dimanche , 22 septembre 2019
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Shah Ibn Ali Tarsoo

Retraité à l’âge de 80 ans : Shah Ibn Ali Tarsoo, le doyen des arpenteurs jurés

Respirant la santé et toujours de bonne humeur, Shah Ibn Ali Tarsoo, à 80 ans bien sonnés, poursuit allègrement son petit bonhomme de chemin.

Surnommé «Bhaiji», Ali Tarsoo affirme être plus heureux aujourd’hui qu’il ne l’était à 40 ans. « Je suis plus en forme aujourd’hui », dit-il dans un éclat de rire dont lui seul a le secret.

La veille de sa retraite, nous l’avons rencontré pour qu’il nous parle de sa longue carrière professionnelle. Il a passé en effet 40 ans dans le secteur public et 20 ans dans le privé.

Né le 27 août 1939 à Camp Diable, il est issu d’une fratrie de 3 enfants. Il a grandi au sein d’une famille pour qui l’éducation était au cœur de toutes les préoccupations. Il fréquenta la Church of England Aided School jusqu’à la sixième et ensuite l’école St Enfant-Jésus pour la petite bourse. « À cette époque le gouvernement n’octroyait que 20 bourses. J’ai été reçu à l’examen d’entrée au collège Royal de Cure-pipe et j’ai réussi aux examens du HSC avec des notes très élevées », dit-il.

Son père, commis dans la fonction publique, avait de grandes ambitions pour ses deux fils. Il voulait que le premier obtienne un diplôme et que le second devienne médecin. Son rêve s’est réalisé car l’aîné, Ali Tarsoo, a décroché son diplôme de «Surveyor» et son frère, Mohamud Fazil Tarsoo, est gynécologue.

La famille quitte alors Camp Diable pour s’installer dans les hautes Plaines Wilhems.

Le 5 décembre 1959 à l’âge de 20 ans, il débute sa carrière comme commis au ministère de l’Éducation avec un salaire de Rs 229 .00. Au mois de septembre 1963, il postule pour une bourse de l’US/AID. Lors de l’entretien il demanda à faire des études en architecture mais à cette époque on lui proposa d’opter pour un diplôme en géométrie. Il quitta le pays pour le Kenya et s’inscrivit à l’université de Nairobi pour entamer des études d’une durée de 5 ans .

En 1967, il rentre à Maurice avec son diplôme en poche et intègre le ministère du Logement et des Terres. Ali Tarsoo se souvient qu’à cette époque il ne touchait qu’un salaire infime alors que son diplôme de géomètre n’était pas reconnu. C’est après huit ans et demi que son diplôme fut reconnu et son salaire fut aligné sur celui des diplômés.

Dans la fonction publique, il gravit les échelons et beaucoup de projets du gouvernement de l’époque portent son empreinte. Il se souvient du projet de la cartographie de Maurice connu comme «Primary levelling of mauritius» et aussi celui de «Triangulation of Mauritius» entre autres. Il s’est aussi envolé pour St Brandon et Agaléga dans des conditions difficiles. À cette époque il n’y avait pas d’électricité et il fallait apporter des batteries pour s’éclairer à la lueur d’une torche électrique. « J’ai travaillé avec honnêteté et j’ai fait beaucoup de sacrifices comme un patriote qui avait à cœur l’intérêt du développement de son pays. La fin du mois kan mo prend mo chèque mo la main pas ti trembler », nous dit-il avec un sourire.

En 1999, il termine sa carrière dans la fonction publique comme «Chief Surveyor».

Ayant pris sa retraite après 40 ans de bons et loyaux services, Ali Tarsoo n’est cependant pas homme à rester les bras croisés. Au mois d’août 1999, l’ex-ministre des Infrastructures publiques, Clarel Malherbes ,prend contact avec lui pour qu’il donne un coup de main pour le tracé du projet de métro léger. Durant six mois il a travaillé sans réclamer un sou. Le dossier est cependant resté dans un tiroir quelque part.

Au mois de décembre 1999, Thierry Rey fait appel à ses services pour rejoindre la compagnie Espral afin qu’il s’occupe des permis des terrains appartenant à la famille Espitalier Noël. Fort de son expérience et de ses contacts au niveau des ministères, il avait la responsabilité à faire un suivi des projets et rédiger les correspondances. En 2012, Espral intègre le groupe ENL au Vivea Park à Saint Pierre dans l’ancienne usine sucrière de Mont Désert Alma. Au sein d’ENL Property, Ali Tarsoo avait la responsabilité de faire un suivi des dossiers et des projets du groupe.

Après 20 ans chez ENL, Ali Tarsoo tire sa révérence. Il espère avoir apporté sa contribution et son bloc à l’édifice. Ali Tarsoo a le regard perdu quand nous lui demandons si le travail ne va pas lui manquer. « Vous savez j’ai accompli une mission et toute bonne chose a une fin. Je ne regrette rien. J’ai mené une vie bien simple comme un vrai pratiquant », dit-il. Il essuie une larme et nous dit: « Oui, le travail va me manquer surtout les collègues car pour moi le travail était une activité saine. Pour certaines personnes la retraite entraîne la peur de vide. Mais moi je trouverai d’autres activités pour meubler mon temps », ajoute-t-il.

Par ailleurs, Ali Tarsoo reconnaît que le métier de géomètre a chan-gé. « De nos jours les jeunes qui ont appris ce métier ont plus de facilités technologiques qu’auparavant  », estime-t-il.

Auparavant se souvient- il, il fallait grimper les montagnes avec des équipements très lourds sur les épaules. Par contre les jeunes d’aujourd’hui utilisent les drones et un GPS avec vue satellite. « Ils sont bien plus rémunérés en termes d’argent et ont toutes les facilités. Je me souviens d’une visite à St Brandon où il fallait transporter une batterie de 12 volts pour mesurer la distance », raconte-t-il.

Ali Tarsoo remercie le Créateur qui lui a donné le courage de travailler à son âge.

Il n’a pas de mots pour remercier Thierry Rey qu’il qualifie « d’homme vraiment formidable ». « C’est un vrai humain qui comprend la souf-france des autres. C’est un homme d’une grande bonté qui fait preuve de bienveillance envers autrui », dit-il.

Ali Tarsoo remercie aussi Hector Espitalier Noël. « C’est quelqu’un qui est sensible aux malheurs d’autrui. Il a bon caractère et est pétri de va-leurs qui sont favorables à l’épanouissement de l’homme  », dit-il encore. Aussi il reconnaît avoir eu le soutien de tous les collègues qu’il a côtoyés et qui vont lui manquer.

Ali Tarsoo a accompli le hadj à deux reprises. Il est père de 2 fils et grand-père de 6 petits-enfants et arrière-grand-père de 3 petits-enfants.

Le foot à 80 ans pour garder la forme

Ali Tarsoo, malgré ses 80 ans, pratique le football tous les jours au Gymkhana Club de Vacoas. Qu’il pleuve ou qu’il vente, il est présent sur le terrain à courir derrière le ballon. Ali Tarsoo garde toujours ses équipements dans le coffre de sa voiture. Même pendant le Ramadan il ne manque pas de se dégourdir les jambes même si c’est pour une quinzaine de minutes de course sur le terrain. « Je n’ai pas de problème de santé et le sport m’aide à me maintenir en forme. Je ne fume pas et ne boit pas de bois-sons alcoolisées », laisse-t-il entendre.

Il précise qu’il va continuer à courir derrière le ballon jusqu’à ce qu’il ressent que c’est l’heure de ranger les crampons.

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