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Pour se rendre au collège : Najiha (11 ans) contrainte de prendre 4 autobus

La grande rentrée scolaire a eu lieu le vendredi 11 janvier 2019. Contrairement à ses petits camarades, Bibi Najiha (11 ans) n’a pas fait ses premiers pas en Grade 7. Raison : elle doit se rendre de Goodlands à Pailles et son état de santé ne lui permet pas de faire un si long trajet par autobus au quotidien.C’est la désolation chez les Toorabally à Goodlands. Le rêve de Sameer Toorabally et de son épouse Amirah s’est envolé. Leur fille, Bibi Najiha (11ans) qui a obtenu 6 crédits aux examens du PSAC, n’a pas obtenu un collège de leur choix dans la région où ils habitent et a été admise au collège d’État de Pailles. Conséquences : la jeune fille doit faire le trajet Goodlands/Pailles par autobus chaque jour. Elle sera contrainte de prendre quatre autobus – le premier à 5h30 – pour arriver à Pailles à 7h45. Idem dans l’après-midi où elle rentrera chez elle à 17h. Ses parents estiment que Najiha va, de ce fait, devoir mettre fin à ses cours de madrassah.

Ce sont ainsi des parents révoltés et consternés par la décision du ministère de l’Éducation que STAR a rencontrés en fin de semaine. « Nous habitons à 300 mètres de la Sharma Jugdambi SSS et ce collège figurait comme premier choix lorsque sa mère avait rempli les formulaires pour l’obtention d’un établissement secondaire », nous dit Sameer Toorabally d’emblée. De son côté, Amirah, le visage défait et les yeux cernés par un manque évident de sommeil, pleure en silence. « Je suis triste de voir ma fille dans cet état. Elle s’est renfermée sur elle-même et refuse d’accepter qu’elle n’a pas obtenu le collège de son choix en dépit de ses bons résultats », laisse-t-elle entendre.

Six unités au PSAC

Sameer Toorabally exerce comme maçon et nous dit avoir consenti à d’énormes sacrifices pour payer les leçons particulières de sa fille afin que cette dernière puisse obtenir de bons résultats et ainsi être admise dans un collège d’État de sa région. « Najiha a toujours été une élève brillante. Elle était aussi tout le temps parmi les meilleures de sa promotion et nous a rendus si fiers. Aux examens du PSAC, elle a obtenu 6 unités : 1 en anglais, 2 en français, 2 en sciences, 1 en histoire/géographie et 3 en mathématiques », fait ressortir le père de Najiha. Selon Amirah, le calvaire de sa fille a commencé le jour où elle a obtenu ses résultats, soit le 12 décembre 2018.

« Ce jour-là, une dame qui travaille à l’école primaire Sharma Khanye m’a fait comprendre que Najiha a obtenu le collège d’État de Pailles. J’ai eu comme un choc et j’ai commencé à pleurer », nous dit Amirah, la voix cassée par l’émotion. Son époux, qui était également présent à l’école, avait cru que sa fille avait échoué à ses examens. « Je me souviens avoir demandé à mon épouse si elle avait inscrit la Pailles SSS sur le formulaire pour l’obtention d’un collège », relate Sameer. Le même jour, Amira se rend au Mauritius Examinations Syndicate (MES), à Réduit, pour une demande de transfert. Mais elle se heurte aux refus des officiers qui lui font comprendre que les cinq collèges d’État choisis par Amirah n’admettent que les élèves ayant obtenu 4 unités.

Amira Toorabally « La ministre de l’Éducation doit comprendre la souffrance d’une mère »

Consternée par la prise de position du ministère de l’Éducation à son égard, Amira Toorabally nous confie qu’elle n’avait d’autre choix que de faire entendre sa voix à la radio. Elle nous explique que la veille des admissions dans les collèges, soit le mercredi 9 janvier 2019, sa fille a pleuré en voyant ses amies partir à l’école. « Face aux journalistes, la ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, a déclaré que les parents de Najiha peuvent se tourner vers un collège privé, à l’instar du Friendship College de Goodlands. Je respecte tous les établissements scolaires du pays mais ma fille a obtenu 6 unités et sa place n’est pas au collège Friendship. La ministre de l’Éducation doit comprendre la souffrance d’une mère », déplore-t-elle.

Amirah Toorabally a également contacté l’Ombudsperson Rita Venkatasawmy et cette dernière a démarré une enquête. Amira est triste de voir sa fille dans cet état. « Nous pas encore donne li so cadeau. Li envie porte uniforme SSS », souligne la mère. Découragée après tant d’efforts, Najiha a laissé entendre qu’elle n’ira à aucun collège si elle n’obtient pas un collège d’État. Son père évoque également la sécurité de sa fille. « Ene zenfant 11 ans bizin change 4 bus gramatin tantôt et li voyage tousel. Ki sanla pou assir so sécurité si arrive li kitchose », nous dit Sameer, visiblement agacé.

Dans un soucis de transparence, il demande au ministère de l’Éducation de publier les résultats, les noms et l’adresse de tous les enfants qui ont été admis dans les collèges d’État dans la région de Goodlands. Pour sa part, Amirah lance un appel au Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui est également un père de famille, d’intervenir en faveur de sa fille pour qu’elle puisse être admise dans un collège d’État à Goodlands.

Certificat médical

Les tribulations de la famille Toorabally se poursuivent depuis l’annonce des résultats du PSAC en décembre dernier. Le 19 décembre 2018, Amirah, accompagnée de son époux et de sa fille, se rend au collège d’État de Pailles pour les besoins d’enregistrement. Elle n’achète cependant pas l’uniforme et ne règle également pas les frais de la PTA. Le même jour, Amirah Toorabally se rend au collège Droopnath Ramphul pour l’exercice de transfert. Elle présente alors un certificat médical délivré par un médecin privé faisant état de problèmes de santé de Najiha qui ne peut se permettre de faire un long trajet par autobus chaque jour.

Croyant que tout est réglé, Amirah attend la lettre de transfert du ministère de l’Éducation. Le 4 janvier 2019, elle tombe des nues en lisant ladite lettre : « We regret to inform you that it has not been possible to accede to your request ». Scandalisée par le contenu de la lettre, Amirah pleure à chaudes larmes en serrant fort dans ses bras la petite Najiha. Mais en véritable mère courage, elle ne baisse pas les bras et se rend au siège du ministère de l’Éducation, à Phoenix.

Là-bas, les officiers lui indique que selon le règlement, il faut remplir un formulaire et « tenter sa chance ». « Un officier m’a révélé que les collèges que j’ai choisis pour ma fille ont admis des élèves qui ont obtenu 5 et 6 unités. Ces élèves résident également à proximité de ces collèges », souligne Amirah. Elle fait comprendre à l’officier qu’elle habite à 300 mètres de la Sharma Jugdambi SSS. « Sa fois-là, li dir moi ki sa colez-là finn upgrade et pé admett zis zenfant avec 4 unités », ajoute-t-elle.

Le parcours de Najiha pour se rendre au collège d’État de Pailles

1: Réveil à 5h du matin.

2: Elle prend l’autobus à 5h30 pour se rendre à Port-Louis.

3: L’autobus arrive à la gare du Nord après 1 heure de route.

4: Elle prend une navette pour se rendre à la gare Victoria.

5: De la gare Victoria, elle prend un autre autobus pour se rendre à Pailles.

6: De Pailles, elle prend un autobus (individuel) pour arriver au collège vers 7h45. Durée du trajet : environ 2 heures et 15 minutes.

7: Même exercice dans l’après-midi pour retourner à Goodlands vers 17h.

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