vendredi , 24 novembre 2017
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Assad Bhuglah recueillant sur la tombe d’Idrice Goumany
Assad Bhuglah recueillant sur la tombe d’Idrice Goumany

Nouvel ouvrage : Assad Bhuglah rend hommage au Dr Idrice Goumany

Faire reconnaître la contribution du Dr Idrice Goumany sur le plan national. Tel est l’objectif d’Assad Bhuglah à travers la publication de son livre intitulé « Dr Idrice Ameer Goumany: The Forgotten Hero of Mauritius ». La présentation officielle a eu lieu ce vendredi au siège de l’ICC. L’auteur nous parle de son ouvrage.

Dans le cadre de la commémoration du 183e anniversaire de l’arrivée des travailleurs engagés à Maurice, jeudi, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a lancé le livre retraçant la vie et le parcours du Dr Idrice Ameer Goumany. La présentation officielle s’est tenue, vendredi, au Centre culturel islamique à Port-Louis et l’auteur, Assad Bhuglah, indique qu’il a voulu rendre un vibrant hommage à « un héros qui a sombré dans l’oubli » et faire connaître aux Mauriciens son « énorme contribution » pour le pays. Le Dr Goumany, rappelons-le, était l’un des rares médecins qui s’était rendu dans le centre de quarantaine à Pointe aux Canonniers pour soigner les travailleurs venus à Maurice ayant contracté la variole. Il mourut le 28 juillet 1889 dans l’exercice de ses fonctions.

La diaspora musulmane

C’est ainsi qu’Assad Bhuglah a voulu lui rendre hommage. « Au départ, je voulais que la contribution du Dr Idrice Ameer Goumany soit reconnue au niveau national. J’ai trouvé cela très triste qu’un jeune médecin ait eu à se sacrifier pour sauver des vies, en particulier celles des travailleurs engagés de l’Inde. Sa contribution a été tout simplement ignorée dans toutes les célébrations et autres commémorations », nous dit l’auteur du livre. Il ajoute avoir attiré l’attention du public en général à travers ses nombreux articles publiés dans les journaux. « Cela dit, l’idée d’écrire un livre sur le Dr Goumany ne m’était jamais venue à l’esprit. C’est Carrim Currimjee qui m’a encouragé à aller de l’avant avec la publication de cet ouvrage et ainsi la présente génération et celle de demain pourront apprécier les mérites de ce fils d’un humble Lascar », souligne notre interlocuteur.

Durant trois longues années, l’idée d’écrire ce livre le tourmentait et Assad Bhuglah se demandait s’il aurait les éléments nécessaires pour la publication. Comment allait-il écrire un livre sur quelqu’un qui a vécu dans les années 1800 et qui est mort à un très jeune âge, et qui a aussi pratiqué en tant que médecin pour seulement trois ans ? « Quand j’ai commencé à interviewer des gens pour compiler des données, j’ai remarqué qu’il y avait une grosse mésinformation sur le Dr Goumany. Plusieurs jeunes pensaient qu’il était une personnalité contemporaine associée au traitement pour les drogués. J’étais un peu choqué. Ils savaient si peu sur cette personnalité énigmatique qui était aussi l’un des premiers médecins musulmans du pays », fait ressortir Assad Bhuglah. Soulignons que le Dr Idrice Goumany était le seul médecin indo-mauricien qui faisait partie de la liste des médecins publiée par la Gazette coloniale en 1887.

Un fragment de l’histoire oublié

Parallèlement, en retraçant la vie du Dr Goumany, Assad Bhuglah a voulu mettre l’accent sur la diaspora musulmane à Maurice. L’auteur indique que les Goumany faisaient partie des quelques familles, dites « Lascar », qui avaient une certaine notoriété dans l’océan Indien. « À cette époque, le travail de lascar ou marin était très noble. On ne pouvait imaginer naviguer sans les Lascars. Le grand-père du Dr Goumany, qui était venu à Maurice dans les années 1790, avait appareillé du port de Kochin au Kerala. C’était aussi à cet endroit que le compagnon du prophète Muhammad (s.a.w), Malik ibn Dinar, avait fait construire la toute première mosquée de l’Inde en 629 A.D. Elle est connue comme la Cheramun Jummah Masjid », souligne-t-il. Par ailleurs, à travers les pages, il a aussi mis en avant l’histoire maritime de l’océan Indien en faisant allusion au géographe arabe, Al-Idrissi, qui avait mentionné les Îles Mascareignes sur sa carte en 1154.

Dans son livre, Assad Bhuglah parle également de l’histoire de la diaspora indienne qui date de 1735, soit une période de 282 ans. Or, l’Aapravasi se limite à 1834, soit une période de 183 ans. Selon lui, un fragment de l’histoire de l’immigration a été jeté aux oubliettes. « Maurice est une île composée d’immigrants. Ce serait ainsi regrettable que notre histoire et nos racines se soient fracturées en plusieurs parties. Je pense qu’il serait souhaitable que tous les immigrants, qu’ils soient d’origine française, lascars, tamoule, coolies, gujratis, commerçants, chinois ou esclave, se réunissent et célèbrent un unique événement national de notre saga de l’immigration », estime-t-il et d’ajouter que tous ces immigrants ont franchi les mêmes marches au département de l’immigration à Trou-Fanfaron. « Faisons ressortir en parallèle que la couverture géographique de l’origine de la diaspora indienne est bien plus importante que les frontières des sous-continents indiens », souligne-t-il.

Les qualités du Dr Goumany

081117_idrissÀ travers les mois de recherches avant la publication de son ouvrage, Assad Bhuglah a beaucoup appris sur la vie du Dr Idrice Goumany. Selon lui, le jeune homme était  très intelligent et brillant.

« Il est parmi les meilleurs à l’école et au collège. Il a toujours persévéré dans ses études à une période où il y avait des préjugés sur les non-Blancs. L’éducation était considérée comme un monopole et le privilège de l’oligarchie française. De par ses très bons résultats au collège, il aurait dû bénéficier d’une bourse britannique. Mais il ne l’avait pas eu en raison de ses origines ethniques », souligne-t-il.

Mais les parents du jeune Idrice avaient contracté des emprunts énormes pour l’envoyer étudier à l’étranger croyant qu’ils pourraient rembourser leur dette une fois leur fils de retour au pays et qu’il commencerait à travailler. « C’était un jeune homme discipliné et élégant. D’ailleurs, la photo sur la couverture de mon livre démontre l’élégance du Dr Goumany. Cette photo avait été prise lorsqu’il était à Édimbourg en 1886 », fait ressortir Assad Bhuglah.

De retour au pays après ses études, le Dr Idrice Goumany décide de se consacrer à sa profession. Il aurait pu se marier et mener une vie normale mais il a préféré répondre favorablement à l’appel du gouvernement colonial pour aller soigner des patients atteints de la variole au centre de quarantaine à Pointe aux Canonniers alors que plusieurs de ses confrères avaient refusé de s’y rendre. « La tragédie dans l’histoire, c’est quand le Dr Goumany avait été contaminé par ses patients, il n’y avait pas de médecins pour le soigner à son tour. Il a été ainsi victime du devoir », avance Assad Bhuglah.

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