lundi , 21 octobre 2019
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Programmes culturels à la MBC : quelle part pour la communauté musulmane ?

Dans notre édition du dimanche 22 septembre 2019, nous annoncions la nomination prochaine d’un Urdu Program Organiser à la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC). Au cours de ces dernières années, des voix se sont élevées contre le manque accru de programmes culturels, éducatifs ou autres destinés à la communauté musulmane sur les chaînes de la station de télévision nationale. Ayant à cœur de promouvoir la culture musulmane à Maurice, des amoureux de la langue ourdoue ou arabe se sont confiés à STAR.

La MBC compte une douzaine de chaînes qui répondent aux besoins et aux aspirations de différents groupes culturels. Cependant, des téléspectateurs déplorent qu’il existe une inégalité, voire un déséquilibre, dans le traitement des différentes susceptibilités culturelles. Une petite enquête auprès des téléspectateurs musulmans nous permet de comprendre qu’ils n’obtiennent pas un bon rapport qualité-prix bien qu’ils paient les mêmes redevances que tous les autres citoyens. « Sur la chaîne MBC 1, les programmes destinés aux musulmans sont quasi-inexistants alors que sur MBC 2, il n’y a que le programme Anjuman et une série tous les vendredis », disent-ils.

Par ailleurs, l’Urdu Channel semble être complètement isolée des réalités locales des musulmans à Maurice. L’absence d’une chaîne arabe – bien que cette langue soit largement utilisée par les musulmans et enseignée dans les écoles, les collèges et les madrassas du pays – est aussi décriée. « Les programmes de télévision devraient être conçus de manière à devenir populaires parmi différents individus, groupes culturels et communautés. Aussi, les programmes musulmans ne sont pas diffusés aux heures de grande écoute  », déplorent les téléspectateurs.

Kalim Wahedally, enseignant de langue arabe : « Dommage que la MBC n’accorde aucune importance à la langue arabe »

Kalim Wahedally, enseignant de langue arabe et secrétaire de l’Arabic Arts and Cultural Association, trouve regrettable que la MBC ne dispose d’aucun créneau pour les programmes en langue arabe bien que, selon lui, il existe une audience importante. « L’Association des arts et de la culture arabes a produit en arabe des sketches, des pièces de théâtre, des anasheed, des chansons, des débats et des émissions pour enfants lors de l’Arabic Week. Nos programmes n’ont jamais été diffusés sur la MBC en dépit de nos demandes répétées. La langue arabe est riche en littérature, poésie, calligraphie et musique. « Il est dommage que la MBC n’accorde aucune importance à cette si belle langue », déplore-t-il. Kalim Wahedally soutient que les autorités égyptiennes sont disposées à proposer une variété de programmes de divertissement culturels en arabe mais regrette que « la MBC continue à faire la sourde oreille ».

Rashid Neeroah, dramaturge : « Nous pouvons monter une pièce de théâtre par semaine »

Rashid Neeroah, ancien Principal Arts Officer au ministère des Arts et de la Culture, compte plus de trente ans d’expérience dans le domaine théâtral. « Nous avons des artistes qui désirent ardemment jouer dans une pièce. Si la MBC nous donne l’opportunité, nous pouvons monter au moins une pièce de théâtre – en ourdou, en arabe ou même en créole – par semaine », souhaite-t-il. Selon lui, la station de télévision nationale doit soutenir l’initiative des jeunes artistes afin que ces derniers ne sombrent pas dans les fléaux de notre société. « Il existe des artistes talentueux à Plaine-Verte, Vallée-Pitot et Pailles. Nous devons les encourager et leur donner toute la reconnaissance qu’ils méritent. La MBC doit assumer son rôle et donner la chance à ces jeunes tout en respectant les spécificités culturelles  », souligne-t-il.

Anwar Joonas, de Halkae Quadria Ishaat- i-Islam : « L’ourdou ne concerne pas qu’une seule communauté »

Anwar Joonas, président de Joonas and Co Ltd et vice-président de Halkae Quadria Ishaat-i-Islam, est d’avis que la MBC doit améliorer la qualité et la couverture des programmes radiophoniques diffusés en ourdou. Selon lui, la langue est un pont entre la culture et la religion, et demeure avant tout un moyen de communication. « Il faut un changement de mentalité et il faut cesser de croire que l’ourdou ne concerne qu’une seule communauté. La langue ourdoue doit être utilisée comme un mode de communication universel. BBC Urdu et Doordarshan n’utilisent-ils pas l’ourdou ? » avance notre interlocuteur.

Anwar Joonas soutient que l’ourdou, qui a pris naissance en Inde, est largement utilisé à travers toute la Grande péninsule, mais principalement dans les régions septentrionales de l’Asie. « L’industrie cinématographique indienne utilise principalement des scripts en ourdou pour les chansons et les dialogues des films. Ici, on a l’impression que la MBC ne rend pas justice à cette belle langue. Les programmes en ourdou sont principalement diffusés sur le canal Medium Wave de MBC, qui est une technologie dépassée à présent. D’ailleurs, une bonne partie de Port-Louis ne capte pas cette fréquence-radio en raison des interférences. Les programmes en ourdou doivent être diffusés en simultané sur la fréquence FM. Et il est temps que les informations soient diffusées en ourdou au moins deux fois par jour », conclut-il.

Nasreen Banu-Ahseek, enseignante d’ourdou : « Depuis 20 ans, les musulmans se contentent d’Anjuman »

Pour Nasreen Banu-Ahseek, enseignante d’ourdou au collège Queen Elizabeth et artiste, la MBC doit innover afin de répondre aux aspirations culturelles des musulmans du pays. « Depuis 20 ans, les musulmans doivent se contenter d’Anjuman. C’est d’ailleurs un programme plutôt religieux que culturel et ne met pas l’accent sur toute la diaspora musulmane. Au cours de ces dernières années, plusieurs artistes ont participé à diverses expositions de peintures organisées par l’Islamic Cultural Centre (ICC). Le thème de ces expositions était articulé autour de la culture musulmane. Néanmoins, nous avons été tous surpris de constater que la MBC, ou même le département d’ourdou de la station nationale, ne s’est montrée guère intéressée de nous donner la parole », déplore l’artiste.

Elle dit ne pas comprendre l’absence d’émissions télévisées destinées aux femmes musulmanes. « Il existe pourtant de nombreux thèmes sur lesquels les femmes auraient pu animer des programmes hebdomadaires, tels que la cuisine musulmane, le Mehendi, le child care, la mode et autres tendances vestimentaires », indique Nasreen Banu-Ahseek.

Bashir Nuckchady, ancien enseignant d’ourdou : « Il faut offrir différentes catégories de programmes »

Bashir Nuckchady dit comprendre que la mission première de la MBC est de satisfaire les aspirations, les besoins, les goûts et les intérêts de ses auditeurs dans les domaines de l’information, de l’éducation, de la culture et du divertissement, tout en cherchant à trouver le juste équilibre dans la promotion les langues enseignées ou parlées à Maurice.

«Malgré cela, nous avons constaté avec consternation que ce n’était pas le cas pour la langue ourdoue. La section ourdoue de la MBC manque d’organisateur de programme en ourdou depuis des années et aucun effort n’a été consenti pour pourvoir le poste vacant.Les programmes de la MBC sont diffusés en 12 langues, notamment le français, le créole, l’anglais, l’hindi, l’ourdou, le bhojpuri, le tamoul, le gujarati, le télougou, le marathi, le mandarin / cantonais et le hakka. La chaîne en ourdou diffuse très souvent des films anciens et obsolètes, ainsi que des documentaires indiens, sans intérêt pour les Urdu Lovers, ce qui a entraîné une réduction significative de la taille de l’audience», souligne-t-il.

Bashir Nuckchady avance qu’il faut recruter immédiatement un organisateur de programmes en ourdou et que la MBC puisse «offrir différentes catégories de programmes d’actualités récentes, films, chansons, talk-shows, théâtre, sports, émissions de téléréalité». Il demande à ce que la MBC offre une série en ourdou-pakistanais et qu’elle négocier pour avoir les chaînes numériques Geo et/ou Ary Digital. « Une chaîne en arabe sera aussi la bienvenue», dit-il.

Assad Bhuglah, de l’ICC : « Qu’on cesse avec les reproductions ‘copier-coller’ »

Responsable du comité Arts et Culture au sein de l’Islamic Cultural Centre (ICC), Assad Bhuglah dit partager la frustration des téléspectateurs musulmans à Maurice. Selon lui, le recrutement d’un Urdu Program Organisor à la MBC – un poste qui est vacant depuis 15 ans – ne sera pas d’une grande utilité car il est d’avis que « le problème est bien plus profond ». « Le problème concerne l’aspect culturel des programmes destinés aux musulmans. Ceux-ci doivent être retravaillés à la lumière des réalités actuelles. Au fil des années, la MBC ne semble pas avoir suivi le rythme de l’orientation culturelle et de l’évolution linguistique des musulmans à Maurice. Aujourd’hui, les musulmans du pays ont adopté une approche multilingue pour exprimer leurs sentiments culturels ou leurs idées religieuses. Cela se reflète à travers les programmes organisés par l’ICC ou même les mosquées du pays. L’arabe, l’ourdou et le kréol sont utilisés de manière invariable et interchangeable », fait-il ressortir

Pour Assad Bhuglah, le problème au sein de la MBC c’est qu’il n’existe pas de politique claire sur la manière d’intégrer les programmes culturels musulmans – qui ne doivent pas forcément être en ourdou ou en arabe – dans la stratégie de l’organisme. « L’Urdu Channel est une farce. La plupart du temps, on y diffuse des programmes qui n’ont rien à voir avec la langue ourdoue et la culture musulmane. En général, les programmes destinés au public musulman sont diffusés sur la chaîne MBC 2 mais ce sont des reproductions ‘copier-coller’ d’événements religieux ou culturels qui se sont tenus à travers le pays. Il n’y a pas de créativité, pas de valeur ajoutée, pas de professionnalisme et pas d’interaction avec les téléspectateurs. C’est l’attitude à prendre ou à laisser. Il n’est pas étonnant que tant de Mauriciens optent pour les chaînes satellitaires », martèle-t-il.

Parallèlement, Assad Bhuglah soutient que la culture musulmane est vaste, riche et variée, englobant l’art, la calligraphie, l’architecture, la décoration intérieure, le jardinage, la phytothérapie, la cuisine, la broderie, les sciences et la géographie, entre autres. « L’on aurait bien pu créer des programmes autour de ces thèmes mais il existe la perception que la télévision nationale n’alloue qu’un créneau très restreint à la culture musulmane », déplore-t-il.

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