lundi , 1 mai 2017
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Raouf Bundhun : « Je n’aurais pas signé la PoTA si j’avais été président »

L’ancien vice-président de la République, Raouf Bundhun, est catégorique : le gouvernement vient promulguer des lois qui ne sont pas nécessaires pour un pays comme Maurice. Il affirme qu’il n’aurait jamais signé la PoTA s’il avait été président de la République.

  • Les amendements à la Prevention of Terrorism Act étaient-ils nécessaires pour renforcer la sécurité à Maurice ?

– Je condamne sévèrement ce qui se passe dans le monde, avec l’Isis qui fait des dégâts partout. Au Pakistan, des mosquées sont ciblées et bombardées. Ces actes doivent être condamnés et j’accueille favorablement des lois sévères pour mettre un frein à tout cela. Néanmoins, des lois sévères n’ont rien à voir avec Maurice. Les amendements à la PoTA sont inutiles car Maurice est un pays paisible et ils représentent un danger pour la liberté civile. Je suis contre le fait d’accorder le pouvoir à un policier d’arrêter une personne dans la rue sans warrant. Il faudrait plutôt démarrer une enquête sur la personne si elle suscite des soupçons. D’ailleurs, les éléments de la force policière sont mal formés. La force policière est inefficace. Plusieurs crimes n’ont pas été élucidés à ce jour. Comment peut-on accorder un tel pouvoir aux policiers ? De tels amendements sont acceptables dans des pays où le terrorisme fait des ravages, pas à Maurice. Dans les années 70, la Public Order Act est entrée en vigueur. En 2002, la PoTA a été votée. Ces deux lois, telles qu’elles sont, sont suffisantes pour notre pays.

  • Si vous aviez été le président de la République de Maurice, auriez-vous signé le Prevention of Terrorism (Amendment) Bill ?

– Je n’aurais pas signé ce projet de loi si j’avais été le président de la République de Maurice. C’est une loi trop dure pour un pays comme Maurice. Toutefois, je tiens à préciser que souvent le président de la République appose sa signature au bas d’un projet de loi à défaut de l’existence d’une « Upper house » ou d’un sénat dans le pays. Il n’y a personne pour revoir le projet de loi avant qu’il n’arrive jusqu’au président. Maurice a besoin d’une « Upper House » et d’un sénat pour revoir les projets de loi votés au Parlement. Ainsi, un Président peut signer sereinement tout en évitant un « clash » entre le Parlement et le bureau du président.

  • Le système judiciaire avait-il besoin d’une Prosecution Commission, selon vous ?

– C’est tellement flagrant que le gouvernement est en train de venir avec le Prosecution Commission Bill pour la simple raison que récemment le Directeur des Poursuites Publiques (DPP) ait rayé la plupart des charges retenues contre Navin Ramgoolam. De plus, le DPP compte faire appel du jugement de la Cour Suprême auprès du Privy Council, dans l’affaire Medpoint. Donc, le gouvernement veut venir de l’avant avec une commission pour revoir les décisions du DPP. Par la suite, on ne doit pas s’étonner si le gouvernement revient avec une autre commission pour revoir les décisions de la Prosecution Commission. Le pouvoir judiciaire est totalement indépendant de la politique. Le DDP est entouré d’une dizaine d’avocats et la décision est collective. Ce n’est pas le DPP seul qui prend les décisions.

  • Pensez-vous que le poste de vice-président de la République doit être aboli ?

– Je ne suis du tout d’accord avec l’abolition du poste du vice-président de la République. Le président et le vice-président ont chacun son rôle mais leur mission est de préserver l’unité nationale, outre d’assumer leurs responsabilités respectives. Notre tissu social est malheureusement très fragile. Autrefois, 44% de la population mauricienne avait voté contre l’indépendance de Maurice. À cette époque-là, sir Seewoosagar Ramgoolam avait demandé à Gaëtan Duval de rejoindre le gouvernement pour refaire l’unité nationale. Récemment, Navin Ramgoolam a de nouveau déclaré qu’il faut abolir ce poste. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait quand mon mandat était terminé ? Pourquoi avait-il nommé quelqu’un d’autre à ce poste ?

  • Quelle est votre réaction par rapport à la méfiance des membres du gouvernement à l’égard de la présidente de la République, Ameenah Gurib- Fakim ?

– Tous les présidents et vice-présidents de la République que nous avons eus à ce jour, ont tous de l’expérience politique ou administrative. Mais, Ameenah Gurib Fakim ne l’a pas. Elle compte des années d’expérience comme conférencière à l’université de Maurice. Je dirai que les ‘bizbiz’ sont dû au fait qu’elle n’a pas la même expérience que les autres et elle a fait quelque chose qu’elle n’aurait pas dû faire.

  • De plus en plus de gens sont tentés par l’argent facile. Pourquoi, selon vous, aucun gouvernement n’a pu apporter une solution à ce jour ?

– Le fléau de la drogue est un problème international. Dans les grands pays, le problème est immense. Des milliers de tonnes de drogue sont en circulation. Les barons de la drogue sont puissants et intouchables. Ils utilisent différents moyens pour soudoyer des gens, même des policiers, qui se laissent d’ailleurs tenter par l’argent facile. Alors, je dirai que c’est difficile de vaincre le trafic de la drogue que ce soit ici ou ailleurs. Depuis que je suis entré dans l’arène politique, le gouvernement déploie tous les moyens pour combattre ce fléau, mais à ce jour on n’a rien pu faire. Avant la commission d’enquête sur la drogue, il y a avait une autre commission mais en vain. C’est quasi impossible pour n’importe quel pays d’avoir un contrôle sur ce phénomène. D’ailleurs, certains pays ont même légalisé des drogues comme le cannabis car ils ont compris que la lutte est trop difficile.

  • La force policière est sujette à plusieurs critiques, avec les suicides des agents de police, le trafic de la drogue, les abus de pouvoir, entre autres. Pensez-vous que le syndicat de la police apportera des changements ?

– Un syndicat c’est une union de la force. Mais, ce n’est pas un syndicat de la police qui va résoudre tous les problèmes au sein de la force policière. Personnellement, je pense que les syndicalistes à Maurice militent pour leurs intérêts personnels. C’est ce qui va se passer dans la force policière. Les syndicalistes ne militeront que pour faire avancer leurs propres intérêts. D’ailleurs, nous remarquons déjà une compétition entre policiers pour créer un syndicat chacun de leur côté. Désormais, ces policiers ne se concentreront plus sur leur travail. Ils perdront leur temps dans leur soi-disant lutte.

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