mercredi , 24 juillet 2019
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Imran Dhanoo

Rapport Lam Shang Leen – Imran Dhanoo : «Une société sans drogue n’existe pas»

Imran Dhanoo, directeur du centre de désintoxication Idrice Goumany et travailleur social avec plus de 30 années d’expérience dans le domaine de la réhabilitation des toxicomanes, accueille avec grande satisfaction le rapport Lam Shang Leen.

Parmi les nombreux points positifs du rapport, il note que l’ex-juge Paul Lam Shang Leen et ses deux assesseurs, Samioullah Lauthan et Ravin Doomun, ont pris en considération ses explications sur l’offre et la demande. Il fait ressortir d’ailleurs qu’un chapitre entier du rapport en fait état. « À la différence de la Commission Rault de 1987, la Commission  Lam Shang Leen a fait un travail plus approfondi et a soumis un rapport de 260 pages », dit-il. Le travailleur social fait ressortir aussi qu’au chapitre 16 du rapport concernant le risque, Paul Lam Shang Leen concède  que la guerre contre le trafic de drogue s’est soldée par un échec dans le monde.

Ce qui lui fait dire qu’il ne faut pas se leurrer et croire qu’on pourra mettre fin facilement au trafic de la drogue.  « Une société sans drogue n’existe pas et n’existera jamais », lance-t-il  En avançant un tel argument, Imran Dhanoo se fonde sur la disponibilité permanente de la drogue sur le marché depuis des  décennies. « Malgré des saisies importantes et l’arrestation des trafiquants, il n’y a jamais de pénurie et le marché est tout le temps réapprovisionné », fait-il ressortir.  Pour lui, il faut considérer le problème de la toxicomanie dans sa globalité. « Il faut une société où chaque personne a un travail décent, un toit sur sa tête, un travail pour ses enfants », lance-t-il.

« La prison n’est pas une réponse thérapeutique »

Il donne raison à l’ex-juge et ses assesseurs qui considèrent  qu’il faut une nouvelle approche pour gagner la confiance des toxicomanes et que ces derniers sont des malades. « La prison n’est pas une réponse thérapeutique pour les consommateurs, 50 à 60 % des personnes en prison ont commis un délit lié à la drogue », soutient-il.

Imran Dhanoo accueille favorablement la création d’un Drug Offender’s Administrative Panel (DOAP) comme recommandée par la commission et qui serait calqué sur le modèle portugais avec la mise sur pied d’un board composé de  psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux  qui aura pour tâche de développer un programme pour les consommateurs de drogue dans un centre de traitement.  Il est satisfait que sa proposition sur ce modèle a été prise en considération. « Prison pas pou regler problème la drogue », insiste-t-il.

La création d’une Drug Court, est aussi accueillie avec satisfaction par Imran Dhanoo car il est d’avis que les magistrats vont pouvoir se concentrer uniquement sur les problèmes de drogue. Il trouve aussi intéressante la recommandation sur le cannabis. « L’ex-juge Lam Shang Leen a recommandé un débat dépassionné sur le sujet. Il reconnaît aussi qu’il faut une politique de prévention et que la School-Based-Prevention est importante. Sa recommandation pour que ce sujet soit inclus dans le curriculum scolaire est intéressante », ajoute notre interlocuteur.

Imran Dhanoo félicite Paul Lam Shan Leen qui s’oppose à la distribution de la Méthadone dans un poste de police. Il félicite  aussi le ministre de la Santé, Anwar Husnoo, qui a réagi très vite sur ce sujet.

Pour le directeur du Centre de désintoxication de Plaine Verte le rapport est un «eye opener» . « Il a mis en exergue l’interface entre la drogue et la corruption et que le soupçon est très fort. L’implémentation des recommandations du rapport est vitale car elle  contribuera à diminuer l’ampleur du trafic », laisse-t-il entendre.

Non au démantèlement de l’ADSU

S’il y a une recommandation qui n’obtient pas l’adhésion de Imran Dhanoo c’est celle concernant l’ADSU. Il  s’oppose catégoriquement au démantèlement de cette unité. « Des sanctions sévères doivent être prises contre les ripoux et il faut meme penser jusqu’à leur interdiction dans la force policière », dit-il.  Par contre, il estime que ceux qui font un travail remarquable et ceux qui sont sérieux et honnêtes, doivent être récompensés en et promus. Cela va certainement les motiver à donner le meilleur d’eux-mêmes. « Éna pli boucoup membre l’ADSU ki honnête et ki expose zotte la vie pou mette hors de circuit banne trafiquants », souligne-t-il.

En ce qui concerne la disparition de 16 kg d’héroïne du bureau de l’Adsu, Imran Dhanoo pense qu’n problème de communication serait à la base de ce cafouillage. Un exercice de communication parfait pourra donner confiance à la population pour expliquer comment un soit-disant emballage en papier et en plastique peut peser aussi lourd.

Le travailleur social n’est pas tendre  envers les gardes-chiourmes véreux qui alimentent le trafic de drogue dans les prisons. Cependant il trouve normal que des noms figurent dans le rapport vu la nature de leur travail et vu qu’ils côtoient toutes sortes de personnes dans l’exercice de leurs fonctions. « L’argent est à la base de tout le système. Un Drug Master Plan cette année viendra mettre de l’ordre dans ce système dépassé », déclare-t-il.

Pour faire face au problème d’abus pharmaceutique comme mentionné dans le rapport, il  souhaite que le autorités prennent des mesures contre les propriétaires des pharmacies qui sont complices dans le  trafic des stupéfiants à travers la vente des produits prohibés.

Pour conclure, il félicite le Premier ministre, Pravind Jugnauth, pour son courage à mettre sur pied une commission d’enquête et sa détermination à mater la mafia. Il félicite aussi l’ex-juge Paul Lam Shang Leen et ses deux assesseurs pour leur volonté à produire un rapport sérieux après trois années de travail.

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