jeudi , 23 mai 2019
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Reza Uteem

Reza Uteem : «Il n’y a pas de koz kozé d’alliance au MMM»

Le président du Mouvement militant mauricien (MMM), Reza Uteem, est catégorique : le parti ira seul aux prochaines élections législatives. Dans l’entretien qui suit, le député du No 2 revient également sur les propositions de réforme électorale avancées par le gouvernement.

Le congrès-anniversaire du MMM, dimanche dernier, avait des allures de campagne électorale. Comme quoi, le parti se prépare déjà pour les élections…
Selon les provisions de notre Constitution, le Parlement va être automatiquement dissous l’année prochaine. Donc, forcément il faut nous préparer pour les prochaines élections qui se tiendront probablement en 2019. Le congrès-anniversaire s’est très bien déroulé et nous avons eu une bonne mobilisation des militants des quatre coins de l’île avec une présence remarquée des jeunes.

Le thème de la campagne du MMM est bâti autour du slogan « Pour un sursaut moral et politique ».  Pourquoi un sursaut moral ?
Un député choisi par le peuple doit incarner certaines valeurs. Il doit servir d’exemple. Être un « role model ». Or, qu’a-t-on vu ces dernières années ? Des députés et des ministres, qui occupent des postes de responsabilité et non des moindres, sont impliqués dans toutes sortes de scandales et d’agissements répréhensibles, voire illégaux. On a vu la démission de plusieurs ministres parce qu’ils avaient des démêlés avec la justice, tantôt dans des cas de corruption tantôt dans des allégations de blanchiment d’argent mais aussi dans certains cas, à cause de leur proximité avec des trafiquants de drogue. Un autre député, qui au lieu de participer aux travaux parlementaires, souillait le Temple de la démocratie que représente le Parlement en envoyant des SMS indécents. Aujourd’hui, on parle de plus en plus de « Money politics ».

Notre message à la nation c’est que tous les politiciens ne sont pas les mêmes. On a au sein du Parlement et en dehors des politiciens intègres, propres et compétents. Et il est grand temps de rendre à la politique ses lettres de noblesse. D’où notre appel à un sursaut moral.

L’assemblée des délégués du MMM a décidé depuis quelque temps déjà que le parti se présentera seul aux prochaines élections législatives.»

À un an de la tenue des élections générales, maintenez-vous que le MMM se présentera seul  à ces élections?
L’assemblée des délégués qui est l’instance suprême du MMM a décidé depuis quelque temps déjà que le parti se présentera seul aux prochaines élections législatives. Et franchement, qui voudrait s’associer avec un Parti Travailliste dont le leader passe le plus clair de son temps devant les tribunaux pour des délits très sérieux ? Quant au MSM, le parti s’écroule sous le poids des scandales et de l’incompétence et son avenir est suspendu à la décision des Law Lords britanniques qui entendront l’affaire MedPoint en janvier de l’année prochaine devant le Privy Council.

Donc, les « koz kozé » d’alliance » ne sont pas d’actualité…
Non ! Il n’y a pas de « koz kozé d’alliance » au MMM.

Je suis d’avis que l’Electoral Boundaries Commission est composée de personnes intègres et très compétentes.»

Pourquoi assiste-t-on à une vague de démissions dans les instances régionales du MMM ces derniers temps ?
Je pense que tout cela est derrière nous. On a renouvelé nos instances, le comité central et le bureau politique. Forcément, il y a eu certaines personnes qui ont été déçues de ne pas faire partie de l’exécutif du parti mais d’une manière générale et comme l’a d’ailleurs prouvé le congrès-anniversaire dimanche dernier, on a retrouvé une équipe unie et soudée du MMM résolument tournée vers l’avenir.

Paul Bérenger a déclaré que le parti ne votera pas pour le projet de réforme électorale présenté en fin de semaine dernière. Qu’est-ce qui pousse le MMM à adopter une telle posture ?
Le gouvernement a réussi l’exploit de faire l’unanimité contre lui concernant ce projet de réforme électorale. Et je suis de ceux qui pensent sincèrement que le gouvernement n’a pas la volonté politique d’apporter quelque changement à notre système électoral actuel.

Quelle est votre opinion personnelle sur l’abolition du Best Loser System ?
Ce que le gouvernement a proposé est insultant et blessant à l’égard de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont bénéficié du Best Loser System (BLS). Ce gouvernement n’a fait aucun effort pour remplacer le BLS par un système qui sera acceptable par toutes les composantes de notre nation arc-en-ciel.

Malheureusement, pour le gouvernement notre secteur Offshore est loin d’être une priorité.»

Xavier-Luc Duval et Rama Sithanen ont déposé, cette semaine, devant l’Electoral Boundaries Commission. Partagez-vous l’opinion qu’il faut un redécoupage électoral ?
La constitution qui est notre loi suprême donne la responsabilité à l’Electoral Boundaries Commission, qui est un organisme apolitique et indépendant, de préparer un rapport chaque dix ans concernant la délimitation des circonscriptions. Il est très dommage que Navin Ramgoolam avait choisi en 2009 de ne pas présenter le rapport de cette commission devant l’Assemblée nationale. Je suis d’avis que l’Electoral Boundaries Commission est composée de personnes intègres et très compétentes. Et je n’ai aucun doute qu’elles vont, dans leur rapport, faire des suggestions que j’espère avoir l’occasion – en tant que député – d’en débattre au Parlement.

Sinon, les agissements de certains avocats parlementaires ces derniers temps ne font honneur à la profession, n’est-ce pas ?
En tant qu’avocat, je trouve vraiment regrettable qu’aujourd’hui cette noble profession est entachée par des agissements de certaines brebis galeuses. Il y a plusieurs enquêtes en cours du Bar Council contre plusieurs avocats. Je laisse le soin au Conseil de l’ordre des avocats d’assumer leurs responsabilités et j’espère que l’Attorney General ne se laissera pas influencer par des considérations bassement politiques lorsqu’il s’agira de référer des cas d’indiscipline des avocats politiciens et des avocats parlementaires devant la Cour suprême.

En dehors de la politique, quel est le bilan de santé de notre secteur financier ?
En tant qu’opérateur de ce secteur, je partage la grande inquiétude des autres opérateurs du secteur financier. Depuis que ce gouvernement est en place, notre secteur financier connaît revers sur revers. D’abord, il y a eu les amendements au traité de double-imposition avec l’Inde qui étaient largement au détriment de notre secteur Offshore. Puis, il y a eu toute la mauvaise gestion des cas BAI, Alvaro Sobrinho et Quantum Global. Tout cela n’a fait que mettre en exergue l’ingérence politique dans la réglementation du secteur financier qui aurait dû être gérée d’une manière indépendante par la Financial Services Commission (FSC).

Aujourd’hui, avec le rapport de l’Eastern and Southern Africa Anti-Money Laundering Group (ESAAMLG), plusieurs manquements graves ont été relevés par rapport au blanchiment d’argent. Le dernier clou dans le cercueil est venu avec les amendements apportés lors du récent Finance Bill qui élimine plusieurs avantages fiscaux donc bénéficiaient les sociétés du Global Business. Malheureusement, pour le gouvernement notre secteur Offshore est loin d’être une priorité. Pourtant c’est un secteur qui emploie beaucoup de jeunes gradués et qui contribue au développement de notre pays.

Les observateurs prédisent que Maurice pourrait faire face à des « incertitudes » dans le secteur offshore. Avons-nous les moyens d’y faire face ?
Oui, mais faut-il aussi avoir les compétences voulues et la volonté politique de sauvegarder et promouvoir ce secteur. On a des gens qui sont qualifiés et qui travaillent très dur pendant des longues heures au quotidien dans ce secteur et on a déjà un bon encadrement légal. Il faut tout simplement que le gouvernement joue son rôle de facilitateur et qu’il soit pour une fois à l’écoute des opérateurs du secteur.

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