vendredi , 24 novembre 2017
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Nasser Beeharry

Nasser Beeharry, éducateur : utiliser la technologie comme méthodologie de réussite

Utiliser la technologie et les moyens modernes pour faciliter l’apprentissage académique des élèves. C’est l’objectif que s’est fixé Nasser Beeharry depuis quelques années.

À cet effet notre interlocuteur a lancé la plateforme en ligne ‘Nasser Academy’ pour aider les enfants du cycle primaire à franchir un nouveau palier à l’école. Le mot ‘technologie’ revient comme un leitmotiv dans les propos de Nasser Beeharry, 49 ans, enseignant en Grade 3 à l’école Notre Dame de Lourdes RCA à Rose-Hill.

Il a toujours cru que la nouvelle génération d’élèves a besoin des outils technologiques et informatiques pour réussir leur parcours académique. « Il faut parler leur langage. Les jeunes de nos jours comprennent la technologie mieux que les adultes. Même les enfants âgés de 2 ans arrivent à manipuler un Smartphone », nous dit-il d’emblée. L’initiative prise par Nasser pour enseigner avec l’apport de la technologie ne date pas d’hier. Il y a plus d’une dizaine d’années, il a été le tout premier éducateur à Maurice à avoir utilisé les moyens modernes pour enseigner à l’école. « Je faisais usage de mes propres support visuels à l’enseignement comme des projecteurs, des ordinateurs portables et autres tablettes tactiles. J’ai toujours cru que la solution aux problèmes d’apprentissage à l’école réside dans un usage adéquat de l’informatique. Il faut s’adapter à l’ère numérique et aux vagues du changement. Car, les élèves d’aujourd’hui ne connaissent pas les méthodes anciennes qui sont d’ailleurs révolues et dépassées », ajoute-t-il.

Plateforme éducative

C’est dans cette optique qu’il a eu l’idée de lancer la plateforme éducative ‘Nasser Academy’ – www.nasser.academy – qui est un site web contenant des devoirs, des manuels scolaires numériques, des questionnaires et des exercices interactifs avec des bandes sonores, entre autres. Le site a été créé pour fonctionner en ligne avec une connexion internet mais également hors-ligne si un élève n’arrive pas à se connecter. Une version mobile est également disponible pour les Smartphones. « J’ai consacré beaucoup de temps à mettre sur pied cette plateforme. Depuis 2001, j’ai commencé à travailler sur le concept. Puis en 2009, j’ai mis en ligne toute la structure et depuis je ne cesse de l’améliorer et de mettre à jour le site », nous dit Nasser Beeharry.

Les documents en ligne sont en format HTML contrairement à d’autres plateformes qui utilisent la version Adobe Flash. « Le Flash est démodé. HTML est plus efficace et facile à utiliser. Pour la version mobile, les parents peuvent également consulter les manuels et les exercices au préalable et ainsi aider leurs enfants avec leurs devoirs. En un clic, un parent peut tout savoir sur le programme d’études d’une matière », fait ressortir notre interlocuteur.

L’éducateur nous apprend aussi que la plateforme contient plus de 1000 exercices interactifs avec des photos et des vidéos. Elle comprend également plusieurs centaines de présentations Powerpoint et d’exercices pratiques. « Chaque exercice est illustré d’une photo réelle. Par exemple, un devoir sur les cascades à Maurice est accompagné d’images de ces cascades », précise-t-il.

Contre vents et marées

Malgré toute sa détermination et son envie d’aider les élèves, Nasser Beeharry a dû faire face à bien des difficultés au cours de sa carrière. Il nous raconte qu’il a toujours voulu implémenter la technologie dans ses salles de classe mais s’est tout le temps heurté au refus de la direction. « J’ignore pourquoi on m’a toujours empêché de faire usage de la technologie comme mode d’enseignement. Les enfants ont évolué et le système d’éducation doit être adapté à leur convenance. Depuis 2001 avec l’avènement des SMS, les enfants sont devenus des ‘digitial natives’ et notre système d’éducation aurait dû évoluer également », nous dit-il. Mais Nasser n’a jamais baissé les bras. En 2003 et 2012, il a été muté dans des classes de « repeaters » mais nous dit qu’il a toujours bossé dur pour aider ces enfants. « Je considère les décisions prises à mon encontre comme la volonté d’Allah et par Sa grâce, j’avais réalisé un exploit en obtenant 75% de réussite avec les « repeaters », il y a quelques années », relate-t-il.

Il se souvient qu’en 2008, il travaillait avec une classe de  « repeaters » alors que la direction de l’école lui avait interdit de se servir des moyens technologiques. « J’avais loué une maison que j’avais transformée en salle de classe digitale. Tout était informatisé. J’y emmenais mes élèves après les heures de classe et ils avaient énormément progressé dans toutes les matières. Je me suis beaucoup sacrifié et je l’ai fait pour les enfants », dit-il avec un brin d’émotion.

Récompensé à sa juste valeur

Nasser Beeharry n’a jamais abdiqué dans sa démarche de dispenser une meilleure éducation à ses élèves. Il a toujours persévéré malgré l’adversité et a été récompensé pour ses initiatives. Il y a quelques années, ses efforts ont été reconnus par les instances internationales. Il a été élu Cambridge / MES Teacher of The Year dans le domaine de l’informatique et de la technologie. Il a eu en guise de récompense un voyage à Dubaï où il a pu également assister à une conférence et séjourner dans un hôtel 5 étoiles. « La patience et la détermination finissent toujours par payer. Je pense que Dieu m’a récompensé après un passage difficile au cours de ma carrière », fait-il ressortir.

Par ailleurs, en février 2011 Nasser avait introduit les tableaux interactifs à l’école. Ce qui avait grandement motivé les enfants à apprendre et interagir en classe. Une année plus tard, il a été récompensé par Microsoft en remportant le Microsoft Innovative Award. Il avait alors reçu une offre de voyage pour Marrakech. « Depuis, je ne participe plus à aucune compétition car je veux désormais établir mes propres critères de référence. Je souhaite aussi avoir un sponsor international pour lancer la plateforme Nasser Academy à grande échelle et toucher un plus grand nombre d’élèves », ambitionne-t-il.

Débuts modestes

Aujourd’hui, Nasser Beeharry s’est bien établi. Par contre ses débuts n’ont pas été de tout repos. Fils d’un laboureur, il se rappelle que son père n’avait pas les moyens pour lui payer des leçons particulières. « Mon prof m’avait mis au dernier rang de la classe. J’étais le seul qui ne prenait pas de leçons. Tous les autres élèves en avaient les moyens », se souvient-il.

C’est ainsi qu’en grandissant il s’était mis en tête qu’il allait devenir enseignant pour que les enfants ne subissent pas le même sort que lui.  « J’ai bossé très dur à l’école et avec de très bons résultats aux examens du CPE, j’ai pu être admis au collège Royal. J’avais l’ambition de devenir lauréat mais malheureusement j’avais réalisé qu’il fallait de l’argent pour pouvoir prendre des leçons. Et je ne pouvais me permettre ce luxe », ajoute-t-il. Durant une bonne partie de sa vie, Nasser se reprochait de n’avoir pu faire partie de l’élite au collège.

« Ce n’est que plus tard que j’ai compris que Dieu avait d’autres plans pour moi. Je suis fier aujourd’hui, après plus de 25 ans de carrière, d’être le premier enseignant à faire usage de la technologie pour aider les enfants. Et je n’ai jamais suivi de cours en IT. J’estime que j’ai en quelque sorte apporté un rayon de lumière dans leur vie », conclut-il.

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