jeudi , 5 décembre 2019
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Sheikh Imran Sumodhee

Sheikh Imran Sumodhee : «Mon premier Eid après 19 ans de prison»

Libéré le 23 septembre 2018 après avoir passé 19 ans et 3 mois (8030 jours) de sa vie derrière les barreaux, Sheikh Imran Sumodhee, entouré de sa famille, a savouré intensément son premier Eid en homme libre.

Le cœur gonflé d’émotion et les yeux embués de larmes, il nous raconte cette fabuleuse journée. « Sa l’accueil et support ki mo fine gagner jour Eid-là li inexplicable», dit-il.  Après avoir accompli le namaz Fajr, il s’est rendu en compagnie de ses deux fils à la mosquée Abu Bakr Siddique, à Vallée-Pitot, pour accomplir le namaz Eid. « Mo ti pe plorer dans masjid.  Mo ti ressenti ène grand émotion ki ti envahir mo le cœur », laisse-t-il entendre. Les images de ces 19 ans de prison défilaient dans son esprit. La tête baissée et les yeux fixant le sol pour ne pas laisser apparaître les sentiments qui l’animaient, il pleurait en silence.

Après le namaz, il a serré ses deux fils dans ses bras de même que son frère aîné  et a versé toutes les larmes de son corps. Les mussalis présents lui ont réservé un accueil très chaleureux. « Banne mussalis ti pe faire la queue pour faire accolade avec moi et mo fine émotionné », dit-il. De retour à la maison, sa mère et les autres membres de la famille l’attendaient sur le seuil de la porte.

« Mo fine serre mo maman fort dans mo les bras et mo fine plorer », ajoute-t-il. Sheikh Imran avait une pensée spéciale pour son père, son épouse et son frère qui ne sont plus de ce monde. « Li ti ène moment de joie et aussi de tristesse parski banne dimoune important dans mo la vie pas ti là sa zour-là. Mo ti pe faire vision mo papa et mo madame ki fine lutter pou nous gagne nou liberté », nous confie-t-il.

Entouré de ses proches

À l’heure du déjeuner, Sheikh Imran et sa famille ont dégusté un succulent briyani. Après quoi, il s’est rendu au cimetière pour se recueillir sur les tombes des êtres qui lui étaeint chers : son père, son frère et son épouse. Toute la journée durant, des parents, des voisins et des amis sont venus lui présenter leurs meilleurs vœux de l’Eid. « Mo fine senti ène la joie après 19 ans et mo garçon et mo belle-fille fine montré moi zotte l’amour et affection pou moi », dit-il encore.

Ses années en prison l’ayant marqué pour la vie, Sheikh Imran tient rigueur au système judiciaire qu’il estime a fait subir une grande injustice à son frère ainsi qu’à lui en les utilisant comme boucs-émissaires pour satisfaire l’opinion publique. Il est d’avis qu’en vérité les familles des victimes n’ont pas obtenu justice et que quatre innocents ont été condamnés alors que les vrais coupables sont toujours dans la nature.

Abordant le mois de Ramadan, Sheikh Imran estime que le mois de jeûne en prison est de loin meilleur en comparaison  à celui qu’il a vécu en tant qu’homme libre.

« Dans prison mo ti ene Amir  et mo ti dirige namaz et malgré difficulté. C’est ene monde détaché avec tentation et matérialiste », fait-il ressortir. Il souligne qu’en prison il avait plus de temps à consacrer aux ibaadats et à faire plaisir au Créateur. « Enfermé entre quatre murs en prison, j’avais plus de temps pour faire la lecture du Coran et faire des du’as avec sincérité», affirme-t-il.

Engagement spirituel

En homme libre, il dit avoir conservé le même engagement spirituel qu’en prison.  « Mo fine faire maximum namaz et taraweeh et mo fine bien touché par imam masjid Abu Bakr Siddique ki lire Quran avec tajweed », poursuit-il.

Pour Sheikh Imran, les retrouvailles  familiales après 20 ans ont été  un moment fort le jour d’Eid. « Mo fine ressenti combien mo banne proche fine manque moi pendant 19 ans et sa la joie-là faire moi blier 19 ans souffrance », explique-t-il.

Sheikh Imran dit avoir une pensée spéciale pour les  frères et sœurs de la communauté musulmane qui sont en prison. ll reconnaît que le Ramadan en prison est difficile pour certains.  « Zotte toujours dans mo du’as et mo pas fine oublier zotte et prend li comme ene faveur car Allah pou récompense zotte pour zotte zeffort », dit-il à leur adresse.


Sheikh Imran : «Mo pas capave oublier Rozina pou ceki li fine faire»

Sheikh Imran remercie tous ceux qui lui ont filé un coup de main afin qu’il puisse reconstruire sa vie après sa libération. Et en particulier les sociétés islamiques et son oncle pour l’aide financière. Il prévoit que dans un mois la boulangerie Citadel sera opérationnelle et les habitants de la région pourront s’approvisionner en pain chaud tous les jours. Il remercie tous les avocats et en particulier Rama Valayden, Sameer Hossenbaccus et son épouse et les autres hommes de loi pour leur soutien. Sheikh Imran remercie aussi la population pour son soutien. Il n’a pas manqué de faire mention du rôle de Rozina, l’épouse de son frère Khaleeloudeen, qui durant ces 19 années a tout fait pour que justice soit rendue. « Mo pas capave oublier Rozina pou ceki li fine faire », dit-il.

Il remercie aussi les officiers de prisons qui ont fait leur travail avec diligence malgré les difficultés. Mais Sheikh Imran dit ressentir une tristesse pour les condamnés musulmans qui sont victimes du système mis en place par Vinod Appadoo, l’actuel Commissaire des prisons. « Sa l’année-là, prisonniers pas fine gagne tam (Ndlr: dattes) et pas gagne droit servi parfum qui ène sunna du prophète Muhammad (pssl). Commissaire prisons fine bafoué droits religieux banne détenus. Zotte fine gagne seulement ene dipain et dithé pou faire sehri », s’insurge-t-il.


Washill Sumodhee : «Le meilleur Eid de ma vie»

Washill n’avait que 9 ans quand son père avait été condamné. Quelques années après, il a perdu sa mère, emportée par la maladie. Washill a grandi entouré de sa grand-mère, sa tante, son oncle et ses cousins. Cette année, le mois de Ramadan a eu une saveur particulière pour lui car chaque jour c’est en compagnie de son père qu’il a rompu le jeûne et veillait à ce qu’il ne manquait de rien le matin pour le sehri. Le soir, père et fils se rendaient ensemble à la mosquée pour le namaz taraweeh. Depuis l’apparition du croissant lunaire, il souffrait de l’absence de sa mère. « Mo fine gagne mo papa, mais mo manque mo maman beaucoup », dit-il avec tristesse.

Le jour de l’Eid-ul-Fitr, Washill a serré son père très fort dans ses bras. « Mo papa ti ploré par émotion et aussi parski kan li retourne lakaz mo maman pas ti présent », raconte-t-il. « À part Allah personne pas pou capave comprend sa souffrance ki mo fine traversé là. Li pas facile pou vive sans mo maman et mo papa ki fine subir ène injustice énorme», ajoute-t-il.

Toutefois, il s’est consolé de la présence de son père qui était une bénédiction, une faveur d’Allah.

« Mo fine passe ène plus joli Eid dans mo la vie avec mo papa et banne proches », laisse-t-il entendre. Washill dit qu’après 19 ans et 3 mois, c’est la première fois qu’il a vécu un Ramadan complet. Il veille sur son père et il a peur que quelque chose de grave ne le prive encore une fois du bonheur d’être à ses côtés.

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