jeudi , 22 août 2019
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Première musulmane avocate et notaire: Nazeeda Dookhee raconte son enfance difficile et son ascension

Pour débuter la nouvelle année, Star a rencontré Nazeeda Dookhee qui porte le double manteau d’avocate et de notaire. Elle n’a pas oublié son enfance passée dans la pauvreté à la rue Trichnapoly.Il n’y a rien de plus agréable qu’une femme qui a toujours le sourire aux lèvres, qui respire la joie de vivre et qui voit toujours le bon côté des choses. Nazeeda Dookhee est une jeune professionnelle qui dégage une énergie très positive. Elle est d’avis que rien n’est acquis d’avance dans la vie et que tout se construit pas à pas.

Fille d’un marchand ambulant

Nazeeda Dookhee a fréquenté l’école primaire d’Abercrombie où elle s’est classée aux examens du CPE pour obtenir son admission au Couvent de Lorette de Port-Louis. Son père, Abdool Hakim, alias Miadi, avait 8 bouches à nourrir alors qu’il exerçait tour à tour le métier de marchand ambulant de bouteilles et de moques recyclées, de sorbets, de légumes et de fruits, entre autres.

Nazeeda Dookhee raconte que petite, elle accompagnait son père régulièrement à la vente aux enchères pour l’achat des légumes et fruits qu’il revendait ensuite dans son van dans les faubourgs de la capitale, à Montagne Ory, Piton et dans d’autres régions. Durant les vacances, elle l’aidait à cueillir et à vendre des letchis et des longanes pour nourrir la famille, même pendant les périodes cycloniques.

Nazeeda Dookhee est dithyrambique à l’égard de ses parents et surtout à l’égard de sa mère, Bibi Khateeja Nojib, qui était une femme merveilleuse, travaillant d’arrache-pied, de jour comme de nuit, afin de donner une vie décente à ses enfants. Elle vendait des gâteaux dans la cour du collège Queen Elizabeth où elle côtoyait la crème de l’élite estudiantine. Sa maman rêvait que ses filles soient des exemples à suivre. « Ma mère était une femme de principe. Elle voulait absolument que ses enfants aient une bonne éducation, fréquentent la madrassah dès leur plus tendre enfance et apprennent la lecture du Coran. J’étais moi-même une petite fille attentive, obéissante et intelligente », nous dit-elle.

Souvenirs douloureux

Alors qu’elle nous racontait son histoire, ses yeux marron foncé se sont embués de larmes. Des  souvenirs douloureux affluent dans son esprit. Elle se souvient des jours où très souvent ses frères et soeurs n’avaient presque rien à se mettre sous la dent. « Nou ti pe mange du riz avec brède mouroum ou de l’eau lentille ou dipain sec ki nou ti pé ramener depi l’école », laisset-elle entendre. Quand elle fait son entrée au collège, elle n’avait presque pas d’argent de poche pour acheter des gâteaux durant la récréation. Elle se souvient des mots de sa mère : «Faire couma dire to fine garde roza». Les larmes roulent dans ses yeux mais elle se ressaisit et sourit pour détendre l’atmosphère.

Elle n’a pas non plus eu le loisir de porter un uniforme neuf acheté en magasin. « C’est maman qui cousait mes blouses et uniformes avec des tissus qu’elle gardait en stock et souvent on portait le même uniforme pendant plusieurs années », confie-t-elle.

Apprendre de la vie

La misère ne l’a pas empêchée de briller à l’école primaire où elle était tout le temps première de sa promotion. Nazeeda nous confie que faute de moyens, ses parents ne pouvaient lui payer des leçons particulières régulièrement. Cependant, elle souligne qu’elle ne regrette pas d’avoir connu une adolescence difficile car elle a beaucoup appris de la vie.

Après ses résultats du HSC, elle obtient miraculeusement une place à l’université de Maurice pour poursuivre des études en droit. Sur des centaines de postulants, seulement 17 étaient retenus après un examen d’entrée portant sur quelques semaines. En 2002, Nazeeda réussit avec brio ses examens. Elle a fait son pupillage d’avocat chez Me Richard Horne au Temple Court, en Angleterre, et à Maurice, elle a eu le privilège d’être accueillie chez Me Yousouf Mohamed et Me Firoz Hajee Abdoolla.

La persévérance

En 2004, elle se classe cette fois-ci en tête de liste lors des examens de notaire. Elle effectue son pupillage alors chez Me Dharmaveersingh Roopun. De 2005 à ce jour, Nazeeda a été au service du public comme notaire, renonçant ainsi d’exercer comme avocat.

Nazeeda nous confie qu’il n’y a pas de secret ni de recette magique pour réussir dans la vie. Tout le temps elle a fait preuve de persévérance. « Il faut faire un travail méthodique tout en menant une vie spirituelle poussée en faisant les namaz régulièrement, la lecture du Coran, des supplications constantes et des salawaats continus à Dieu », conseille-t-elle.

Elle jette un regard critique sur notre société et trouve que « beaucoup de jeunes évoluent sans les valeurs ancestrales qui ont contribué grandement à construire notre île Maurice d’aujourd’hui et n’utilisent pas assez l’éducation gratuite à bon escient ». D’ailleurs pour elle, c’est l’éducation gratuite qui lui a permis d’avancer dans la vie sinon elle aurait été une analphabète.

La cellule familiale

Le rôle de la femme la préoccupe au plus haut point en tant que professionnelle. Quoi qu’elle se réjouisse que la femme est appelée à participer de plus en plus au budget familial, en même temps elle est anxieuse du nombre de divorces qui secouent notre société . « Cette déchirure de la cellule familiale entraîne la déstabilisation de nos enfants qui forme la base primordiale pour le développement de toute société », dit-elle encore. Elle regrette que de nos jours le manque de tolérance et de respect se fait sentir et provoque la dégradation de notre société.

Nazeeda est d’avis que les réseaux sociaux sont un vaste espace de partage d’idées mais que ses utilisateurs doivent être responsables car une mauvaise utilisation peut causer un tort immense que ce soit dans une société ou dans une famille. Nazeeda Dookhee aime la lecture, pratique la natation et la marche pour garder la forme. Elle confie qu’elle adore faire la lecture du Coran et aime écouter des versets du Coran sur YouTube.

Étant une professionnelle, elle se tient au courant des décisions politiques que ce soit économiques ou sociales. D’ailleurs, elle avait soumis un manuscrit sur le système électoral prévalant dans divers pays. Elle voue une admiration particulière pour la démocratie indienne. Elle admire le courage de ces consoeurs et confrères du barreau qui pratiquent la politique active, dont Roubina Jadoo, Shakeel Mohamed, entre autres.

Passion pour le voyage

Nazeeda Dookhee adore voyager et a visité plusieurs pays dont le Vietnam, l’Islande, la Malaisie, l’Inde, la Chine, l’Allemagne et des pays d’Europe et d’Afrique. Elle aime parcourir le monde et découvrir la culture des autres et aussi côtoyer la misère des peuples sous-développés qui lui rappelle sans cesse son passé difficile. Elle fait de la charité dans l’anonymat.

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