dimanche , 25 juin 2017
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Soondress Sawmynaden, recteur : « Si j’avais été ministre de l’Éducation j’aurais banni les leçons particulières »

Le président de l’Association des recteurs des collèges d’état et aussi recteur du collège Dr Maurice Curé, Soondress Sawmynaden, affirme que toutes les dispositions sont prises pour accueillir le nouveau cycle connu désormais comme Nine-Year Schooling.

  • Les recteurs des collèges d’Etat sont-ils prêts pour accueillir le cycle Nine-Year Schooling ?

– En principe, tous les recteurs sont conscients de la nouvelle réforme qui entrera en vigueur à partir de l’année prochaine. Des dispositions sont prises, au niveau de tous les collèges, pour que l’implémentation se fasse convenablement. Je pense que les recteurs, les enseignants et autre personnel de l’établissement auront également plusieurs sessions de travail avec le ministère de l’Education et les autorités pour qu’ils soient bien informés de l’implémentation. D’ailleurs, le ministère de l’Éducation a pris les dispositions nécessaires pour informer les élèves et leurs parents, à travers des brochures sur la manière dont le Nine-Year Schooling sera implémenté, à partir de 2018. Cela demande aussi beaucoup de préparation au niveau des enseignants. Le National Curriculum Framework, au niveau du primaire, est déjà prêt. Les enseignants du primaire ont déjà été formés et il faut maintenant former les enseignants du secondaire pour combler l’écart entre le primaire et le secondaire.

  • Est-ce que les recteurs ont été suffisamment informés pour aborder ce changement important ?

– Avant de prendre l’engagement d’aller de l’avant avec le Nine-Year Schooling, nous avons eu des sessions de travail au niveau du ministère de l’Education, des zones, entre les recteurs et autres personnes concernées. Cette réforme exige également le recrutement d’enseignants avec des qualifications supplémentaires pour enseigner les nouveaux sujets qui seront introduits, dont le Holistic Development of the Child. C’est une étape à franchir. Nous avons connu le CPE pendant tout ce temps. Cela demande beaucoup de conviction de la part des enseignants ainsi que des administrateurs des écoles. La décision peut être politique mais la phase d’implémentation se fait sur le terrain. Donc, il faut que les enseignants et les administrateurs soient bien convaincus pour que l’implémentation se déroule bien. La réforme a été faite de manière à ce que nous nous penchions également vers le Technical and Vocational Education and Training (TVET), lui donnant encore plus de valeur. Nous aurons des professionnels plus compétents à l’avenir.

  • À ce jour, relevez-vous des manquements ?

– La Nine-Year Continuous Basic Education aurait dû être un programme continu. On n’aurait pas dû avoir les examens du ‘Primary School Achievement Certificate’ (PSAC) mais seulement les examens nationaux en Form III. Les enfants auront un examen après six ans, puis un deuxième après trois ans. Cependant, il faut aussi comprendre qu’un changement radical peut provoquer des difficultés. Nous avons franchi une étape, nous sommes à mi-chemin ; ce qui pourrait nous mener à un avenir que j’avais envisagé.

  • Dans la pratique, comment interviendra ce changement ?

– Premièrement, les admissions ne se feront pas comme on les fait actuellement, au niveau des collèges nationaux et régionaux. Toutes les admissions se feront au niveau régional, selon les choix des parents, des résultats académiques ainsi que la proximité du collège de leur demeure. C’est une bonne chose. Les enfants font beaucoup d’efforts pour obtenir un siège dans un collège national. Puis ils doivent effectuer des longs voyages pénibles pour se rendre à l’école et retourner chez eux dans l’après-midi. C’est éreintant pour ces petits enfants. Alors, je pense que la régionalisation est une bonne chose. Quand ces enfants atteindront la maturité, ils choisiront les académies et là, ils peuvent entamer des longs voyages. Par ailleurs, le Nine-Year Schooling fait provision de bourses régionales. C’est une motivation pour les enfants. Cela dit, la lutte en vue d’obtenir une place dans une académie ne sera pas aussi compétitive.

  • Que diriez-vous à ceux qui pensent que le Nine-Year Schooling est le nivellement par le bas ?

– Les Mauriciens sont toujours ambitieux. Ce n’est pas un nivellement par le bas car la compétition est toujours là, mais ce sera une compétition plus saine. Tous les enfants se sentiront d’un même niveau. Dans le système actuel, les enfants qui se retrouvent dans le prévoc se sentent diminués. Par contre, la réforme prévoit la disparition à terme du prévoc. Je crois que les enfants sont tous du même niveau. La différence vient de la pédagogie utilisée dans chaque collège. Or, la réforme prévoit que tous les enfants auront la même chance de poursuivre leurs études jusqu’à la Form III.

  • Faut-il une filière spéciale pour les élèves très brillants afin de faire éclore des jeunes prodiges ?

– Définitivement. Les étudiants les plus brillants auront toujours l’opportunité à travers les académies spécialisées. Ils pourront intégrer les filières dans lesquelles ils montrent plus d’intérêt. C’est d’ailleurs ce que j’ai affirmé tout le temps. On ne peut forcer tous les enfants à prendre la même direction. Prenons l’exemple des étudiants en prévoc actuellement. Nous sommes en train de retarder leur entrée sur le marché du travail. Ils n’ont pas des compétences additionnelles. Par contre, avec le Nine-Year Schooling, ces enfants se retrouveront avec plus d’opportunités pour choisir leur filière après la Form III.

  • Certains pensent que le Nine-Year Schooling augmentera la pression des leçons particulières interrompues sur les enfants depuis le primaire ?

– Je ne le crois pas. Je pense qu’il faut sensibiliser les parents. Quand un enfant doit prendre part aux examens du CPE, ses parents sont plus stressés que lui. Il faut expliquer aux parents les avantages de la réforme. Dans le système actuel, un enfant qui habite Mahébourg doit sortir de chez lui à 6 heures du matin pour venir à l’école à Rose-Hill. Ensuite, il a des leçons particulières. Au final, il rentre chez lui vers 19 heures. Par contre, ce sera plus convenable quand il sera admis dans une école régionale et donc n’aura pas à voyager autant. Au lieu des leçons particulières, il pourra s’adonner à des activités extrascolaires. Si j’avais été ministre de l’Éducation j’aurais banni les leçons particulières depuis très longtemps. Les enfants ont tendance à mieux respecter les enseignants des leçons particulières que leurs enseignants à l’école. Ce qui mène à l’indiscipline dans les salles de classe.

  • La mixité sera-t-elle une nouvelle source de problème dans le monde estudiantin ?

– Je suis pour la mixité. Encore une fois je déplore ce manquement dans la réforme. Au niveau du Grade 6, il n’est pas question de mixité. Au niveau du Grade 10, la mixité entre en jeu. Mon opinion personnelle, comme celle du syndicat ses recteurs, c’est que la mixité est une meilleure chose. Au moment le plus crucial de leur vie, les jeunes sont séparés. Dans ce cas, certains/es jeunes tentent de partir plus tôt pour aller à la rencontre de leur petit/e ami ou amie. La mixité apportera plus de respect entre les deux sexes. La mixité dans les écoles aidera les filles et les garçons à communiquer entre eux, établissant ainsi le respect.

  • Le ministère de l’Éducation a-t-il pris de nouvelles mesures pour réduire l’indiscipline ?

– Ces mesures n’existent pas sur papier. Mais personnellement, je pense que si les collèges sont mixtes, 50% des problèmes ďindiscipline seront déjà résolus. D’ailleurs quand les étudiants vont prendre des leçons particulières, les classes ne sont-elles pas mixtes ? Là, cela ne pose aucun problème. C’est paradoxal.

  • À quoi attribuez-vous le comportement asocial grandissant des étudiants ?

– Il y a un fossé des générations. Il n’y a pas suffisamment de communication entre les parents et les enfants. Les parents doivent travailler pour joindre les deux bouts et les enfants sont laissés à leur compte. Ce qui fait que l’affection parentale manque aux enfants. Quand ces derniers arrivent à l’école, ils démontrent cette amertume et tentent d’attirer ľattention. Certains savent comment le faire, d’autres non. Ceux qui ne le savent pas font du désordre pou attirer l’attention vers eux.

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