dimanche , 17 décembre 2017
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Osman Badat : «Il nous faut professionnaliser l’entrepreneuriat et les PME»

Malgré les différentes mesures prises, les petites et moyennes enterprises (PME) peinent à prendre leur envol. Osman Badat, CEO de Baines Trust and Corporate Services Ltd, estime qu’il faut professionaliser l’entrepreneuriat à Maurice. Il aborde, dans ce qui suit, plusieurs points ayant trait à ce secteur.

À l’approche du budget 2017-2018, les attentes sont nombreuses dans les divers secteurs de l’économie. Les PME espèrent également que des mesures budgétaires soient prises pour la bonne marche de ce secteur. Pour Osman Badat, il est impératif de mettre l’accent sur les PME car Maurice est un pays d’entrepreneurs. « Quand on parle des PME, on parle du poumon économique du pays. Elles constitutent 40% du produit intérieur brut (PIB) et 55% d’emplois », avance-t-il. Il ajoute que le ministre des Affaires, des Entreprises et des Coopératives avait commandité depuis l’année dernière un rapport pour les PME à Maurice.

En mars dernier, les conclusions du ‘10 Year Master Plan for SME Sector in Mauritius’ avaient été présentées. « C’est un rapport complet qui fait un état des lieux des PME et recommande des mesures concrètes. Il faut désormais attendre la mise en œuvre de ces mesures qui devraient aider à booster le secteur », souligne-t-il.

«Les PME ne contribuent  que 3% de la totalité de nos exportations. Il est clair que dans une économie mondialisée, les PME mauriciennes n’exportent pas assez»

Professionaliser l’entrepreneurait

Les PME doivent faire face à de nombreux défis mais ont aussi leurs points faibles. Selon Osman Badat, la plus grosse faiblesse des PME est la façon dont le secteur est promu à Maurice. Il indique que bien souvent les gens associent les PME et autres entrepreneurs à des personnes qui ont connu des échecs scolaires et qui n’ont eu d’autre choix que de se lancer dans l’entrepreneuriat.

« Le profil type d’une PME, c’est un start-up, qui se plaint souvent d’un durcissement des conditions d’accès aux crédits bancaires. Mais il faut concéder qu’il propose des produits ou services à faible valeur ajoutée. Certains ne font pas provision pour la formation et l’innovation, et ne s’orientent pas vers l’exportation », fait-il ressortir. Le CEO de Baines Trust and Corporate Services Ltd est d’avis que la solution réside dans la professionalisation. « Il nous faut professionnaliser l’entrepreneuriat et les PME. D’après le ‘10 Year Master Plan for SME Sector in Mauritius’, les PME contribuent que 3% de la totalité de nos exportations. Il est clair que dans une économie mondialisée, les PME mauriciennes n’exportent pas assez », souligne notre interlocuteur.

Par ailleurs, il estime qu’il faut aussi alléger les procédures et les règlementations des PME pour complémenter l’allègement fiscal et l’exemption de certains frais introduits depuis quelque temps.

Écoulement des produits

L’écoulement des produits constitue un véritable casse-tête pour les PME. Pour Osman Badat, si les entrepreneurs proposent un produit différent, ils devront pouvoir écouler leurs produits. « Si l’offre est compétitive, à forte valeur ajoutée, efficiente, efficace, diffèrente ou innovante, je ne vois aucun souci », dit-il. En ce qui concerne, les perspectives d’exportation, il estime pour cela qu’il faut dans un premier temps, faire émerger des PME de taille internationale, appelés des entreprises de taille intermédiaires (ETI). « Ce sont des entreprises qui ont la taille pour pouvoir conquérir et s’implanter durablement sur les marchés internationaux. Les agences de promotion de l’exportation et aussi de l’investissement devraient ouvrir des antennes dans les villes africaines. Dans le passé, on avait des ‘roving ambassadors for Africa’. Je ne sais si cela existe toujours », laisse-t-il entendre.

Parallèlement, Osman Badat indique que le modèle d’entreprise (business model) des PME doit être revisité de temps en temps. Il est d’avis que plusieurs facteurs contribuent à redessiner les modèles des entreprises dont la mondialisation et la révolution numérique. « L’internet est aujourd’hui plus qu’un booster de développement. C’est un formidable capteur de tendances. Celui qui s’adaptera le mieux, survivra », met-il en garde.

«Le secteur des PME n’existe pas en lui-même»

Osman Badat estime que les PME ne constituent pas un secteur en soi. « Je suis d’avis qu’un secteur des PME n’existe pas en lui-même. Mais il existe une composante ‘PME’ dans chaque secteur de notre économie comme la construction, la santé, les services financiers, TIC, entre autres. Une PME agit comme un facilitateur des secteurs au lieu d’être un secteur en  lui-même», fait ressortir notre interlocuteur. Il ajoute qu’au lieu de tenir tête aux grosses entreprises, les PME devraient aligner leur croissance sur celle de ces dernières. « Les grosses entreprises devraient allouer une partie de leur contrat à des PME. Il faut que le gouvernement propose des mesures incitatives dans ce sens pour que ce soit une win-win situation pour les deux », indique-t-il.

«La créativité, le maillon faible de tout un peuple»

Pour se différentier des concurrents, les PME doivent faire preuve de créativité. Mais à Maurice, la créativité est le maillon faible des PME. «  Je dirai que la créativité est le maillon faible de tout un peuple. Il y a un manque d’alignement entre notre système éducatif et la créativité. Pour la créativité, il nous faut plus des ‘right-brains’ mais nos institutions secondaires et tertiaires produisent principalement des ‘left-brains’ », indique Osman Badat.  Il estime que les PME, de par leur structure souple et peu hiérarchisée et les relations informelles entre l’entrepreneur et ses employés, ainsi que le mode de décision rapide, auraient dû pouvoir générer plus de créativité. « À mon avis, la solution c’est l’éducation. Il faut introduire l’entrepreneuriat comme une matière au collège et orienter les entrepreneurs vers des secteurs innovants à forte valeur ajoutée », préconise-t-il.

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