mardi , 18 juin 2019
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Pluies, inondations, secousses…Phénomènes climatiques : détraquement ou variation ?

Depuis le début de l’année, notre pays a connu une pluviosité anormale, ajoutée à l’intense cyclone Berguitta, des inondations aux quatre coins du pays et tout récemment une secousse sismique qui a fait trembler les abats-jours et même fissuré des murs. Ces phénomènes climatiques sont provoqués par plusieurs facteurs. Nous avons sollicité l’avis des experts. Le pourquoi du comment…

De nos jours, on parle de dérèglement climatique ou de climat détraqué. Cependant, Mahmad Beebeejaun, ancien directeur des services météorologiques et actuellement consultant pour de nombreuses agences météorologiques internationales, ne partage pas cet avis. « Le mot est trop fort. Il nous faut parler plutôt de variations climatiques », dit-il d’emblée. Il nous explique que le climat est composé de quatre éléments : la terre, le soleil, la lune et l’eau. Ainsi, quand le climat change, c’est une variation climatique. Mahmad Beebeejaun est d’avis que pour parler de dérèglement climatique, il faut chercher des données qui ont une moyenne de plus de cent ans.

« Avons-nous des informations précises sur les cyclones dans l’océan Indien cent ans de cela ? Si nous n’avons pas ces données, nous ne pouvons pas parler de changement climatique. Ces cent dernières années, la température a augmenté au niveau global et aussi dans l’océan Indien », souligne-t-il. L’ancien directeur de la météo indique que cette hausse de température est due à une augmentation de l’énergie. Ce surplus d’énergie sur terre se manifeste ainsi par des changements climatiques. Mais Mahmad Beebeejaun précise qu’il n’existe aucune étude scientifique qui prouve que ce surplus d’énergie est le résultat des variations climatiques. « Aussi longtemps que cet excès d’énergie est naturel, il faut l’accepter. Mais si cela est causé par l’homme, il faut voir comment le contrer », indique notre interlocuteur.

Faire face aux aléas

Par ailleurs, Prem Saddul, géomorphologue, est lui d’avis que la nature a subi un dérèglement. «  Bon, peut être que les termes dérégler et détraquer sont un peu forts. La Terre est une planète très dynamique et les trois sphères (atmosphère, hydrosphère et lithosphère) qui nous affectent directement ou indirectement bougent constamment », dit-il. Selon lui, l’atmosphère devient de plus en plus instable provoquant des évènements météorologiques abrupts et parfois catastrophiques tels que des ouragans de fortes intensité, des pluie diluvienne, des périodes de sècheresses prolongées et des tempêtes électriques.

« C’est pourquoi, il faut, à travers des modèles numériques, des outils scientifiques et technologiques, nous préparer à faire face aux aléas climatiques et essayer d’atténuer les effets négatifs. Avons-nous cette détermination 50 ans après notre indépendance ? », se demande le géomorphologue.

De son côté, Mahmad Beebeejaun indique qu’il existe plusieurs agences et organisations internationales comme ‘United Environmental Program’, ‘lntergovernmental Panel on Climate Change’ (IPCC) et World Meteorological Organisation(WMO) qui conscientisent la population mondiale sur le réchauffement climatique et comment éviter l’excès d’énergie. « Les gens doivent s’habituer à n’utiliser ce dont ils ont vraiment besoin et pas plus », avance-t-il.


Mahmad Beebeejaun, ancien directeur de la météo : «Les inondations, un phénomène normal»

Mahmad BeebeejaunMahmad Beebeejaun nous explique que les inondations constituent un phénomène normal et naturel. De nos jours avec 25 millimètres de pluie enregistrés les pompiers doivent intervenir 50 fois par jour. Auparavant avec 100 millimètres de pluie enregistrés c’était une affaire normale. La cause : c’est l’homme qui a détruit l’environnement. Il a remplacé la terre par du béton. « Quand on enregistre 100 millimètres de pluie, tous les passages sont bloqués et il n’y a pas assez de terre pour absorber la pluie. C’est normal que cela va causer des inondations soudaines, » dit-il encore.

Abordant les changements climatiques, Mahmad Beebeejaun prévoit que cette année l’hiver sera marqué par une température douce et normale sauf pour juillet et août quand la température va baisser. Normalement, la saison hivernale débute le 15 mai 2018.

Tremblement de terre

Mahmad Beebeejaun rappelle qu’il est météorologue et non sismologue. « Je suis un spécialiste du climat et je regarde l’atmosphère, tandis qu’un sismologue étudie les mouvements souterrains. N’empêche, jusqu’à l’heure personne ne peut prévoir un tremblement de terre. À la station de Vacoas, il existe des appareils qui peuvent prendre les données d’un séisme », dit-il. Mahmad Beebeejaun ajoute que Trou-aux-Cerfs est un volcan endormi et non éteint et peut devenir actif n’importe quand.

Par ailleurs, la tendance indique que les fréquences des évènements extrêmes augmentent. Il existe des preuves que la force de frappe de ces évènements extrêmes augmente en puissance.

Mahmad Beebeejaun, en bon professionnel recommande la transparene à ses collègues : « Fodé pas cachiette information, la population bizin ène communicateur ». Il n’est pas d’accord avec ces Mauriciens qui préfèrent se fier aux prévisions de la station météorologique de l’île de la Réunion plutôt qu’à celles de l’île Maurice. Et pourtant les deux stations ont les mêmes bases de données pour des prévisions.

Il fait une fleur à Afzal Goodur, notre Monsieur météo local sur facebook. « Mo ti pou content si ti éna des milliers Afzal Goodur, li ène bon communicateur et mo tire chapeau avec li », dit-il.. Selon Mahmad Beebeejaun, la station de Vacoas doit pouvoir encourager des gens comme Afzal Goodur, qui seraient disposés à aller dans les écoles pour expliquer aux enfants la science de la météo. «  Il faut aller vers la population », dit-il encore.

Que faire pour s’adapter ?

Afin de faire face aux effets du changement climatique, les agriculteurs ont trouvé plusieurs méthodes d’adaptation. Elles sont :

• l’introduction et la culture de nouvelles variétés de plantes mieux adaptées aux conditions locales comme l’oignon, l’haricot, la pomme-de-terre et le champignon ;
• la culture de nouvelles plantes comme le soya ou la fève ;
• l’évaluation de nouvelles variétés pour résister à la sècheresse, à la chaleur et aux maladies ;
• l’unité de production en culture protégée (hydroponique, serres et systèmes d’ombre) ;
• meilleurs systèmes d’irrigation ;
• pratique efficace pour conserver les couches de terre fertiles ;
• la promotion de l’agriculture durable.

Prem Saddul, géomorphologue : «Pas de risque de gros séismes à Maurice»

Prem SaddulPrem Saddul, géomorphologue, professeur associé et consultant en matière environnementale, est d’avis que Maurice est à l’abri de gros séismes.

On a ressenti une secousse en février dernier. Qu’est-ce qui avait provoqué cela?
C’était une secousse de très faible magnitude (4.0 sur l’échelle de Richter) et isolée dont l’épicentre était centré à 100 km au sud-ouest du Morne. Maurice et La Réunion se trouvent au beau milieu de la plaque somalienne, loin des bordures des plaques où les risques des secousses (bordures des plaques divergentes) et des tremblements de terre (bordures des plaques convergentes) sont grands. De ce fait, nous sommes à l’abri des secousses tectoniques.

Comment alors expliquer cette secousse ?
L’hypothèse plausible que je pourrais avancer pour expliquer ce qui est arrivé le jeudi 22 février dernier à 23h25, c’est qu’à un certain moment spécifique, la base de la plaque somalienne sur laquelle se trouve l’île Maurice a été freinée par le manteau ci-dessous. Après quelques secondes, la plaque, qui bouge à une vitesse de 4 cm/an est repartie générant une faible secousse.

Les vibrations d’origine tectonique sont-elles fréquentes ?
Non. Pas à Maurice. Par contre, Rodrigues ressent, chaque année, 8 à 12 secousses de magnitude allant de 3.5 à 5.2 sur l’échelle de Richter. La raison est que Rodrigues se trouve à 300 km à l’ouest du Triple Jonction c.-à-d. la bordure où les plaques africaine, indo-australienne et antarctique qui se séparent et s’éloignent l’une de l’autre provoquant des montées magmatiques et donc des secousses telluriques/magmatiques de faible intensités.

Peut-on avoir de gros séismes à Maurice ?
Non, nous sommes à l’abri car on est très loin des bordures des plaques tectoniques convergentes où les tremblements de terre sont courants. Nous sommes à plus de 5000 km de l’Indonésie et de l’Inde.

Pourquoi Maurice fait-elle face à des accumulations d’eau à chaque grosse pluie ?
La pluviosité annuelle est la même depuis des décennies. Il y a principalement quatre facteurs à prendre en considération. Avec le changement climatique, les évènements météorologiques extrêmes tels que les grosses averses localisées qui peuvent atteindre les 150 mm en deux heures deviennent de plus en plus fréquentes. Il y a aussi le facteur homme. Depuis les années 90, on a beaucoup déboisé, asphalté, cimenté et comblée les espaces humides (wetlands). Donc, l’évacuation de l’eau de pluies devient lente et provoque des accumulations d’eau. Aussi, la construction tous azimuts des logements et autres structures sur les flancs des montagnes et le long des berges des rivières, l’infiltration de l’eau de pluie est grandement atténué et le flux en surface est grandement accéléré. Enfin, l’incivisme des Mauriciens a fait que nos rivières et nos drains sont devenus des courroies de transmission de toutes sortes de détritus ce qui bouchent et engorgent les cours d’eau.

Quels sont les risques de ces accumulations d’eau ?
On a vu ces derniers temps comment les maisons, les rues, les espaces commerciaux sont inondés après une grosse averse. Une montée des eaux ou une inondation comporte d’énormes risques tant sur le plan matériel qu’humain. Après chaque inondation, le gouvernement dépense des centaines de millions de roupies à réparer les routes et à nettoyer les drains. Les accumulations d’eau deviennent aussi des foyers d’insectes, vecteurs des maladies liées à l’eau.

Effets du climat sur l’agriculture – Alfaz Atawoo : «Il faut nous adapter aux effets  climatiques»

legumesIl est indéniable que le réchauffement climatique s’accompagne d’aléas imprévisibles. Or, c’est le domaine de l’agriculture qui subit le plus grand impact. Alfaz Atawoo, Principal Research Scientist au Food and Agriculture Research and Extension Institute (FAREI) explique que le changement climatique a toujours existé mais que ce phénomène s’est accéléré depuis la révolution industrielle.
« Le réchauffement de la planète et le changement climatique affectent grandement l’agriculture dans chaque pays du monde. À Maurice également, les effets sont ressentis et il faut constamment nous adapter. Il existe plusieurs façons mais maintenant, il nous est plus difficile de le faire », dit-il.

Selon lui, la sécurité alimentaire est une des priorités de chaque pays. « Chaque gouvernement doit s’assurer d’avoir de la nourriture pour la population mais il doit aussi veiller à la demande, au prix, à la production et à la distribution. Or de nos jours, le climat est un facteur qui est déterminant dans ce processus », souligne Alfaz Atawoo. Il ajoute qu’à Maurice, la sécurité alimentaire va dépendre de la façon dont on s’adapte aux effets du changement climatique ou augmenter la productivité.

Par ailleurs, le Principal Research Scientist explique que le rendement des récoltes vivrières et arboricoles est directement tributaire des aléas climatiques. Ainsi, cela apporte un changement au niveau de la zone de culture et affecte le calendrier cultural de certaines plantes. « Auparavant, il nous était impossible de faire cultiver certains fruits et légumes dans les hauts. Or maintenant, avec les changements dans le climat, on constate que ces mêmes plantes arrivent à pousser dans ces régions. Par exemple, aujourd’hui, on peut cultiver le piment et la pomme d’amour dans plusieurs endroits du pays », avance-t-il.

Parallèlement, Alfaz Atawoo nous fait comprendre qu’avec le réchauffement climatique, certaines plantes qui ont besoin du froid pour pousser sont affectées. Il cite en exemple le champignon. « Le cycle de culture peut diminuer et la récolte sera affectée. Des arbres fruitiers comme le litchi ont besoin des conditions climatiques favorables pour pouvoir rapporter. Or un changement dans le climat peut être catastrophique pour ces arbres. Aussi, la hausse de la température favorise les maladies et les parasites », dit-il.

Les autres effets du changement climatique qui ont un impact direct sur l’agriculture sont : les conditions extrêmes du climat comme la sècheresse, les grosses pluies ou les cyclones ainsi que les inondations. «  Elles affectent l’agriculture car en cas de pluies diluviennes, les couches de terre fertile seront lavées alors qu’en période de sècheresse, le système d’irrigation devient instable », indique Alfaz Atawoo. Si les plantes et les arbres sont affectés, le bétail n’est pas en reste car les animaux ressentent
aussi les effets.

Rahim Murtuza et Nuur-Uddin Jandanee

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