dimanche , 22 octobre 2017
Accueil / Actualités / Muhammad Fazil, handicapé des deux pieds : sa pension d’invalidité supprimée
Muhammad Fazil

Muhammad Fazil, handicapé des deux pieds : sa pension d’invalidité supprimée

En situation de han-dicap depuis l’âge de 4 ans, Muhammad Fazil Edoo, 21 ans,  vit un véritable calvaire depuis que le Medical Board de la Sécurité Sociale a fait supprimer sa pension d’invalidité. Muhammad Fazil, atteint de poliomyélite depuis l’âge de 4 ans, est paralysé des deux pieds et ses mains sont difformes.  Il se déplace avec beaucoup de difficulté et passe son temps assis dans sa chambre à regarder la télévision. Quand il se rend à la mosquée du coin, il s’appuie sur une béquille et quitte la maison avec difficulté une demi-heure avant l’appel à la prière. Ikrana Edoo, la mère de Muhammad Fazil, qui est veuve  nous explique que son fils touchait une pension de Rs 5 200 depuis l’âge de 4 ans. Cet argent servait à payer ses frais de déplacement à l’hôpital par taxi et pour ses médicaments.

Au mois de juin 2017 cependant, quand Muhammad Fazil s’est présenté devant un board médical, les deux médecins qui l’ont interrogé ne lui ont rien trouvé d’anormal. « Docteur-là dire moi pas cozer laisse li kozer. Kan li commence expliquer zotte dir li reste tranquille », nous raconte Ikrana.

Selon elle, les deux médecins n’ont pas cru utile de faire marcher Muhammad Fazil dû pour l’observer. Ainsi, au mois de septembre 2017, il reçoit une lettre pour l’informer  que  sa pension d’invalidité a été supprimée . « I regret to inform you that your claim for Basic Invalid’s pension has been discontinued because the Medical Board has found your degree of disablement less than 60 percent», peut-on lire dans la lettre  qui porte la signature du Commissaire de la Sécurité Sociale.

Maladie invalidante

Quand Muhammad Fazil prend connaissance de la teneur de la lettre, il se sent défaillir et  s’assoit pour se remettre de ses émotions. Sa mère est également abattue et n’arrive pas à comprendre les raisons pour lesquelles les médecins n’ont pas recommandé le renouvellement de la pension de son fils malgré le fait que son médecin traitant à l’hôpital a indiqué qu’il souffre d’une maladie invalidante. «Mo ene veuve,mo gagne pension veuve mo ti pe servi so pension pou paye taxi pou amène li l’hôpital souvent et pou acheter so médicament», ajoute Ikrana.

Elle pleure sur le sort de son fils qui reste cloîtré à la maison toute la journée. Au mois d’avril 2017, Muhammad Fazil a essayé de trouver du travail dans une usine pour aider sa maman à joindre les deux bouts. Comble de malchance, le premier jour même, alors qu’il sortait de chez lui, un autobus individuel qui roulait à vive allure l’a heurté et l’a projeté sur le trottoir. Muhammad Fazil a du subir une intervention chirurgicale et une tige de métal a été insérée dans son tibia pour  tenir droit son pied déjà handicapé. Il a passé 27 jours à l’hôpital.

Muhammad Fazil a connu une enfance malheureuse. Sa mère se rappelle que quand il allait à l’école primaire,  elle devait le prendre dans ses bras. Durant la récréation Muhammad Fazil restait en classe et sa mère l’emmenait  aux toilettes pour changer ses couches. « Mo ti pe prend li dans mo les bras pou amène li lekol et dans l’après-midi mo reprend li mo retourné», relate-t-elle.

Souvent il tombait malade et il ne pouvait se déplacer qu’en rampant sur ses deux mains. « Li ti pe marche quatre pattes et li blesser tous les jours », ajoute Ikrana. Pour pouvoir tenir sur des béquilles Muhammad Fazil a subi 50 opérations chirurgicales. Une doctoresse étrangère avait promis à Muhammad Fazil qu’elle ferait un miracle mais il devait accepter de souffrir. « Li fine endormi sous chloroforme 50 fois et sa fine affecter so cerveau », nous dit encore Ikrana. Maigre consolation.

Fortes douleurs

Muhammad Fazil passe par des moments pénibles. Il indique que très souvent il est en proie à des fortes douleurs et même les médicaments ne peuvent atténuer sa souffrance. Il passe des nuits blanches à pleurer sur son sort. Muhammad Fazil envie les jeunes de son âge qui mènent une vie agréable et qui ont un travail pour faire vivre leurs familles. Toutefois malgré sa situation peu enviable, il surmonte sa peine et  fait confiance à son Créateur pour le sortir de ce mauvais pas. «Allah ki fine ouler ki mo vive handicapé tout le long de ma vie. Mo bizin accepeter li couma ene vrai croyant», dit-il.

Muhammad Fazil pleure en silence pour ne pas accabler sa maman. Cette dernière souffre de multiples maladies et depuis la mort de son époux en 2012, elle doit se battre pour garder la tête hors de l’eau. Pour faire bouillir la marmite, elle fait des menus travaux et vend des vêtements qu’elle prend chez un particulier. Mais sa santé précaire l’empêche de marcher sur des longues distances. Ikrana Edoo n’abandonne pas et a fait appel contre la décision du commissaire de la Sécurité Sociale. Elle est très en colère et trouve injuste et inhumaine la façon de traiter les handicapés.

«Ena dimoune ki en bonne santé pe gagne pension seki vraiment handicapé et plus mérité zotte coupe so pension», s’insurge-t-elle. Pour pouvoir vivre correctement Ikrana Edoo sollicite l’aide des frères et sœurs pour aider son fils. Elle demande que le cas de Muhammad Fazil soit traité en toute urgence car ce dernier a besoin de cet argent pour vivre.

La maman de Muhammad Fazil souhaite que le ministre de la Sécurité Sociale Etienne Sinatambou se penche sur le dossier de son fils pour montrer qu’il est un homme de cœur.

Un attaché de presse compatissant

Nous avons sollicité l’aide d’Elvissen Adaken l’attaché de presse du ministre de la Sécurité Sociale concernant la suspension de la pension  d’invalidité de Mohammad Fazil Edoo un jeune de 21 ans en situation de handicap. Il nous a gentiment fait comprendre qu’il interviendrait en faveur de Mohammad Fazil Edoo auprès de ceux concernés et reviendrait vers nous après avoir étudié le dossier. La compassion dont a fait montre l’attaché de presse a touché profondément Fazil et sa mère. Signalons que celle-ci a fait appel contre la décision de suspendre la pension de Rs 5,200 que touchait le jeune homme depuis l’âge de 4 ans.

Commentaires

A propos de Rahim Murtuza

Ceci peut vous intéresser

Jeunes Étudiants Musulmans

Jeunes Étudiants Musulmans – Azhar Burthun : «Les enfants sont une lueur d’espoir pour les parents pauvres»

En 2013, des jeunes étudiants musulmans (JEM) de l’université Maurice se sont réunis pour une …