dimanche , 18 août 2019
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Rashid Imrith

Rashid Imrith, syndicaliste : «Ne sous-estimez pas le vote de 83 000 fonctionnaires»

Fidèle à lui-même, le président de la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP), Rashid Imrith, ne mâche pas ses mots pour dénoncer toute fausse promesse de la part du gouvernement à l’égard des travailleurs du secteur public. Il revient aussi sur la polémique entourant les heures supplémentaires touchées par les fonctionnaires.

L’Icac enquête sur des allégations de maldonne dans la gestion des « overtime » dans le secteur public. Les chefs des ministères en ont été notifiés à travers une circulaire. Qu’est-ce qui cloche ?
Tout d’abord, il faut comprendre que les fonctionnaires sont gouvernés par des conditions de service établies dans le rapport du Pay Research Bureau (PRB). Dans le secteur public, il y a trois catégories de travailleurs selon leur nombre d’heures du travail par semaine : 33 h, 40 h et 60 h. Cette dernière catégorie concerne principalement les vigiles. Mais pour être éligible à toucher des heures supplémentaires, un travailleur doit compléter 40 heures de travail. Mais si un travailleur est appelé à faire des heures supplémentaires de façon récurrente, alors il est éligible à toucher ses overtimes quelle que soit la catégorie. Mais la règle générale est de 40 heures. Néanmoins, tous les fonctionnaires ne sont pas éligibles à des overtimes car le salaire est également pris en compte. Ainsi, ceux touchant plus de Rs 42 325 ne le sont pas. Mais là encore, il y des conditions relatives à la nature de la tâche à accomplir.

Plus de Rs 300 millions pour le paiement d’heures supplémentaires, c’est tout de même conséquent. N’y-a-t-il pas un contrôle ?
Il y en a ! 95% des départements du secteur public sont dotés d’un système électronique de contrôle des présences – code ou empreinte digitale. Néanmoins, pour les heures supplémentaires, cela n’est pas automatique car c’est le chef de département ou autre supervisor qui doit décider si telle ou telle tâche mérite que les travailleurs fassent des overtimes pour les compléter. Mais dans certains départements, il est quasi-impossible de ne pas faire des heures supplémentaires car au cas contraire, il faudrait recruter des travailleurs additionnels. À titre d’exemple, la préparation du Budget exige que certains fonctionnaires fassent du late night hours.

Possible que des heures supplémentaires ont été payées à des gens alors qu’ils ne se trouvaient pas sur leur lieu du travail»

Selon vous, de quels types de maldonne fait-on état dans la circulaire émise par le Secretary for Public Service du ministère de la Fonction publique ?
Si la circulaire fait état de maldonne, cela veut dire qu’il doit y avoir des cas qui ont été rapportés. Nous invitons le gouvernement à venir de l’avant pour dire quelles sont les sanctions prises en cas de maldonne autour des overtimes et des pratiques frauduleuses. Il est possible que des personnes ont modifié ou trafiqué le système électronique des présences ou que des heures supplémentaires ont été payées à des gens alors qu’ils ne se trouvaient pas sur leur lieu du travail. Nous dénonçons ce genre de pratique qui vient ternir l’image de la fonction publique. Mais on ne peut venir affirmer de façon générale qu’il y a maldonne partout !

Est-il vrai qu’il y a un manque de personnel dans le secteur public ?
Manifestement ! Depuis 2005, le gouvernement a adopté une politique pour réduire et ce, de manière très subtile toutes les dépenses publiques. Subséquemment, cela se reflète sur les exercices de recrutement et de promotion au sein de la fonction publique. Tout est fait pour qu’il y ait une détérioration des services publics et lorsque les critiques vont fuser de toutes parts, on va dire qu’il n’y a d’autre choix que d’avoir recours à la privatisation des institutions publiques. Ce sont des idéologies propagées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). Cela dit, par le passé, nous avons eu des cas où des instructions ont été données pour ne pas faire des entrées dans les fiches de salaire en raison d’un manque d’effectifs.

Mais cela a dû vous réjouir que le ministère de la Fonction publique a demandé à ce que 5300 fonctionnaires soient recrutés dans le plus bref délai…
Il est essentiel de faire la différence entre la création de nouveaux postes et le pourvoi des postes vacants. Chaque année, environ 1200 à 1500 fonctionnaires prennent leur retraite et dans bien des cas, les postes vacants n’ont jamais été remplis. Chaque fois, nous entendons dire qu’il y a 10 000 postes vacants mais en vérité ce sont des postes qui n’ont jamais été pourvus depuis des années. Aussi, il y a ce qu’on appelle le consequential vacancy. Par exemple, lorsqu’un Senior Manager part à la retraite, cela engendre plusieurs postes vacants à pourvoir. Le Manager deviendra le Senior Manager, l’Assistant Manager deviendra Manager et ainsi de suite. Certains se demandent même si la Public Service Commission a les moyens pour remplir autant de postes vacants.

La structure de la PSC, telle qu’elle est actuellement, ne lui permet pas de remplir autant de postes vacants»

Et vous, vous êtes du même avis ?
La structure de la PSC, telle qu’elle est actuellement, ne lui permet pas de remplir autant de postes vacants. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’organisme a tendance à déléguer certaines de ses pouvoirs. Mais je suis totalement contre cette pratique. Aussi, il n’est pas dans l’intérêt des politiciens – contrairement à ce qu’ils croient – de déléguer les pouvoirs de recrutement de la PSC à des chefs de département des ministères. Ils risqueraient de se mettre à dos ceux qui pensent que leurs droits ont été lésés.

Pensez-vous que c’est à cause des élections générales que le gouvernement s’attèle à recruter des fonctionnaires ?
Non. Je pense que c’est une coïncidence. Bien que nous soyons dans un mood de campagne électorale, la notion de permanence de l’État doit primer. D’ailleurs, au cours de ces trois dernières années, il y a eu des recrutements qui ont été faits. La machinerie gouvernementale ne peut pas cesser de fonctionner en raison de l’approche des élections. En réalité, Maurice est tout le temps en mode de campagne électorale mais que les postes vacants soient pourvus dans la transparence.

Sinon, l’allocation de Rs 1000 aux fonctionnaires à partir de janvier 2020 vient-elle chambouler vos plans par rapport aux « increments » et à la relativité salariale ?
L’allocation de Rs 1000 est une avance sur le rapport du PRB et les trois increments demandés par les corps syndicaux du secteur public. Mais nous militons aussi pour trois autres increments afin de rétablir la disparité salariale engendrée par la mise en application du salaire minimal. L’article 9 du National Wage Consultative Council Act prévoit que le PRB doit faire un exercice administratif pour redresser la situation. En l’absence de cet exercice, nous avons demandé au gouvernement ces trois increments. Le 10 juillet 2019, nous avons reçu une lettre du Bureau du Premier ministre indiquant que notre requête a été référée au ministère de la Fonction publique.

Quelle est la prochaine étape ?
Le combat continue. Nous avons milité pour que le rapport du PRB soit publié chaque trois dans au lieu de cinq ans et désormais nous demandons au gouvernement de ne pas prendre les fonctionnaires pour acquis. Ne sous-estimez en aucun cas le vote de 83 000 fonctionnaires lors des élections générales. S’ils sentent que leurs conditions de travail ne sont pas respectées, ils peuvent réserver des surprises à leur employeur. Ce n’est pas du chantage mais il faut faire la part des choses. Et je peux vous dire que les travailleurs du secteur public sont très en colère que cette requête tarde à aboutir.

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