vendredi , 26 mai 2017
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Nazeer Kurrimbaccus, policier – Il troquera l’uniforme bleu pour la robe noire

Il voulait porter la blouse blanche mais portera finalement la robe noire en passant par l’uniforme bleu. Nazeer Kurrim­baccus, enquêteur affecté au Central CID, franchira ce pas en prêtant serment comme avocat en septembre prochain. Un parcours, qui lui a permis d’engranger beaucoup d’expérience. Rencontre…Son rêve d’enfance était de devenir médecin, mais le destin lui a choisi un autre itinéraire qui l’a conduit à la force policière. Après plus d’une vingtaine d’années dans la force policière, Nazeer Kurrimbaccus, aujourd’hui âgé de 45 ans, s’apprête à entamer une nouvelle carrière, celle d’avocat. « C’est un accident de parcours. Je n’avais jamais envisagé devenir avocat. Enfant, je rêvais d’être médecin. Issu d’une famille pauvre, je n’ai pu compléter mes études. Je suis alors devenu policier. Quand j’ai été promu au rang d’inspecteur de police, j’ai rencontré Me Kailash Trilochun qui m’a encouragé à poursuivre mes études en droit. C’est ainsi que débuta mon aventure dans le monde du droit », avance Nazeer.

Pour ce dernier, Me Kailash Trilochun est son modèle et son « guru ». « J’ai énormément de respect pour cet homme. Il m’a soutenu pendant mes études. C’est d’ailleurs lui qui a payé les frais de mes derniers examens me permettant d’atteindre mon objectif. Enfin, en 2009, j’ai décroché mon diplôme de LLB », ajoute le policier.

Nazeer était l’un des meilleurs étudiants de son groupe. Il a été classé premier dans deux sujets : European Union Law et English Legal System. Il a décroché un « 2-1 degree ». « Après les études, une firme anglaise m’a proposé un emploi en Angleterre, sur une base contractuelle de deux ans, mais j’ai refusé. Je voulais compléter mes études pour accéder au barreau. En 2010, je me suis rendu en Angleterre pour les compléter et j’ai prêté serment comme avocat à Lincoln’s Inn. J’ai hâte de prêter serment à Maurice en septembre prochain », dit-il. Également diplômé du Chartered Institute of Arbitrators (CIA) à Londres, Nazeer a aussi exercé comme médiateur.

« Le métier d’enquêteur me manquera »

Le chef inspecteur Nazeer Kurrimbaccus est affecté au Central CID depuis 2003, plus précisément à la cellule spéciale. Ces dernières années, il s’est occupé des « high profile cases » et a travaillé dans presque toutes les unités de la CCID, notamment l’unité fiscale, le « Land Fraud Squad », l’unité anti-piratage, la brigade des jeux, entre autres.

« Depuis que j’ai rejoint la force policière, je me suis donné à fond dans mon boulot. Le travail d’un enquêteur est complètement différent de celui d’un avocat. Je vais vivre un changement drastique dans ma carrière. Mais, je garderais de beaux souvenirs de mon parcours comme enquêteur. Comme on le dit d’ailleurs, ‘Once a policeman, always a policeman’. Le métier d’enquêteur me manquera tellement. Mais, il y a un choix à faire dans la vie », dit-il encore.

Nazeer est l’un des rares enquêteurs compétents avec une vaste connaissance en droit. « J’envisageais une belle carrière comme officier de la police mais pour des raisons de santé, je suis forcé de mettre un terme à ma carrière pour rejoindre le barreau mauricien. J’ai une pensée spéciale pour l’ACP Hemant Jangi qui est un personnage exceptionnel. J’ai travaillé sous sa supervision depuis 2003 et j’ai beaucoup appris de lui », affirme-t-il.

Les études après les heures de travail

Marié et père de famille, Nazeer concilie facilement sa vie professionnelle, sa famille, ainsi que ses études. « Vu que les cours étaient à distance, j’étudiais après les heures de travail. Les études ne dérangeaient guère ma vie professionnelle. De plus, j’avais le soutien incontestable de ma famille », avance le policier. Nazeer soutient que cela a augmenté ses compétences et ses aptitudes à mener les enquêtes sur des affaires complexes, notamment celles qui sont liées à la « Company law », « Tax law », fraude et corruption, blanchiment d’argent et autres problèmes financiers. Les études achevées, Nazeer a accompli son « pupilage » au bureau de l’Attorney General et au bureau du Directeur des Poursuites Publiques(DPP) pendant un an.

Parcours professionnel

Nazeer Kurrimbaccus est originaire de Rivière des Créoles. Il a fréquenté l’école primaire de l’endroit et a été classé à l’issue des examens du cycle primaire. Ce qui lui a permis d’obtenir un siège au collège d’Etat de Mahebourg. Il a été forcé d’abandonner les études après le SC, faute de moyens financiers. « Je voulais étudier mais j’étais issu d’une famille pauvre et je devais me lancer sur le marché du travail. En 1990, j’ai rejoint le Lycée polytechnique. J’ai envoyé ma candidature pour être recruté dans la force policière. Après cinq mois d’entraînement, j’ai été affecté à la Special Mobile Force pendant six ans », relate notre interlocuteur.

En 1996, il prend part aux examens en vue de devenir sergent. Son objectif atteint, il est affecté au poste de police de L’Escalier. En 2001, il prend part aux examens pour devenir Inspecteur. « J’ai réussi aux examens à la première tentative. Le jour de la fête Eid-Ul-Adha en 2014, j’ai été promu Police Chief Inspector », dit-il.

Situation familiale

Nazeer est le fils du défunt Islam et de Bibi Nazmoon, tous deux laboureurs. Il est issu d’une fratrie de sept enfants : quatre frères, dont un est décédé, et trois soeurs. « Ma mère avait pris sa retraite très tôt. Par la suite, la santé de mon père s’est aussi détériorée et il est également parti à la retraite. Du coup, je me suis retrouvé dans l’obligation de travailler. Aujourd’hui, ma mère vit en France avec ma soeur », relate Nazeer. Malgré la pauvreté, Islam et Bibi Nazmoon rêvaient d’une belle carrière pour leurs enfants. Pour réaliser le rêve de leurs parents, Nazeer et son frère aîné, Mansoor, ont décidé de poursuivre leurs études après avoir décroché un emploi. « Mon frère a décroché un diplôme de première classe après des études tertiaires. Il avait même décroché le titre de « Gold Medalist ». Actuellement, il en­treprend des études en vue d’obtenir une maîtrise et fait parallèlement son MBA », nous dit Nazeer.

 

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