jeudi , 23 mai 2019
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Samioullah Lauthan

Samioullah Lauthan : «Je ne toucherai pas un sou de ma rémunération comme assesseur de la Commission d’enquête»

L’ancien ministre Samioullah Lauthan nous a fait deux révélations qui ne manqueront pas de surprendre lors de l’interview qu’il nous a bienveillamment  accordée. D’abord, il ne touchera pas un seul sou de la rémunération qui lui revient comme assesseur lors des travaux de la Commission d’enquête sur la drogue. Ensuite, il laisse entendre qu’il existe une nouvelle tendance qui consiste à enlever «Muhammad» du nom des jeunes pour qu’ils aient une place à l’université à l’étranger.

Trois mois après la soumission du rapport de la commission d’enquête sur la drogue, qu’est-ce qui fait encore courir Samioullah Lauthan?
D’abord, je dois remercier la presse, les ONG et le public en général pour leur soutien. Cela a été  un travail sans relâche nuit et jour pendant trois ans pour produire un rapport qui est accepté par la population. Maintenant que le gouvernement a nommé un comité ministériel pour implémenter les mesures préconisées, je prends du recul pour me consacrer à autre chose. Je reprendrai mon bâton de pèlerin pour faire le tour de l’île avec mes compagnons de ces 35 dernières années dans la lutte contre la drogue. Je suis très sollicité à travers l’île pour des campagnes de sensibilisation. Pour répondre à votre question, je dirai que les larmes des mères et épouses des victimes de la drogue me poussent à continuer ma lutte.

Ne croyez-vous pas que les demandes de «Judicial Review» du rapport de la Commission d’enquête sur la drogue faites par les avocats dont les noms sont cités remettent en cause ce rapport?
Pas du tout. Nous vivons dans un État de droit et nous avons affaire à des hommes de loi qui ont leurs droits. Déjà le rapport a le soutien unanime de la population, des médias, des ONG, du gouvernement et de l’opposition dans son ensemble.

À part la drogue, quel autre danger guette nos jeunes?
À travers le monde il y a plus de personnes qui meurent de la consommation d’alcool et de tabac que de la consommation de la drogue. Quand une personne meurt de la cirrhose alcoolique du foie ou d’un cancer du poumon causé par le tabagisme, il meurt dans l’anonymat. Par contre, quand un jeune meurt par overdose il fait les choux gras des journaux. L’alcool fait plus de dégâts que la drogue. Il est urgent de prendre les dispositions pour combattre le fléau de l’alcoolisme qui tue la population à petit feu. Il n’y a pas que les hommes qui consomment de l’alcool car des femmes et des familles entières sont concernées par ce fléau.

Quelques familles musulmanes ont enlevé Mohammad dans le nom de leurs enfants pour avoir accès à des universités à l’étranger.»

Quel est le déclic qui a poussé Samioullah Lauthan s’engager à plein temps dans le travail social?
Dans ma jeunesse, j’ai été témoin de la mort par overdose d’un jeune de 22 ans qui était mon ami. En présence de sa mère j’ai vu mon ami agoniser avant de mourir. Cette scène m’a bouleversé et j’ai levé les mains au ciel pour faire une prière intérieurement. «Mo demande Allah faire sa la lutte là vine la lutte de ma vie». Quand je regarde dans le rétroviseur du passé, il n’y a pas de doute qu’Allah a accepté mon dua.

J’ai été témoin de beaucoup de souffrance, de beaucoup de larmes et de beaucoup de sang. Ce matin (Ndlr: mercredi) j’ai rendu visite aux parents du jeune Ritesh Gobin, 11 ans, égorgé par un voisin et ami de son père. Je suis retourné de chez les parents très bouleversé par le témoignage du papa qui a vu le cadavre de son fils sur un terrain vague.

Quelles sont les qualités et la formation que doivent  posséder un travailleur social?
J’ai été à l’université du trottoir. J’ai côtoyé les enfants des rues après que j’avais lancé l’éducateur des rues en 2008. Sans formation, j’ai été sur le terrain partout à travers l’île – de Plaine Verte à Cité Roche Bois en passant par Terre Rouge, St Croix, Cité Ste Clair, Goodlands, Flacq, Rivière du Rempart, Mahébourg, Surinam, et ailleurs. J’ai assisté à des sessions de formation dispensées par des formateurs mauriciens. Durant 37 ans, j’ai été enseignant dans un collège privé où j’ai eu l’opportunité de rencontrer des centaines de parents.Pour répondre à votre question, je dirai qu’un travailleur social doit posséder la patience, la persévérance, la constance, la fermeté, la conviction, le contrôle de soi, la résilience. Ses efforts doivent être constants et il ne doit jamais baisser les bras, qu’importe la situation. Et le plus important c’est la confiance absolue dans le Créateur.

Quels sont les obstacles rencontrés?
Je dirai l’indifférence, la jalousie, les crocs-en-jambe et les compétitions négatives. Au lieu d’une collaboration solidaire avec humilité, à la place c’est le mensonge et l’hypocrisie. Je n’ai jamais baissé les bras malgré les coups bas pour ne pas trahir mon serment.

Quels sont les nouveaux défis devant nous?
Ces 13 dernières années j’ai observé le phénomène des réseaux sociaux qui est un mal très profond et aussi la montée de la drogue dans le pays. La famille est dépassée et est devenue dysfonctionnelle. Certaines madrassah et certaines musjids sont dépassées et ne remplissent pas leur rôle. Certains dirigeants des musjids sont dépassés et font la sourde oreille devant les phénomènes qui menacent la communauté. Ou pas capave continuer passe majorité ou le temps cause division  et sans réaliser zotte pe mette zotte dans place Allah et pe fini porte jugement. Il y a des grands défis qui guettent la communauté musulmane. Les musulmans du monde entier font face à la radicalisation, à l’extrémisme, au fanatisme et au terrorisme. Je constate que quand il s’agit d’une attaque contre un pays musulman, les grandes puissances parlent de dommages collatéraux. Cette situation agace les musulmans et donne l’occasion à des extrémistes  de faire un lavage de cerveau auprès des jeunes fanatiques pour poser des bombes.

Je n’ai pas envie de revivre les moments sombres de notre histoire comme en 1968. Il faut être vigilants et c’est ça mon défi.

La totalité de mes honoraires de la Commission d’enquête sera versée dans un Trust pour le social.»

À part le combat contre la drogue, qu’est-ce qui vous préoccupe le plus?
(Samioullah Lauthan pousse un grand soupir).  Je vais vous choquer quand vous allez apprendre que j’ai constaté que quelques familles musulmanes ont fait changer les noms de leurs enfants par voie légale. Zotte fine tire le nom Muhammad dans nom zotte zenfant.

Pourquoi?
J’ai appris de la bouche d’un des parents concernés qu’il a été obligé de le faire pour que son fils puisse avoir accès plus facilement dans une université à l’étranger et pour qu’il puisse avoir un visa plus facilement dans certains pays.

C’est très grave et préoccupant. Que font nos hommes religieux et nos dirigeants ? Où sont nos oulémas et muftis? Ont-ils fait une enquête pour en connaître le nombre? C’est dans les journaux chaque jour. Ont-ils sensibilisé les frères et sœurs sur l’importance de porter le nom du prophète Muhammad ? À la naissance de leurs enfants, c’est avec beaucoup d’enthousiasme et de ferveur qu’ils leur ont donné ce nom pour honorer le prophète de l’islam. Zotte pe change nom zotte zenfant pou faire plaisir aux autres et pou bénéficier banne faveurs. C’est ahurissant !

Nous avons constaté que les gens sont attirés vers le monde matérialiste. Ils courent tous derrière l’argent facile. Est -ce votre cas?
Laissez-moi vous dire que durant toute ma vie, j’ai travaillé bénévolement en prenant des risques et au détriment de ma vie familiale. Durant les travaux de la commission d’enquête sur la drogue, j’ai été menacé de mort mais j’ai continué mon combat.

N’empêche que vous allez toucher un joli pactole de plusieurs millions de roupies…
Personne ne connaît Sam Lauthan mieux que lui-même. D’abord, et je le jure devant mon Créateur, à aucun moment je n’ai réclamé la somme dont vous parlez. L’argent n’a jamais été ma motivation car je mène une vie simple dans le chemin d’Allah. Ma motivation n’est pas l’argent mais de faire sécher les larmes de ces parents.

Vous n’avez pas répondu à ma question…
De quel pactole parlez-vous? Les millions dont vous faites allusion n’est pas comparable aux risques et à la rigueur du travail que j’ai effectué. J’ai passé 3 ans à faire des recherches, à préparer le rapport et à vérifier et contrevérifier mes informations.

Eh bien, si voulez le savoir, je ne toucherai pas un sou de la rémunération de la Commission d’enquête. La totalité de mes honoraires sera versée dans un Trust pour le travail social ou pour être utilisé dans le chemin d’Allah (Sawaab -e- jaaria). Avec des amis nous avons déjà commencé à réfléchir aux modalités du Trust et quelle forme sera mon combat. Sachez que cet argent auquel vous faites allusion est le fruit de mon travail. Mais au nom d’Allah j’avais décidé depuis le début que l’argent auquel j’ai droit sera utilisé dans le chemin du Créateur. Je n’ai des comptes à rendre à personne car c’est entre moi et le Créateur.

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