mercredi , 16 octobre 2019
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Pluies torrentielles

Pluies torrentielles et inondations : Maurice à la merci du climat

Les pluies torrentielles deviennent de plus en plus fréquentes à Maurice ces derniers temps. Cela augmente considérablement les risques d’inondation dans plusieurs régions du pays. Cette semaine, la scène de désolation à Fond-du-Sac a choqué plus d’un. Qu’est-ce qui explique les accumulations d’eau à chaque averse ? Notre pays dispose-t-il des infrastructures adéquates pour faire face aux « flash floods » ? Eléments de réponses.

Farook Mowlabucus, hydrologue : «Les inondations deviendront plus fréquentes»

Farook MowlabucusFarook Mowlabucus, hydrologue et  ex-cadre à la Water Resources Unit (WRU), nous explique que d’habitude l’eau envahisse des maisons qui sont construites dans des endroits situés dans le bas fond, d’où l’accumulation d’eau pluviale en raison du manque d’un système d’évacuation. À Maurice, explique l’hydrologue, les drains peuvent contenir l’eau de pluie seulement pour une averse d’une période de retour de 5 à 10 ans. « Le gouvernement n’a pas fait de provision pour des pluies d’une période de retour de 50 ans ou plus. Les endroits se trouvant dans les bas fonds et qui ne sont dotés d’aucun système d’évacuation d’eau, à l’instar de Fond-du-Sac, Cottage et autres, sont ainsi plus à risque », avance-t-il.

Selon Farook Mowlabucus, une solution pourrait être l’aménagement des drains additionnels pour évacuer l’eau, mais il s’interroge sur les coûts substantiels qu’engendrent de tels projets. « Ce n’est pas aussi simple que ça. Si on construit davantage de drains qui peuvent contenir l’eau de pluie que pour une période de retour de 5 à 10 ans, le problème de débordement perdurera », souligne notre interlocuteur. « Est-ce que le gouvernement dispose des fonds nécessaires pour faie construire de plus grands drains? » demande-t-il. Il ajoute que la construction de ponts est considérée dans cette optique par les ingénieurs. « Des ponts sont construits dans un lieu en fonction de la fréquence de l’utilisation de la route. Si c’est une route principale, le pont doivent alors être plus grand », dit-il.

Par ailleurs, Farook Mowlabucus estime que le gouvernement doit résoudre en premier les problèmes que font face les habitants des régions à forte risque où il n’y a aucun drain et que, par la suite, il pourra songer aux travaux d’agrandissement des drains existants. « Les promesses du gouvernement pour la construction des drains dans des endroits à risque datent du flash flood de 2013. Néanmoins, très peu de travaux en ce sens ont été faits jusqu’ici», dit-il. Pour l’hydrologue, les Mauriciens qui sont d’habitude affectés par les accumulations d’eau se retrouvent aujourd’hui dans une situation des plus délicates car «les inondations deviendront plus fréquentes en raison du changement climatique.»

L’hydrologue pointe également du doigt l’irresponsabilité des gens qui jettent leurs ordures sur la route obstruant ainsi les drains. Dans d’autres cas, poursuit-il, les maisons de certains squatters sont envahies par l’eau pluviale car ils n’ont pas respecté les paramètres lors de la construction. « Dans un certains endroits, on voit des squatters qui ont bâti leurs petites maisons en tôle dans un rayon de 30 mètres à proximité d’une rivière. C’est illégale mais les gens s’exposent aux dangers par leur propre gré », fait-il ressortir. Il conseille aux officiers de la municipalité  de bien inspecter les lieux avant d’octroyer des permis de construction de maisons afin que tous les protocoles soient respectés.

Vasantt Jogoo, urbaniste :  «Nos infrastructures ne sont pas adéquates»

Vasantt JogooPour Vasantt Jogoo, urbaniste et Sustainable Development Consultant, il y a plusieurs facteurs qui expliquent l’accumulation d’eau de pluie dans certains endroits.

« Premièrement, nos infrastructures ne sont pas adéquates pour faire face aux flash floods à Maurice. C’est ce que nous pouvons conclure après ce qui s’est produit cette semaine à Fond-du-Sac », dit-il d’emblée. Selon lui, le gouvernement a beaucoup à faire en termes d’amélioration des infrastructures en vue de limiter les dégâts. Il nous fait comprendre que Maurice étant une petite île, l’eau de pluie déferle précipitamment des bassins-versants du plateau central. Dans les grands pays, dit-il, l’eau prend suffisamment de temps pour atteindre la mer ce qui réduit considérablement son volume et sa pression, et le risque d’inondation est atténué.

« Auparavant, on ne faisait pas face à ce problème car on avait beaucoup de drains naturels à travers l’île. Mais avec les développements, dits sauvages, que le pays a connus ces derniers temps, les drains naturels comme les rivières et les canaux ont disparu pour laisser place aux bâtiments », explique-t-il. Afin de mécaniser les champs de cannes, les terres ont été nivelées et ainsi l’eau de pluie emprunte toutes sortes de directions. Pour l’urbaniste, les drains ne sont pas l’unique solution pour diminuer les dégâts causés par les inondations. Une bonne gestion de nos terres est tout aussi importante. « Si on construit des drains et des ponts mais qu’on continue en même temps de bâtir des maisons comme bon nous semble, le problème perdurera », fait-il ressortir.

Selon Vasantt Jogoo, l’urbanisation doit se faire à un rythme convenable. Il soutient que les autorités concernées doivent prendre en considération tous les aspects techniques avant d’octroyer des permis de construction. « À Maurice, la superficie des terrains est restreinte et on doit savoir bien gérer les terres sinon on risque de nous retrouver dans des situations encore plus catastrophiques. Au lieu de construire des Smart Cities pour vendre aux étrangers, il est primordial que nous nous occupons avant tout de nos concitoyens », dit-il encore. Pour traiter le problème à sa racine, Vasantt Jogoo estime que le gouvernement doit nommer des gens compétents aux postes concernés et qu’il y ait moins d’ingérence politique lors des travaux techniques.

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