dimanche , 22 octobre 2017
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Sur le pont Colville Deverell : Sameer sauvé du suicide par l’imam Feizal Dilhossain

Sameer, un Portlouisien d’une trentaine d’années, doit une fière chandelle à l’imam Feizal Dilhossain. Il a été sauvé in extremis par l’imam alors qu’il était sur le point de se jeter dans le vide sur le pont Colville Deverell à Réduit.

Dimanche dernier, le jour de l’Achoura, l’imam Feizal Dilhossain observait le jeûne. Dans l’après-midi, au volant de sa voiture, il se rendait à Vacoas pour visiter un parent en compagnie de son fils Ishaaq, élève en Grade 7 (ex-Form I) du collège Doha. À hauteur du pont Colville Deverell, Feizal Dilhossain constate un ralentissement de la circulation. Il pense qu’il s’agit d’un accident et remarque un attroupement sur le pont. C’est alors que son fils lui fait remarquer qu’un homme, assis sur le parapet, était sur le point de se jeter dans le vide.

Feizal Dilhossain, n’écoutant que son cœur, gare sa voiture et se dirige vers le pont. Une foule nombreuse était sur place et deux policiers se tenaient à une dizaine de mètres de l’homme. Tout le monde parlait à la fois et tentait de dissuader l’homme de sauter. Mais il semblait déterminé à mettre fin à ses jours. « Vêtu d’un ensemble noir, il paraissait dans un désarroi total. Il fallait agir vite pour l’empêcher de commettre l’irréparable. Je me suis approché à une certaine distance de lui pour essayer d’engager la conversation avec lui », nous raconte l’imam.

Problèmes conjugaux

Les deux policiers, par mesure de précaution, ont empêché quiconque de se rapprocher de l’homme car il menaçait de se jeter du pont. «La police ti pe filmer et pe dire li dessane garçon nous pou aide toi». Prenant son courage à deux mains, Feizal demande la permission à l’homme pour s’approcher de lui. D’abord, il lui demande son nom.  « Li dire moi li appelle Sameer », ajoute Feizal qui lui demande alors les raisons qui le poussent à mettre fin à sa vie. Sameer répond qu’il a un gros problème et que personne ne pourra lui venir en aide car son épouse l’a abandonné en emmenant ses deux enfants avec elle.« Mo fine dire li ki mo capave aide toi et mo promette pou régler to problème », lui dit le religieux.

Ce dernier 1ui fait comprendre que le suicide est défendu en islam. « Li ti pe ploré et li pas pé écouter ceki mo pe dire li », fait ressortir l’imam. Tout en lui parlant celui-ci s’est approché de lui.  « Mo dire li ‘Sameer si to jeter et to pas mort to pou vine handicapé et to famille pou souffert’ », poursuit le religieux.

« Comme un croyant j’ai demandé à Allah de me donner le courage de sauver une vie. J’ai demandé à Sameer de me donner la main et de me parler », nous dit Feizal.  Sameer avait les yeux fixés sur le fond du ravin et était sur le point de se jeter quand soudain le religieux réussit à attraper fermement sa main. D’autres personnes l’ont tiré en arrière pour le mettre en sécurité.

Des regrets…

Sameer était en larmes et arrivait difficilement à parler. L’imam Feizal Dilhossain nous explique que c’était un spectacle très triste et désolant car quelques secondes plus tôt un homme allait se suicider pour une question de couple brisé. Un cousin du rescapé qui était sur place lui a parlé et lui a offert ses services pour l’accompagner à la maison. Mais il a été embarqué dans le véhicule de la police pour être emmené à l’hôpital.

Le religieux  explique qu’il n’a fait que son devoir et ne veut pas être perçu comme un héros des temps modernes. « Mo croire ki jour Achoura Allah fine choisir moi pou faire ène bonne action pou sauve la vie ène humain », se contente-t-il de dire. Le religieux a promis à Sameer de l’aider à reconstruire sa vie conjugale et le lendemain en compagnie de Noorani Aurdally et un autre ami, il s’est rendu chez Sameer pour l’écouter. Ce dernier dit regretter son action et demande pardon à Allah.

Sameer : « L’amour pour mon épouse m’a poussé vers le suicide »

SameerQuatre jours après sa tentative de suicide, nous avons rencontré Sameer pour lui parler et pour nous raconter sa folle journée de dimanche 1er octobre.

D’emblée, il nous explique qu’il n’avait pas le choix que de commettre l’irréparable car il ne pouvait pas vivre sans son épouse et ses enfants âgés de 2 ans et de 5 mois. Il ne nie pas que le couple battait de l’aile mais précise que les problèmes conjugaux n’étaient pas si graves. Sameer explique qu’il a tenté de raisonner son épouse pour la faire retourner vivre auprès de lui mais que cette dernière ne voulait rien entendre.

« Mo extra content mo madame et mo deux enfants. Mo pas capave vivre sans zotte. Mo pe dire mo madame kigarantie ki li ouler pou nous refaire nous la vie », dit-il. Sameer promet à son épouse qu’il fera tout pour qu’ils soient heureux. Il promet de faire des démarches pour obtenir une maison de la NHDC.

« C’est shaitaan ki pe mette désordre dans nous la vie. A nous faire tawba et nous reccomence ene nouveau la vie. Mo demande toi excuse et mo le coeur ouvert pou toi », ajoute-t-il.

Sameer nous raconte qu’en ce dimanche fatidique, il avait le moral très bas et n’avait pas dormi la veille. Le matin il a attendu un coup de fil de son épouse mais en vain. C’est alors qu’il a pris la décision de se suicider. Il s’enferme dans sa chambre et pleure à chaudes larmes après quoi il part rencontrer son épouse et ses deux enfants qui habitent chez sa belle-mère. Il demande à voir son épouse et lui demande une dernière fois sa décision. « Li dire moi non li pas pou rétourné », raconte-t-il. Sameer embrasse ses deux fils et son épouse et leur dit : « Sa même dernière fois zotte trouve papa, zotte pas pou retrouve moi encore ».

Il enfourche sa motocyclette et se dirige vers Le Réduit.

« Depuis mo quitte mo lacaze mo pas ti comprend narnien, mo senti kitchose pe pousse moi »,nous confie-t-il. Arrivé sur le pont Colville Deverell, il gare sa moto à côté et jette un coup d’oeil aux alentours. Avant de grimper sur le parapet, il récite le «kalimah et demande pardon à Allah». Son regard fixé sur des rochers en contrebas, il entend des voix lui dire de ne pas se jeter.

Sameer nous raconte qu’il a perdu son emploi comme chauffeur et il possède un permis de conduire pour voiture, autobus, JCB, forklift et autres véhicules.

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