence est même présente dans les écoles primaires. Il y a eu des cas où des enfants du primaire ont frappé leur enseignant. Mais l’âge n’est pas vraiment un facteur déterminant car il existe tout un concours de circonstances qui fait que les jeunes se comportent violemment. Bien souvent, la violence verbale débute sur les réseaux sociaux et est transportée à l’école. Lors de l’atelier, on a été surpris d’apprendre que des jeunes issus des quartiers pauvres ont deux smartphones.

À quoi attribuez-vous un tel comportement ?
Le mode de vie des Mauriciens a grandement évolué et nous comptons aujourd’hui plus de familles nucléaires au sein de la société. Le matérialisme a également pris le dessus sur l’humanisme et les parents, qui ne passent plus beaucoup de temps avec leurs enfants, donnent à ceux-ci toutes sortes de gadgets comme pour se soulager la conscience. Que vous le vouliez ou pas, l’enfant se sent esseulé, voire abandonné. Puis, il existe d’autres problèmes comme la violence conjugale ou des parents qui sont accoutumés à la drogue. Tout cela se reflète dans le comportement des enfants à l’école. Aujourd’hui, les parents ne sont plus des role models mais ils imputeront toujours le mauvais comportement de leurs enfants aux enseignants et à l’école.

L’on pourrait croire que le nom Discipline Masters fait allusion à une personne qui inflige une punition»

Justement, quel devrait être le rôle des parents dans tout cela ?
Les enfants imitent toujours ce que font les parents. Et si les parents ne sont pas eux-mêmes des modèles, les enfants se sentiront perdus. Les parents commencent à faillir à leur tâche, s’ils n’ont pas déjà failli. D’ailleurs, je ne cesserai de dire qu’il n’y a pas de mauvais enfants ou de mauvais élèves mais plutôt de mauvais parents. Par le passé, j’avais évoqué la création d’une école des parents et je pense qu’il est grand temps de concrétiser ce projet avec l’aide de tous les stakeholders.

Pensez-vous que l’institution qu’est l’école ou le collège ne force plus le respect aux yeux de la présente génération estudiantine ?
Vous savez, les seize droits qui protègent les enfants sont à double tranchant dans le sens où d’un côté les parents n’ont pas totalement la liberté pour discipliner leurs enfants comme c’était le cas à l’époque et de l’autre, ces mêmes parents s’appuient sur ces mêmes droits pour défendre leurs enfants lorsque ces derniers se comportent de façon inappropriée. Il faut que tout le monde comprenne que les droits sont là, oui, mais les responsabilités sont beaucoup plus importantes. Il faut qu’il y ait une campagne continue pour sensibiliser les jeunes sur la discipline et la responsabilité.

Êtes-vous d’avis que les jeunes enseignants n’ont pas la formation nécessaire pour faire la gestion de la classe ?
J’aimerais souligner que nous avons évoqué cette question lors de l’atelier cette semaine. Nous allons ainsi faire une recommandation au ministère pour que le Mauritius Institute of Education (MIE) inclut dans son programme d’études pour les enseignants un module sur le counselling. Cela afin qu’ils puissent aider les enfants mais plus important encore, détecter des cas d’enfants à problèmes. Il faut l’admettre, les enseignants n’ont pas la formation adéquate pour faire face aux problèmes qui surgissent à présent.

La ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun Luchoomun a annoncé le recrutement des Discipline Masters dans les écoles primaires et secondaires. Pensez-vous que cela va résoudre le problématique de l’indiscipline ?
C’est certainement une bonne chose mais nous avons soulevé plusieurs points concernant l’appellation de ce poste. L’on pourrait croire que le nom Discipline Masters fait allusion à une personne qui inflige une punition. Kuma dir rotin bazar ! Les enfants à problèmes sont souvent confrontés à des cas de violence au sein de la famille et s’ils perçoivent le Discipline Master comme quelqu’un qui est là uniquement dans le but de les punir, cela va aggraver la situation. C’est pourquoi nous avons proposé à la ministre de changer le nom en Welfare Officer. Ainsi, les enfants vont sentir que cette personne est là pour leur bien-être et non pas pour les punir. Néanmoins, comme le problème des enfants est plus souvent d’ordre émotionnel, nous demandons que chaque école puisse avoir l’apport d’un psychologue à plein temps.

La drogue dans les écoles est un tout autre fléau qui touche de nombreux établissements. En tant que recteur, que préconisez-vous pour y mettre un frein ?
L’avènement de la drogue synthétique est une réelle catastrophe dans les écoles. On note aussi une féminisation de ce fléau. Des adultes peu scrupuleux utilisent aussi des jeunes étudiants comme trafiquants. C’est pour cela que nous demandons à ce qu’un agent de sécurité soit posté à l’entrée de chaque établissement scolaire pour contrôler l’accès in and out. La Brigade des mineurs devrait aussi enquêter en profondeur sur les cas de drogue chez les étudiants.

Sinon, les étudiants abordent le dernier trimestre ce lundi. Comment préparer au mieux cette période décisive ?
La priorité des jeunes doit être leurs études. Le troisième trimestre est la période la plus importante mais les étudiants ont suffisamment de temps pour planifier leurs révisions et aussi se rattraper en cas d’un quelconque retard dans le curriculum. Moi, je conseille toujours aux étudiants de se montrer beaucoup plus appliqués durant cette période et de rester à l’écart des réseaux sociaux.

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