jeudi , 23 mai 2019
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Rashid Imrith

Rashid Imrith, syndicaliste : «Le contexte électoral joue évidemment en faveur des travailleurs»

Le président de la Fédération des syndicats du secteur public, Rashid Imrith, est d’avis que le montant de la compensation salariale ne doit pas être inférieur à Rs 600. Dans l’entretien qu’il nous a accordé au lendemain du premier round des négociations, il souligne que le contexte actuel et l’approche des élections générales jouent en faveur des travailleurs.

Le premier round des négociations sur la compensation salariale a débuté jeudi. Comment s’est-il déroulé ?
Le gouvernement a accepté, à la requête des syndicats, de mettre le mécanisme en marche en vue de se pencher sur le quantum pour la compensation salariale. Cela fait suite à la hausse dans le Consumer Price Index (CPI) pour la période janvier 2018 à décembre 2018. Jeudi, lors de la première réunion technique, présidée par le ministre du Travail, Soodesh Callychurn, nous avons pris connaissance des chiffres avancés par le Bureau des statistiques. Et selon les prévisions, le taux d’inflation sera de 3,3% pour ladite période. Comme d’habitude, les représentants de Business Mauritius ont maintenu qu’il n’était pas question de donner une compensation car le taux d’inflation est inférieur à 5%. Nous avons formulé nos propositions et le ministre s’est aligné sur la position des syndicalistes.

Quel est la somme réclamée par l’union des syndicats ?
À ce jour, les différentes plateformes syndicales sont en train de travailler sur le montant de la compensation salariale. Chacune a ses propres chiffres en tête. Mais la soumission des propositions se fera en fonction des chiffres avancés par le Bureau des statistiques. Ce qui sera déterminant pour nous, c’est le montant du Household Budget en décembre 2018. Nous voulons savoir le montant exact du panier de la ménagère et aussi le nombre de personnes qui travaillent par famille. C’est en fonction de ces chiffres que nous allons prendre une décision sur le chiffre exact que nous proposerons comme compensation salariale. Au niveau de la Fédération des syndicats du secteur public, nous pensons que la compensation ne doit pas être inférieure à Rs 600. L’idéal serait que tous les syndicats s’alignent sur une proposition commune.

Au niveau de la Fédération des syndicats du secteur public, nous pensons que la compensation ne doit pas être inférieure à Rs 600»

Pourquoi ce chiffre ?
Nous pensons que tous les employés doivent toucher le même montant de compensation. Je me souviens que dans le passé, au cours d’une année, la compensation avait été accordée uniquement à ceux touchant un salaire ne dépassant pas Rs 12 000. Le seuil de compensation était de Rs 20 000 lors d’une autre année. Mais en janvier 2015, le gouvernement avait accepté notre proposition de donner une compensation uniforme à tous les salariés indistinctement. Cela doit être le cas cette fois-ci encore car tout le monde subit les affres de la hausse du coût de la vie et il ne faut pas qu’il y ait de disparité dans la somme de compensation allouée.

Mais trouvez-vous normal qu’un salarié touchant moins de Rs 12 000 reçoive le même montant de compensation qu’un salarié touchant beaucoup plus ?
Lorsque nous faisons nos calculs pour déterminer la somme de la compensation salariale, nous ne prenons pas en ligne de compte le salaire d’un individu. Nous faisons nos calculs par rapport au taux d’inflation et à la valeur du panier de la ménagère. Si par exemple, la valeur du panier est de Rs 30 000, nous déterminons une somme uniforme pour la compensation à tous les salariés. Cela est bénéfique à toutes les classes sociales car tout le monde subit une érosion de son pouvoir d’achat. Il existe néanmoins une anomalie car ceux touchant plus de Rs 23 000 doivent payer les impôts. C’est pour cette raison que lors de la prochaine réunion tripartite le 6 décembre 2018, nous allons demander au Premier ministre, Pravind Jugnauth, de prendre en considération cet élément par rapport à la compensation. Il ne faut pas que d’un côté, on essaie de protéger la classe moyenne, alors que de l’autre, on fait tout le contraire. La classe moyenne a toujours été « taken for granted ! »

Beaucoup de Mauriciens se trouvant dans la classe moyenne se retrouveront tôt ou tard sous le seuil de pauvreté»

Pourquoi dites-vous cela ?
Tout simplement parce que la classe moyenne ne reçoit aucune faveur que ce soit lorsqu’elle doit construire une maison, contracter des prêts, payer les études de ses enfants, entre autres. Il faut ainsi une politique pour rétablir une certaine équité car au cas contraire beaucoup de Mauriciens se trouvant dans la classe moyenne se retrouveront tôt ou tard sous le seuil de pauvreté.

Est-ce que le salaire minimum est pris en considération lorsque vous formulez votre demande ?
Les représentants de Business Mauritius sont en train de s’appuyer sur le salaire minimum pour dire qu’il ne faut accorder aucune compensation salariale. Mais il est essentiel de faire la distinction entre la révision salariale et les ajustements salariaux qui, eux, sont accordés pour compenser toute hausse du taux d’inflation. Il ne faut pas faire l’amalgame entre le salaire minimum, la révision salariale et l’ajustement des salaires. Chacun de ses éléments est régi par des institutions distinctes. Aussi, il ne faut pas oublier que le salaire minimum est inscrit dans la vision du gouvernement pour faire de Maurice un pays à hauts revenus d’ici 2030.

La classe moyenne a toujours été « taken for granted !»

Le salaire minimum couplé à la compensation salariale, cela ne constitue-t-il pas un fardeau financier pour des petites entreprises ?
À chaque réunion de négociations, les représentants du patronat utilisent le même argument. À force de crier au loup, on ne sait pas vraiment quelle est la situation. Le patronat doit garder à l’esprit que le salaire d’un employé ne peut pas déprécier car nous risquons de connaître des tensions sociales. Néanmoins, s’il y a des entreprises « genuine » qui n’arrivent pas à sortir la tête hors de l’eau, le gouvernement doit considérer leur cas et leur venir en aide.

Nous sommes presque à la veille des élections générales. Ce contexte joue-t-il un rôle dans les négociations ?
Nos revendications n’ont pas de relation directe avec les élections générales mais le contexte électoral joue évidemment en faveur des travailleurs. Mais loin de vouloir encenser le gouvernement, je pense que Pravind Jugnauth a démontré qu’il est à l’écoute des travailleurs. Mais ce qui joue en faveur du gouvernement c’est le fait qu’il a déjà établi la vision 2030 et toute manœuvre est en ligne avec cette vision. Cela a débuté par le salaire minimum en janvier 2018 mais il faut utiliser les mécanismes tels que les tripartites pour transformer cette vision en réalité.

Il ne faut pas faire l’amalgame entre le salaire minimum, la révision salariale et l’ajustement des salaires»

Certains avancent que le mécanisme de compensation salariale est dépassé. Pourquoi ?
Il existe un grand débat autour du mécanisme de compensation salariale. Le patronat estime que c’est un système dépassé et cela peut se comprendre car il n’est jamais d’accord pour donner une compensation salariale aux employés. Mais tout nouveau mécanisme ne doit pas être néfaste à la situation des travailleurs. Chaque pays s’appuie sur son propre mécanisme mais nous estimons que c’est le devoir du gouvernement de veiller à ce que la situation des travailleurs s’améliore année après année. C’est aussi pourquoi nous pensons que le taux d’inflation ne doit pas être le seul indicateur pour déterminer la compensation et que c’est le ministre des Finances ou idéalement le Premier ministre qui doit présider le comité tripartite.

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