mardi , 23 juillet 2019
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Réfugiés syriens en France : le froid hivernal, nouveau calvaire des migrants

Depuis le 29 octobre, le mercure de cesse de descendre atteignant des températures allant jusqu’à 6 degrés le matin sur la région parisienne. Un hiver infernal attend les milliers de migrants refugiés dans les rues sombres de la capitale. Mais qu’attendent-ils vraiment de la France ?

Une vague de froid s’abat actuellement sur la France et ce n’est que le début. Pourtant on y trouve des familles syriennes au bord de la route près des feux de signalisation qui continuent de mendier. Leurs seuls moyens de communication, un morceau de carton sur lequel est mentionné au feutre noir « Famille syrienne » ou encore un passeport syrien brandi devant les fenêtres closes des voitures. On peut voir des enfants âgés à peine de 9 ans essayant tant bien que mal de négocier une pièce ou encore une mère de famille tenant son enfant de quelques mois dans ses bras.

Une question se pose sur toutes les lèvres des musulmans de France. Qu’attendent-ils réellement de la France ? Nous avons enquêté durant plusieurs mois afin d’obtenir la réponse. Il est très difficile de s’approcher des Syriens pour communiquer à moins que vous ne soyez un des leurs. La plupart ont peur des policiers et encore plus des journalistes. Ils n’aiment pas parler aux inconnus et encore moins exprimer leur ressenti par peur de représailles ou d’être piégés.

Mohamad Khouja Ossama : «Difficile de vivre avec très peu d’argent en poche»

Mohamad vient d’Alep en Syrie et habite actuellement Créteil. Arrivé en mars 2015, il loge dans un modeste appartement avec sa femme et ses 3 enfants âgés de 13 à 20 ans. C’est par l’intermédiaire du Dr Kamal que nous avons recueilli ses propos. Mohamad explique que depuis son arrivée en France, il a connu de nombreuses difficultés. «  J’avais beaucoup de mal à comprendre le français. Puis nous avons eu des difficultés de logement et enfin nous ne trouvions pas de travail car nos diplômes ne sont pas reconnus en France. Mon plus gros souci a été l’intégration dans la société française car les coutumes et traditions ainsi que le mode de vie sont totalement différents, » explique-t-il. De plus, Mohamad a une fille de 13 ans qui souffre d’une maladie chronique, ce qui oblige sa maman à rester auprès d’elle. « L’aide médicale pour nous est très modeste et pas compatible à son état de santé et son handicap. Ce qui complique notre tâche encore plus, » ajoute ce père de famille.

La mère souligne qu’elle souhaite apprendre la langue française mais vu le handicap de sa fille, elle reste bloquée à la maison. « Etant donné que nous n’avons pas de carte de handicapé, nous ne pouvons bénéficier d’aucune aide de l’Etat. Avec le peu d’argent que nous touchons il est très difficile de vivre et subvenir aux besoinxsd’une famille entière. Ce qui est plus difficile pour moi c’est que l’état ne comprend pas notre situation. On m’oblige à aller travailler, on me met la pression au niveau des agences de recherches d’emploi mais je ne peux pas abandonner ma fille, » raconte-t-elle tristement.

Toutefois cette famille a de la chance. De nombreux Syriens ayant des cas similaires,  se retrouvent dans les rues ou au bord du trottoir à attendre que leur situation soit régularisée afin de bénéficier d’une certaine aide. Des camps pour des réfugiés et des centres d’accueil sont mis en place. On leur offre un endroit pour rester au chaud et se protéger de l’hiver rude qui arrive très vite. Pour se nourrir c’est auprès des bénévoles et des milieux associatifs qu’ils pourront trouver un repas chaud que durant le weekend. C’est pourquoi ils sont contraints à mendier même sous le froid.

Les Français insensibles à la cause

Nous avons sillonné quelques routes afin de comprendre également pourquoi les Français ne donnent pas de l’argent aux réfugiés qui mendient au bord des routes. Nous avons découvert que des fois des usurpateurs essayent de profiter de la situation. En effet, avant que les refugiés syriens n’arrivent, des Roumains étaient là. Les musulmans sont plus sensibles surtout lorsqu’il s’agit de leurs coreligionnaires. Ces sentiments-là, les Roumains l’ont bien compris. C’est ce que nous explique Ahmad, un jeune banlieusard âgé de 23 ans. « Il m’est déjà arrivé de rencontrer une femme qui faisait semblant d’être enceinte pour nous attendrir. Je savais que ce n’était pas une Syrienne. Je lui ai demandé de soulever son pull à plusieurs reprises et puis sous le coup de la pression elle l’a fait et il y avait d’autres pulls autour de sa taille. Je lui ai demandé gentiment pourquoi elle faisait cela. Elle m’a répondu que les gens ne donnent pas aux Roumains mais aux Syriens ». D’autres soupçonnent qu’un réseau ou un trafic a été mis en place. Quelques vidéos virales circulent même sur les réseaux sociaux afin de prévenir les gens qui voudraient donner de l’argent aux Syriens.

Dr Ammar Kamal, médecin généraliste : «Les refugiés syriens ont 4 problèmes majeurs en France»

C’est par le biais du Dr Ammar Kamal, médecin généraliste dans la région parisienne et originaire de la Syrie que nous avons pu apprendre un peu plus sur les problèmes que rencontrent les réfugiés syriens de France. Il dresse un constat sur 4 axes qui pourrait améliorer la situation des refugiés de son pays.

Premièrement, là plupart des réfugiés sont issus de Paris où il existe  un énorme problème de logement. « La majorité des refugies sont regroupés sur la région parisienne. Le problème c’est qu’il n’y a pas de logement et donc ils sont contraints de quitter les camps d’accueil.».

Deuxièmement, le Dr Kamal estime qu’il faudrait régler leur situation administrative. « Beaucoup d’entre eux sont entrés en Europe via l’Espagne où leurs empreintes ont été prises. Ce qui bloque l’obtention des papiers en France. Il faudrait trouver une solution afin qu’ils soient à jour sur le plan administratif».

Troisièmement, le problème de langue. Ne pouvant pas communiquer, ils ont énormément de mal à intégrer dans la société. De plus, les coutumes sont différentes et c’est pourquoi ils préfèrent rester entre Syriens et ne cherchent pas à se mélanger à la société française.

Enfin, il y a de nombreux Syriens très talentueux avec des compétences professionnelles dignes des jeunes Français. Mais, les diplômes syriens ne sont pas reconnus par l’état français. C’est un énorme handicap qui explique également leur présence dans les rues. « Comment peuvent-ils trouver du travail ainsi ? Pour de nombreux pères de famille et d’autres encore, ils avaient déjà un travail là-bas et le savoir-faire d’un métier spécifique. La France ne fait pas comme d’autres pays européens : c’est-à-dire placer des refugiés selon leur métier respectif avec une formation en parallèle. Cela pourrait être très bénéfique pour eux. Alors, ils ne resteraient pas chez eux, » souligne-t-il.

Pour conclure, le Dr Kamal nous dit que c’est un peu comme un cercle vicieux. Si on ne veut pas régulariser leur situation, ils n’auront pas de logement. Si on n’accepte pas leurs diplômes, ils n’auront pas d’emploi. Alors, les refugiés se retrouvent tout simplement dans la rue à mendier.

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