mardi , 21 mai 2019
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Repêchage des candidats battus : faut-il accorder ce pouvoir aux chefs des partis ?

Le projet de loi sur la réforme électorale va apporter d’importants changements au système électoral actuel. Le Best Loser System (BLS) est appelé à disparaître et il sera remplacé par une formule de sièges additionnels. Ce sont les leaders des partis politiques qui auront pour tâche de repêcher les candidats battus. Un exercice qui ne devrait plus relever de la responsabilité de la Commission électorale. Est-ce judicieux de donner aux chefs des partis ce pouvoir ? Nos parlementaires se penchent sur la question.

Salim Abbas Mamode : « C’est l’électorat qui doit décider »

« Pas question d’abolir le Best Loser System ». Salim Abbas Mamode se dit totalement contre la proposition du gouvernement d’apporter des changements à notre système électoral notamment avec le remplacement du Best Loser System et le repêchage des candidats par les chefs des partis politiques. « Cela est en droite ligne avec ce que réclame les Nations unies eu égard aux statistiques ethniques. Cela n’a rien de communal », souligne le député du PMSD.

Selon lui, ce n’est pas le rôle des leaders des partis politiques de décider quel candidat repêcher. « C’est l’électorat qui doit décider. La population doit avoir le dernier mot. Le système actuel (Ndlr : Best Loser System) assure une certaine sécurité aux minorités pour que celles-ci puissent être représentées à l’Assemblée nationale. On ne peut substituer le pouvoir de tout l’électorat à une seule personne », poursuit-il. Néanmoins, Salim Abbas Mamode fait ressortir que certains partis politiques ont de bons leaders. « Mé nou pa kone dimé ki kapav arrivé », concède-t-il. Pour lui, le plus important, c’est de « sécuriser la population » pour le bon fonctionnement du pays et du Parlement.

Shakeel Mohamed : «Une telle pratique encouragerait la culture de Yes Men»

« Une insulte à la démocratie. Une telle pratique encouragerait la culture de Yes Men ». Le député du PTr, Shakeel Mohamed, s’élève contre les nouveaux changements que compte apporter le gouvernement en vue de remplacer le Best Loser System. « La raison pour laquelle le Best Loser System avait été créé, c’est pour rassurer les minorités de l’île Maurice afin qu’elles ne soient pas victime de discrimination à outrance que ce soit dans le domaine du travail, de l’éducation ou autres. 50 ans après, les choses ont évolué mais ce système n’a pas été en mesure d’éliminer la discrimination communale et castéiste car nos institutions ne sont pas assez fortes », avance-t-il.

Shakeel Mohamed se dit également sceptique de la façon dont compte procéder les leaders des partis pour faire le repêchage des candidats. « Dans quel ordre de priorité est-ce que ce repêchage va-t-il être fait ? Est-ce au bon vouloir des chefs des partis ? Donner un tel pouvoir aux leaders n’est pas démocratique », fait-il ressortir. Il ajoute qu’une telle pratique va créer une nouvelle culture de politiciens. « Ils n’agiront que pour faire plaisir au chef du parti afin de consolider leur position. On encouragerait une culture de Yes Men. C’est ridicule car il n’y a pas eu une réflexion  approfondie sur la question », déplore le député rouge.

Reza Uteem : «Pourquoi fait-on allusion à la dictature ?»

Le président du MMM, Reza Uteem, ne partage pas l’avis des autres politiciens qui sous-entendent que le système de repêchage des candidats est synonyme de dictature des chefs de partis. Il avance que dans le passé, le MMM et le PTr avaient déjà proposé une formule semblable et se dit « choqué » qu’à présent, des membres du PTr viennent critiquer un tel système. « Pourquoi fait-on allusion à la dictature ? N’est-ce pas le chef du parti qui décide de la candidature de ses membres pour les élections générales ? Désormais, il devrait faire le repêchage des candidats vu que le Best Loser System est appelé à disparaître », souligne-t-il.

Néanmoins, le député mauve soutient que selon la nouvelle formule proposée par le gouvernement, il serait difficile de savoir si toutes les communautés seront représentées à l’Assemblée nationale. « Outre la première liste de représentation proportionnelle, il y aura une deuxième liste. Mais, nous n’en connaîtrons pas le résultat. Donc, saurions-nous si toutes les communautés seront représentées ? » demande-t-il. Par ailleurs, Reza Uteem estime que le système de représentation proportionnelle pourrait influencer le scrutin. « L’idéal, c’est d’avoir une réforme électorale qui prend en compte la représentativité de toutes les communautés », dit-il.

Kalyan Tarolah : «Cela relève de la prérogative du leader»

Le député de la majorité gouvernementale, Kalyan Tarolah, ne se prononce ni pour ni contre la proposition de permettre aux chefs des partis politiques de faire le repêchage des candidats. « Est-ce une bonne chose que de donner aux leaders tant de pouvoir ? Oui. Car, ceux-ci usent de leur prérogative pour décider de la candidature des membres aux élections générales. Donc, c’est la même prérogative qui va leur permettre de repêcher les candidats battus », avance-t-il.

Néanmoins, Kalyan Tarolah estime que dans un autre contexte, il faut laisser le choix à l’électorat de décider. « Si le leader a un tel pouvoir, le choix échappe alors des mains de l’électorat », dit-il. Selon lui, la réforme électorale proposée par le gouvernement n’est pas anti-démocratique. « Comme l’a fait comprendre le ministre Nando Bodha, il faut venir de l’avant avec un système qui n’est pas basé sur des critères ethniques. Mais même si le Best Loser System est appelé à disparaître, toutes les communautés seront représentées au Parlement », estime l’élu de la circonscription No 10.

Osman Mohamed : «Ce n’est peut-être pas une bonne chose»

Le député du PTr, Osman Mohamed, nous livre son opinion personnelle sur la question du repêchage des candidats par les chefs de partis. Selon lui, pour un pays comme Maurice, l’harmonie sociale et l’entente entre toutes les communautés revêtent une importance primordiale car elles concernent l’unité nationale. « La représentation équitable est donc essentielle. La réforme électorale est très complexe et elle nécessite une réflexion approfondie. Il en va de même pour le redécoupage électoral en raison de l’affinité des composantes au fil du temps. Vous ne pouvez pas changer cela du jour au lendemain », soutient-il.

Selon Osman Mohamed, toute la question autour de la réforme électorale nécessite un débat et « ne devrait pas être faite de manière désordonnée ». « Maintenant, à propos de la proposition d’avoir les leaders des partis politiques pour repêcher les candidats battus, il est bon de faire ressortir que les dirigeants politiques ont déjà la prérogative de choisir des candidats pour les élections générales. Leur donner la possibilité de choisir les ‘Best Losers’ ne serait peut-être pas une bonne chose », soutient le député rouge.

Dans un même ordre d’idées, Osman Mohamed avance que les ‘Best Losers’, une fois repêchés, peuvent devenir ministres, PPS et jouer un rôle important dans la gestion des affaires du pays. « À cet égard, j’estime que le pourcentage de votes parmi les ‘Best Losers’ reste le critère le plus approprié pour choisir les candidats battus, plutôt que de laisser la possibilité aux chefs des partis de choisir quelqu’un deux fois, c’est-à-dire candidat et ‘Best Loser’ », conclut-il.

Danielle Selvon : «Les Mauriciens ne font pas confiance aux chefs des partis»

Danielle Selvon, députée démissionnaire du MMM, estime que les Mauriciens ont fait confiance à la Commission électorale depuis plus de 50 ans. « Ils ne font pas confiance aux chefs des partis.

Le calcul de la Commission est un pur exercice mathématique fait indépendamment des opinions partisanes des politiciens », soutient-elle.  Elle avance que l’idée d’un système de correctifs électoraux a germé du fait que « les Musulmans furent grossièrement sous-représentés après les deux premières élections générales de 1948 », où pas un seul musulman ne fut élu, et ensuite celles de 1953 qui provoquèrent la création du Comité d’Action Musulman (CAM), qui, comme d’autres partis représentant d’autres minorités, s’allia au PMSD pour aider à défendre les minorités en faveur d’une représentation parlementaire juste et équitable.

« Cela mena au système de Best Loser en 1967, lequel a été utilisé jusqu’en 2014. Avant, c’était le gouverneur britannique qui procédait aux nominations correctives post-électorales. Le BLS a remplacé le gouverneur par la Commission électorale qui fait rigoureusement les mathématiques correctives post-électorales indépendamment des considérations partisanes des chefs politiques », ajoute la députée de la circonscription No 1. Danielle Selvon est d’avis que c’est un travail indépendant qu’il faut laisser à la Commission électorale d’effectuer sur la base uniquement des mathématiques électorales.

Kavi Ramano : «C’est une aberration et  c’est anti-démocratique»

S’il est conscient que notre système électoral doit être amélioré, le député indépendant, Kavi Ramano, n’est pas entièrement d’accord avec les propositions formulées par le gouvernement. « Il ne faut pas considérer ce dossier en isolation. L’idée principale derrière la réforme électorale c’est que le système de First Past The Post (FPTP) a des lacunes. Le parti majoritaire obtient le plus grand nombre de sièges alors que le perdant, bien qu’il ait un fort pourcentage, obtient moins de sièges. Le gouvernement propose donc un nouveau système qui comprend le FPTP, une dose de proportionnelle et ensuite le repêchage des candidats. Mais tout cela est disproportionné », souligne-t-il.

Selon Kavi Ramano, le repêchage des candidats par les leaders des partis « est tout bonnement une aberration. » « Va-t-on substituer le rôle de la Commission électorale au bon vouloir des leaders politiques ? Si c’est cela l’idée de Nando Bodha pour éliminer un système basé sur des critères ethniques, alors pourquoi retirer l’Electoral Supervisory Commission de l’équation ? Que va-t-il se passer dans l’éventualité où le leader d’un parti n’est pas élu ? Est-ce un leader déchu par l’électorat qui décidera qui va représenter ce même électorat à l’Assemblée nationale. C’est une farce de la démocratie ? » s’insurge le député de la circonscription No 18.


Réforme électorale

Le PMSD en faveur d’un redécoupage électoral

Le leader de l’opposition et du PMSD, Xavier-Luc Duval, s’interroge sur les raisons pour lesquelles certaines circonscriptions comptent moins d’électeurs que d’autres et a ainsi émis le souhait qu’une révision de la délimitation des circonscriptions vienne corriger cette anomalie.

« Prenons l’exemple du nombre d’électeurs par circonscription. Dans la circonscription no. 2 [Port-Louis Sud/Port-Louis Centre] et au no 3 [Port-Louis Maritime/Port-Louis Est], il y a 23 959 et 21 530 d’électeurs respectivement. Or dans la circonscription no 5, il y a 63 537 électeurs. Comment se fait-il ? Idem au no. 14 [Savanne/Rivière-Noire] qui compte 62 183 d’électeurs alors qu’au no. 13 [Rivière-des-Anguilles/Souillac], il n’y a que 34 751. La circonscription no 14 pénètre même dans la circonscription no 18. Je demande aux grands experts de venir m’expliquer. Mwa mo ene kouyon. Pourquoi le Best Loser System ne marchera pas ? Zot ine badine avec bane circonscriptions-là », lance-t-il.

Le leader du PMSD n’a nulle intention de laisser les choses en leur état actuel et a annoncé à la conférence de presse de son parti hier, samedi 15 septembre, à Astor Court que les membres de son parti iront déposer devant l’Electoral Boundaries Commission pour réclamer un redécoupage électoral.

« Il y a trop d’hypocrisie que nous devons dénoncer », dit-il avant d’ajouter que « la source du problème » dans le système actuel demeure la « délimitation des circonscriptions. » « J’espère que tous les partis politiques et les grands experts iront eux aussi déposer. »

Au sujet des rumeurs circulant actuellement sur la réforme électorale, il a fait ressortir qu’il n’y a ni White Paper ni document officiel à ce sujet. Revenant à la charge sur le recensement qu’il appelle de ses vœux il a dénoncé une autre « grande hypocrisie. » « Le recensement est toujours présent. Sur 193 pays aux Nations-Unies, 140 font toujours le recensement dont l’Inde, la Grande-Bretagne, Les Seychelles, entre autres. »

Bérenger fustige la volte-face de Ramgoolam

La conférence de presse du Mouvement militant mauricien (MMM) hier samedi à l’Hôtel Hennessy Park, Ebène, a été largement consacrée à la réforme électorale.   D’emblée, le leader de ce parti,  Paul Bérenger, a exprimé son exaspération à l’égard de  Navin Ramgoolam qui selon lui a fait volte-face sur la question. Paul Berenger, a qualifié cette attitude de « purement démagogique et cheap ».

Selon lui, en 2014, le MMM et le Parti travailliste étaient tombés d’accord pour remplacer le « Best Loser System » par six députés élus par les leaders politiques eux-mêmes sur la base d’une liste préétablie à cet effet. Il a indiqué aussi que le texte de loi, comprenant cet élément, était d’ailleurs déjà prêt. « Ramgoolam était d’accord. Aujourd’hui, il est contre. Venir dire aujourd’hui que ce serait donner trop de pouvoirs aux leaders de parti est cheap. C’est bien démagogique », a-t-il martelé. Le leader du MMM estime que le gouvernement n’atteindra pas les ¾ nécessaires au Parlement pour faire adopter le projet de loi en dépit du fait que le MMM votera en faveur  « under protest ». Il est d’avis que le gouvernement a mal géré le dossier.

Tout en donnant l’assurance que les députés du MMM voteront « d’une même voix », son estimation des intentions de votes lui fait dire que même si l’ensemble des élus de la majorité et ceux du MMM votent en faveur du projet de loi, il manquera encore une voix pour atteindre les 52 votes nécessaires. D’où son pessimisme. Selon lui vu que quelques élus de la majorité ne soutiendront pas le texte de loi, cela compliquera encore plus la situation. « Je pense que malheureusement nous irons aux prochaines élections avec le même système qu’en 2014 », a-t-il souligné.

Par ailleurs, il a déclaré que le gouvernement compte venir de l’avant avec une proposition de 63 élus (dont trois pour Rodrigues au lieu de deux actuellement), par le système « first past the post », douze élus via la proportionnelle, et six ou sept élus par les leaders politiques dans le souci d’un rééquilibrage ethnique. Ces derniers pourront être repêchés soit parmi les meilleurs perdants ou parmi ceux qui sont sur la liste pour la proportionnelle. Il a rapelé que cette proposition est quasi-similaire à la formule sur laquelle le PTr et le MMM étaient tombés d’accord en 2014.

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