vendredi , 23 février 2018
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Sécurité routière

Sécurité routière : ces fous du guidon qui narguent la police

L’agression d’un chauffeur à Gros Cailloux par des motocyclistes, suivant un accident avec un des leurs amis, vient remettre sur le tapis « l’impuissance » de la force policière face aux utilisateurs de deux-roues. Ces derniers font souvent fi des règlements en vigueur et même parfois au vu et au su de nos forces de l’ordre.

Feux de signalisation non respectés, non port du gilet fluorescent, conduite sans permis, motocyclettes hors normes… Les infractions ne manquent pas pour illustrer la désinvolture de certains motocyclistes face aux forces de l’ordre. Pas plus tard que cette semaine, Salmaan T, un habitant de la capitale, a fait le récit d’un incident dont il a été témoin à la rue Jules Koenig à Port-Louis. « Il y avait une quinzaine de motocyclistes, tous visiblement très jeunes, qui prenaient la rue Jules Koenig. Arrivés à hauteur du théâtre de Port Louis, où une équipe de la police était mobilisée, les motocyclistes ont rebroussé chemin, soit à contresens dans cette voie à sens unique, aux yeux ébahis des passants », relate-t-il avec stupéfaction.

Quelques semaines plutôt, Ajay G, qui habite Tranquebar, affirme avoir été témoin du « rallye » que faisaient deux motocyclistes le soir à la rue Frère Félix de Valois. « Ils étaient allongés sur la selle de leur motocyclette, les phares éteints et les plaques d’immatriculation soigneusement dissimulées. Un policier qui s’y trouvait a tenté de les stopper, mais sans succès », dit-il. Le plus étonnant, selon Ajay G, c’est que les deux jeunes ne semblaient pas mesurer la gravité et le danger de leur acte.

Une unité spéciale baptisée le « Traffic Enforcement Squad » et comprenant une quarantaine de motards de la police a été mise sur pied en juillet 2015 sans compter les 26 grosses cylindrées acquises par la police en décembre 2017. « Où sont passés ces 40 motards de la police présentés fièrement à la population il y a maintenant plus de deux ans ? C’est bien d’escorter les personnalités du pays ou des étrangers, mais il faut aussi se soucier des automobilistes », ironise Raffick Bahadoor, président de la Taxi Proprietors’ Union (TPU).

Malgré tout cet arsenal de moyens de dissuasion mis à la disposition de la police, Raffick Bahadoor est d’avis que le manque de respect et de courtoisie se fait réellement sentir sur les routes. « Il vous suffit de klaxonner pour qu’un automobiliste vous fait un doigt d’honneur ou qu’il vous couvre de jurons les uns plus choquants que les autres, s’il ne sort pas une barre de fer de son coffre ! », ajoute Raffick Bahadoor.

Selon le président du TPU, c’est nul autre que le ministre des Utilités Publiques, Nando Bodha, qui doit venir de l’avant avec des initiatives afin de mettre un frein à cette décadence. « Il faut d’abord appliquer les lois déjà en vigueur mais aussi les durcir, allant jusqu’à la suspension des permis si nécessaire car les campagnes d’éducation ne semblent pas porter leurs fruits », conclut-il.

À quand la moto-école ?

Tout en condamnant l’agression subie par le chauffeur du véhicule, Anwar Hisaund, président de la Driving Instructors & Driving School Federation est d’avis que c’est essentiellement un manque de formation qui est la cause du nombre croissant d’accidents impliquant les motocyclettes sur nos routes. Selon lui, la majorité des jeunes motocyclistes n’ont pas eu une formation quelconque avant d’enfourcher une motocyclette. « Il suffit de passer le fameux test ‘oral’ et le tour est joué », déplore-t-il.

Tout en concédant que la police ne peut être partout à la fois pour veiller au grain, Anwar Hisaund estime que la police a néanmoins le devoir d’éduquer, d’informer et de guider un apprenti motocycliste avant qu’il se balade librement sur sa bécane. « Cela fait presque deux ans depuis que nous attendons la création d’une moto école pour justement palier ce manquement (…). En attendant, le nombre de morts sur nos routes ne cesse de s’accroître », fustige-t-il.

Mais bien que les moyens répressifs ne manquent pas, tant au niveau du cadre légal qu’au niveau des accessoires et équipements dont dispose la force policière, le moniteur d’auto école soutient que ce qu’il qualifie de « délinquance » sur les routes n’est pas prête de s’arrêter. « Ces motards de la police doivent sévir et rappeler à l’ordre un automobiliste si nécessaire. Mais, ils doivent aussi en profiter pour sensibiliser les motocyclistes arrêtés pour un contrôle de routine  sur les dangers qui les guettent de par leur façon de se comporter sur les routes », poursuit notre interlocuteur.


Casernes Centrales : Silence radio

Nos multiples tentatives pour avoir la version de la police sur le sujet sont restées vaines.


Accidents des deux-roues en chiffres

Pas moins de 4 520 véhicules ont été impliqués dans des accidents divers en 2016. Un chiffre en progression par 198 comparativement à 2015 où ce nombre se chiffrait à 4 322. Le nombre de deux roues (auto/moto/ véhicules) impliqué dans ces accidents en 2016 était de 1708, soit 37.8% de la totalité des véhicules impliqués. Le nombre de victimes, dont la majorité est âgée entre 25 ans et 34 ans, s’élevait à 1548 en 2016, contre 1544 en 2015. 54 motocyclistes (38.8%) ont perdu la vie en 2015, contre 66 en 2016 (45.8%) dans des accidents.

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