vendredi , 23 août 2019
Accueil / Actualités / Shafiq Nawoor, ex-détenu : «Je prendrai un repos d’un mois avant de reprendre ma vie en main»
Shafiq Nawoor
Shafiq Nawoor, sa maman et son ami.

Shafiq Nawoor, ex-détenu : «Je prendrai un repos d’un mois avant de reprendre ma vie en main»

Après avoir accompli son premier Jummah depuis sa libération à la mosquée Al-Meezan à Port-Louis,  Shafiq Nawoor, 38 ans, nous accueille chaleureusement dans une petite maison sise à la rue China, Port-Louis ce vendredi après-midi.

Il nous indique tout de go que beaucoup de choses ont changé en son absence. À commencer par sa maison.  En fait, lorsqu’il avait été incarcéré 19 ans plus tôt, ses parents étaient propriétaires de leur maison mais ont dû la vendre pour payer les honoraires des avocats. Son père est, depuis, décédé tandis que sa mère souffre de diabète, d’hypertension et de troubles de vue. C’est dans ce nouvel environnement que Shafiq nous parle de son avenir.

Il reconnaît que sa mère, Laida Nawoor, s’est beaucoup sacrifiée pendant sa détention et qu’aujourd’hui sa priorité c’est son bien-être. Son plus grand désir est de l’emmener accomplir le hadj dans deux ans. « Je ne sais pas ce que la vie me réserve mais je n’ai pas perdu confiance en Allah. Je travaillerai très dur pour prendre soin d’elle et réaliser tous ses rêves », nous confie-t-il, ému.

Pour lui, le mariage n’est pas une priorité à présent car le plus important pour lui est de trouver un boulot et espérer que sa vie devienne stable. Toutefois, à cause de son séjour en prison, il a peur que cela lui prendra du temps pour trouver un emploi. Pour s’éclaircir les idées, Shafiq compte prendre un repos d’un mois avant de reprendre sa vie en main et d’entamer des démarches pour trouver un emploi. « Beaucoup de ceux qui sont libérés de la prison y retournent car ils n’arrivent pas à trouver un boulot. Les gens les regardent avec mépris. Il est grand temps que le gouvernement prenne des mesures pour qu’on puisse refaire notre vie », souligne-t-il.

Shafiq nous révèle qu’il n’arrive toujours pas à croire qu’il est finalement libre après toutes ces années de lutte pour faire réduire sa peine. Sa mère raconte que Shafiq ne se tient pas en place et fait des va-et-vient incessants pendant toute la journée. « Il se croit dans un rêve  et ne veut pas que le rêve se brise en mille morceaux »,  dit-elle. Elle  nous confie que Shafiq n’a pas pu fermer l’œil jeudi soir et  qu’il est très difficile pour lui de se réadapter à la vie libre.

Le milieu pénitentiaire hante encore son esprit. Shafiq concède qu’il aura du  mal à effacer tous ces mauvais souvenirs de son esprit. « La vie est très dure  en prison. C’est encore plus dur quand vous savez que vous êtes innocent et que vous payez pour un crime commis par d’autres », déclare Shafiq. Il fait un appel au Premier ministre, Pravind Jugnauth, et aux familles des victimes de considérer d’ouvrir à nouveau ce dossier. « Mon seul dua maintenant est que les vrais coupables soient retracés un jour et nous soyons blanchis. Je ne blâme pas les familles des victimes qui sont fâchées contre nous. Ils le sont parce qu’on leur a fait croire que nous sommes les coupables », avance-t-il. Bien qu’une nouvelle page s’est tournée dans sa vie, retrouver les coupables demeure sa préoccupation majeure.

Que réserve la vie en prison ?

« C’est une vie pénible. » C’est en ces mots qu’il décrit sa détention. « Pendant mon séjour j’ai vu pas mal de jeunes qui se sont suicidés dans leur cellule car ils n’avaient pas le courage de faire face à cette vie. Il faut beaucoup de courage et de Sabr pour en survivre », laisse entendre l’ex-détenu. Il raconte que la vie est  monotone et que chaque jour les prisonniers se contentent de recevoir un pain avec une tasse de thé le matin et deux pains et un peu de curry comme dîner à trois heures sans rien à mettre sous la dent jusqu’au lendemain matin. En plus, ils subissent les insultes et la répression des gardes-chiourmes.

Selon lui, souvent les prisonniers n’ont pas accès aux articles de toilette de qualité nécessaires  à leur santé et leur propreté. « On vous donne une brosse à dent très fragile qui peut se casser en une seule utilisation et le dentifrice est comme de la  chaux qui vous fait tomber les dents, » explique l’ex-détenu. Il est d’avis que l’interdiction de la cigarette dans la prison pourra créer une vive tension parmi les détenus. « Le commissaire prend des avis auprès des conseillers qui ne vivent pas la vie d’un détenu. J’ai vu beaucoup de bagarres en prison pour une cigarette. Une cigarette a plus d’importance que l’argent pour les prisonniers », lance Shafiq Nawoor.

Commentaires

A propos de Ahmad Fakuddeen Jilani

Ceci peut vous intéresser

Pakistan

72e anniversaire d’indépendance du Pakistan : ambiance empreinte de patriotisme

C’est sous une pluie fine que le haut-commissaire du Pakistan, le Dr Syed Rizwan Ahmed, …