mardi , 22 août 2017
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Pr. Wajid Ali Khan

Pr. Wajid Ali Khan du Pakistan : «Il faut décentraliser les services de l’hôpital de Moka»

Le professeur Wajid Ali Khan de l’hôpital Al-Shifa du Pakistan et son équipe d’ophtalmologistes sont actuellement à Maurice. Dans l’interview qui suit, le Dr Ali Khan soutient qu’il est primordial de décentraliser les activités à l’hôpital de Moka. Il estime que le diabète est une des causes de la cécité, que le travail que son équipe effectue est une manière de remercier Dieu pour Ses faveurs, entre autres. Lisez plutôt.

2017 marque une décennie de travaux philanthropiques effectués à Maurice par votre équipe. Quel sont les accomplissements au cours de ces dix dernières années ?
C’est pour nous un grand honneur et un privilège de pouvoir contribuer au bien-être des patients mauriciens. Depuis 2008, nous avons effectué des visites sur une base continue. Ces dernières années, notre équipe de médecins constituée du Professeur Nadeem Qureshi, du Dr Asif Kiani et du Dr Shehzad Iftikhar, a vu plus de 3000 patientes et effectué environ 400 interventions chirurgicales compliquées.

Ces opérations concernent des transplantations de la cornée, de la rétine et des complications liées au diabète, aux chirurgies dans le domaine de l’oculo-plastie ainsi que plusieurs opérations sur des enfants. Parallèlement, je peux dire qu’au cours de ces dix dernières années, nous avons pu partager notre expérience avec les médecins mauriciens et nous les avons formés  eu égard aux récentes avancées et techniques dans le domaine de l’ophtalmologie. Plusieurs conférences ont eu lieu où les échanges professionnels et le partage des idées nous ont mutuellement bénéficiés.

Ainsi, tous ces efforts ont contribué à réduire la liste d’attente. Plusieurs patients ont reçu des soins à Maurice et n’ont pas eu à  aller à l’étranger pour se faire soigner. Cela a permis à réduire considérablement les coûts et éviter aux patients tout effort inutile. Il faut souligner qu’au cours de ces dernières années, un protocole d’accord a été signé par le ministère de la Santé à Maurice et l’Al Shifa Trust Eye Hospital du Pakistan. Actuellement, deux médecins mauriciens sont à Al Shifa en stage de perfectionnement. Outre notre collaboration dans le domaine médical, nos visites ont permis d’établir des liens avec les Mauriciens. Par extension, la coopération entre nos deux pays s’est renforcée dans d’autres domaines tels que le tourisme, le commerce et l’éducation.

« Les maladies oculaires peuvent toucher n’importe qui. L’âge n’est pas un facteur à prendre en considération quand on parle des maladies des yeux. »

Les traitements oculaires coûtent très cher à travers le monde. Pourquoi vous avez décidé de prodiguer ces soins gratuitement ?
Il faut avant tout comprendre que dans la vie, une personne peut avoir l’opportunité de travailler pour une plus grande cause qui dépasse le cadre matériel. Quand vous sentez que Dieu vous a donné des choses auxquelles vous n’auriez jamais pensé, il est important à notre tour de rendre le bien aux gens qui sont dans le besoin. Nous sommes reconnaissants à Dieu pour Ses faveurs et le travail que nous effectuons n’est qu’un tout petit effort de notre part pour essayer de Le remercier. Venir en aide à un patient et lui permettre de recouvrer la vue, encadrer des médecins pour qu’ils puissent s’améliorer et accroître les relations entre nos deux pays sont autant de choses qui nous procurent une énorme satisfaction contrairement aux gains matériels. L’amour, le respect et les bénédictions que nous recevons à la fin nous procurent un sentiment indescriptible.

Quelle est la tendance des maladies oculaires à Maurice?
Au cours de ces dix dernières années, nous avons constaté que tous les patients à travers le pays qui souffrent de problèmes oculaires sont référés à un seul hôpital, celui de Moka. Cela constitue une pression insoutenable pour le corps médical qui ne peut répondre à cette grande demande. Nous avons remarqué que le diabète est une des causes principales de cécité évitable à Maurice. Avec le temps, plus de patients devront avoir recours à des traitements à cause de cette maladie.

Quels sont les types de maladies oculaires les plus courantes à Maurice ?
Maurice compte un nombre important de maladies des yeux. La cataracte est la cause principale de cécité qui est évitable. En outre, les maladies liées à la cornée, comme le kératocône, sont très courantes et touchent de plus en plus les jeunes. Aussi, vu que le nombre de personnes atteintes du diabète est très élevé à Maurice, nous avons constaté que plusieurs patients souffrent de la rétinopathie diabétique. Ce qui peut faire entraîner la cécité si la maladie n’est pas traitée à temps.

«Notre équipe a vu plus de 3000 patients et effectué environ 400 interventions chirurgicales compliquées sur des Mauriciens.»

Quelles sont les personnes les plus susceptibles à attraper les maladies des yeux ?
Les maladies oculaires peuvent toucher n’importe qui. L’âge n’est pas un facteur à prendre en considération quand on parle des maladies des yeux.  Certaines conditions sont présentes dès la naissance comme la cataracte ou le glaucome, alors que ces maladies affectent généralement les personnes âgées entre 55 et 60 ans. D’autres types comme le strabisme, les allergies ou les déficiences,  peuvent être diagnostiqués très tôt chez une personne. Un adulte peut être également diagnostiqué du kératocône. Chez les personnes âgées, la dégénérescence maculaire peut endommager la rétine et ainsi diminuer la vue.

Votre équipe a effectué plusieurs opérations ces dernières années sur les patients mauriciens. Y-a-t-il un suivi auprès de ces patients ?
Je peux dire que nos confrères à l’hôpital Moka continuent d’examiner les patients qui ont subi une intervention chirurgicale durant notre visite. Il y a certes des cas compliqués mais nous veillons toujours à suggérer des traitements appropriés.

Quelle est votre évaluation de l’hôpital de Moka ?
Le Moka Eye Hospital est le seul centre médical pour le traitement des maladies oculaires à Maurice. Il est doté d’une bonne infrastructure et a un corps médical dévoué et efficace. Plusieurs équipements de pointe sont disponibles et le système fonctionne correctement. Cela dit, il serait souhaitable qu’il y ait un autre centre pour gérer les cas des patients atteints de cataracte et pour les rendez-vous subséquemment. Ainsi, les médecins à Moka auraient plus de temps pour s’occuper des cas plus compliqués.

«Le secteur médical est en plein essor au Pakistan.»

Comment peut-on améliorer les services  de l’ophtalmologie à Maurice ?
Comme je l’ai dit, il faut décentraliser les services de l’hôpital de Moka tout en maintenant une répartition équitable des travaux. Il faut mettre sur pied des centres pour les traitements de base et aussi venir de l’avant avec des sous-spécialités ayant trait à la vitreoretina, la cornée, le glaucome, l’orbite, l’oculo-plastie et l’ophtalmologie pédiatrique à l’hôpital de Moka. Les médecins et autres membres du personnel doivent avoir l’opportunité de travailler à l’étranger pour une courte durée afin qu’ils puissent parfaire leurs connaissances.

Outre Maurice, dans quels autres pays votre équipe s’adonne-t-elle à des activités philanthropiques ?
Nous avons pu travailler au Bangladesh, en Afghanistan, en Somalie et plusieurs autres pays d’Afrique.

Quelle est la situation dans le domaine médical au Pakistan ?
Le secteur médical est en plein essor au Pakistan. Actuellement, nous avons environ 120 collèges qui produisent quelque 10,000 médecins chaque année. Les médecins pakistanais travaillent dans plusieurs pays à travers le monde. Il y a aussi des centres spécialisés dans le domaine de l’ophtalmologie, de la cardiologie, de la chirurgie générale, de la gynécologie, de la psychiatrie, de l’orthopédique et bien d’autres.

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